Les Boud­dhas en ra­cines de bam­bou

Le bam­bou est la plante mul­ti-usage de la cam­pagne viet­na­mienne. À Hôi An, Huynh Phuong Do, 40 ans, sculpte dans ses ra­cines ru­gueuses des têtes de per­son­nages très ex­pres­sives.

Le Courrier du Vietnam - - CULTURE - NGHIA DÀN/CVN

Pour nombre de tou­ristes, la ville de Hôi An (pro­vince de Quang Nam, Centre) est une des­ti­na­tion de charme qui laisse dans leur mé­moire des sou­ve­nirs in­ou­bliables. Ses pe­tites rues pai­sibles bor­dées de jo­lies mai­sons à toit de tuiles, ses vieilles pa­godes et autres ou­vrages ar­chi­tec­tu­raux de style ja­po­nais ou chi­nois… plongent le vi­si­teur dans une at­mo­sphère désuète que l’on ne re­trouve nulle part ailleurs au Viet­nam. Ses pro­duits ar­ti­sa­naux ori­gi­naux tels que lam­pions, po­te­ries, fi­gu­rines en terre cuite, sculp­tures sur bois, ar­ticles en soie na­tu­relle, bro­de­ries… com­plètent le ta­bleau de ce “re­tour vers le pas­sé”. Huynh Phuong Do, sculp­teur sur bois, passe ses jour­nées à tailler

dans les ra­cines de bam­bou des têtes hu­maines hi­lares et bar­bues. Des per­son­nages qui, dit-on, ap­portent paix et bon­heur à leurs pro­prié­taires.

De la ra­cine brute au vi­sage ave­nant

Sis rue Bach Dang, ville de Hôi An, l’ate­lier-bou­tique de l’ar­ti­san Huynh Phuong Do ac­cueille chaque jour une cen­taine de vi­si­teurs, viet­na­miens et étran­gers. Sur les éta­gères trônent d’in­nom­brables têtes sculp­tées, toutes ar­bo­rant une barbe longue, touf­fue et raide for­mée par les ra­cines du bam­bou. On peut y iden­ti­fier des per­son­nages re­li­gieux dont des Boud­dhas, les trois gé­nies (du bon­heur, de la gé­né­ro­si­té et de la lon­gé­vi­té), des hé­ros lé­gen­daires… “Ce sont vrai­ment des oeuvres d’art. Ces vi­sages en train de sou­rire ou de mé­di­ter sont très ex­pres­sifs”, ob­serve avec ad­mi­ra­tion un vi­si­teur étran­ger. Huynh Phuong Do a confié que c’est par le plus grand des ha­sards que l’idée de sculp­ter des têtes de bam­bou lui est ve­nue. “Un jour, voi­ci quelques an­nées, j’ai vu sur la ri­vière Hoài en crue des ra­cines de bam­bou em­por­tées par le cou­rant et échouées sur la rive. Mes yeux de sculp­teur ont vu là une

in­té­res­sante ma­tière à créa­tion”, se rap­pelle-t-il. Em­por­tant ces ra­cines chez lui, l’ar­ti­san a dé­ci­dé d’y tailler des

têtes bar­bues. “Ces têtes sont drôles mais aus­si très im­pres­sion­nantes. En les contem­plant, j’ima­gine des boud­dhas ou des gé­nies bien connus des Viet­na­miens, qui ar­borent sou­vent un large sou­rire”, confiet-il. Se­lon lui, pour pou­voir créer des têtes ex­pres­sives, il faut d’abord bien choi­sir la ra­cine. “Cha­cune a sa propre forme, et celle-ci oriente le sculp­teur dans le choix d’un per­son­nage. Il faut sa­voir uti­li­ser les ca­rac­tères uniques de la ra­cine pour créer”, ré­vèle Huynh Phuong Do.

À chaque tête son iden­ti­té

À cause de l’ur­ba­ni­sa­tion ga­lo­pante au­tour de Hôi An, les mas­sifs de bam­bou ne sont plus aus­si abon­dants qu’au­tre­fois. Huynh Phuong Do est obli­gé d’en faire ve­nir de lo­ca­li­tés campagnardes par­fois éloi­gnées. Le trai­te­ment de la ra­cine de­mande pas mal de tra­vail: il faut d’abord la la­ver soi­gneu­se­ment en conser­vant in­tacts les fra­giles brins qui for­me­ront la barbe, avant de cou­per les blocs de ra­cines en uni­tés iso­lées, puis les faire sé­cher au so­leil. “Avant de me mettre au tra­vail, j’exa­mine la ra­cine sous tous les angles pour com­prendre ses traits par­ti­cu­liers, qui don­ne­ront nais­sance à tel ou tel per­son­nage. C’est pour cette rai­son que chaque tête a son iden­ti­té propre”, confie le sculp­teur. Nor­ma­le­ment, une oeuvre né­ces­site deux ou trois jours de tra­vail. “Il y a aus­si des clients qui m’ont de­man­dé de sculp­ter leur tête. Ils ont tou­jours été con­tents du ré­sul­tat!”, se vante-t-il. Ac­tuel­le­ment, l’ate­lier de Huynh Phuong Do pro­duit une dou­zaine d’ar­ticles par jour. Sa pro­duc­tion re­pré­sente 80% du mar­ché de Hôi An. Il pos­sède une ving­taine de bou­tiques aux quatre coins de la ville, qui vendent chaque mois 300-400 sculp­tures, au prix de 150.000-400.000 dôngs/pièce. Bon nombre de ses oeuvres ont pris la route de l’étran­ger dans le ba­gage des tou­ristes. Ces der­niers temps, le sculp­teur a ou­vert des cours d’ap­pren­tis­sage gra­tuits au pro­fit des jeunes lo­caux, avec 70 ar­ti­sans for­més. “Je suis heu­reux de voir mes ar­ticles au­tant pri­sés des tou­ristes. J’ai un sou­hait ar­dent, c’est de trans­mettre ce nou­veau mé­tier aux jeunes de Hôi An”, confie-t-il.

CT/CVN

Le sculp­teur sur bois Huynh Phuong Do.

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Les Boud­dhas en ra­cines de bam­bou at­tirent des tou­ristes lors de la vi­site de Hôi An.

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