Un mois char­gé

Oc­tobre, 8e mois du ca­len­drier ju­lien, 10e du ca­len­drier gré­go­rien, 9e du ca­len­drier so­li-lu­naire viet­na­mien. On com­prend qu’avec une telle dif­fi­cul­té, à sa­voir à quel rang il se trouve, ce mois est en­vie de faire la fête.

Le Courrier du Vietnam - - SOMMAIRE - GÉ­RARD BONNAFONT/CVN

Pour moi, ve­nu de France, oc­tobre avait tou­jours été le mois des mar­rons et des noix. Je n’évoque pas ici les ba­garres de cours de ré­créa­tion, ou les épi­thètes dont nous pou­vions qua­li­fier nos ad­ver­saires. Non, je fais sim­ple­ment al­lu­sion à ces fruits à bogues que nous al­lions gau­ler le long des routes, ar­mées de longues branches, alors que les arbres se co­lo­raient de roux et que les pre­mières feuilles mortes com­men­çaient à jouer avec le vent. Au Viet­nam, point de feuilles rous­sies par l’âge, mais des ri­zières aux épis do­rés qui se font ra­ser de près, des châ­taignes aus­si que l’on va ré­col­ter dans les mon­tagnes du Nord, et sur­tout des jours de fête pour tous les âges. Comme s’il fal­lait en ra­jou­ter dans la liesse pour mieux af­fron­ter les fri­mas du pro­chain hi­ver.

Éruc­ta­tions de plai­sirs

Le Viet­na­mien est un joyeux drille, ou en tout cas, il aime se dé­tendre. À tel point que non content de s’of­frir des fêtes lo­cales, il est al­lé faire son mar­ché au rayon des fêtes in­ter­na­tio­nales. Et, il a rem­pli son pa­nier! Noël, Jour de l’An, St Va­len­tin, Fête de la femme, celle des grands-mères, St Pa­trick, Fêtes des mères et des pères, ça n’ar­rête ja­mais. Pour le mois d’oc­tobre, l’oc­ca­sion est trop belle de ne pas manquer l’Ok­to­ber-Fest, la Fête de la bière. Dans un pays où la bois­son mous­seuse est reine, ima­gi­nez un peu les som­mets que peut at­teindre le jour de la Fête de la bière! C’est Mu­nich puis­sance 10. Chopes, ga­lo­pins, flûtes, ca­lices, tu­lipes et autres de­mis s’en donnent à coeur joie. Les ca­nettes, bou­teilles, fûts et ci­ternes de bière s’écoulent en fleuve dans les go­siers. Des ta­vernes pro­vi­soires s’ouvrent un peu par­tout. On voit sur­gir une ar­ma­da de ser­veuses à per­ruques blondes et à cor­sages ba­va­rois. Ça éructe dans tous les coins, ça tangue dans les rues, ça s’épand contre les murs… J’ai tou­jours été sur­pris par l’ex­tra­or­di­naire ca­pa­ci­té des Viet­na­miens à in­gur­gi­ter ce breu­vage, sans que leur tour de taille n’en su­bisse d’ef­fet no­toire! En ef­fet, en Oc­ci­dent, le bu­veur de bière porte souvent le plus grosse et basse une be­daine flam­boyante qui, telle un éten­dard, signe

son ap­par­te­nance à la con­fré­rie des amou­reux de la bois­son mal­tée. Rares sont ceux qui peuvent se per­mettre de gar­der la ligne tout en le­vant ré­gu­liè­re­ment la pinte aux lèvres. Ici, il m’est souvent ar­ri­vé de par­ti­ci­per à des ri­pailles au cours des­quelles la consom­ma­tion in­di­vi­duelle pou­vait se me­su­rer en litres, sans que la cein­ture ab­do­mi­nale des bu­veurs ne se laisse al­ler à un quel­conque glis­se­ment de ter­rain. Et, qu’im­porte les ex­pli­ca­tions aus­si lo­giques soient-elles, il reste un fait: tous les hommes ne sont pas égaux de­vant la bière!

Dites-le avec des fleurs!

Les femmes viet­na­miennes ont bien de la chance. Quand nous, pauvres hommes, n’avons au­cun jour de fête dans l’an­née, elles ont trois jour­nées pour en­tendre des éloges et être l’ob­jet de toutes les at­ten­tions: le 20 oc­tobre, le 14 fé­vrier et le 8 mars. Comme s’il fal­lait ré­gu­liè­re­ment rap­pe­ler que, à part une brève par­ti­ci­pa­tion mas­cu­line, sans elles, nous ne se­rions pas là... Et, pas ques­tion de pas­ser à cô­té de ces jour­nées d’hom­mages de­puis une se­maine, mon épouse me rap­pe­lait quo­ti­dien­ne­ment que le 20 oc­tobre ap­pro­chait, que dans deux jours ce se­rait le 20 oc­tobre, que de­main c’est le 20 oc­tobre. Et, cette an­née, pas ques­tion d’in­vo­quer le tra­vail ou un em­ploi du temps char­gé: le 20 oc­tobre, c’est un sa­me­di. Il faut sa­cri­fier au ri­tuel. D’abord, se le­ver à l’au­rore, alors que l’on ai­me­rait pro­fi­ter de cette ma­ti­née pour en faire une grasse. En­suite, er­rer dans les rues à la re­cherche d’une mar­chande de fleurs qui, elle, a toutes les bonnes rai­sons de se le­ver tôt. Choi­sir les fleurs qui, je l’es­père, tra­dui­ront le mieux l’amour in­tense, unique, in­con­di­tion­nel, et plus en­core que je porte à la par­tie fé­mi­nine de ma fa­mille. Oui, car il ne s’agit pas seule­ment de vé­né­rer son épouse, c’est toute une so­li­da­ri­té fé­mi­nine qui se lève ce jour-là, pour que de­puis la nou­velle-née jus­qu’à l’an­cêtre la plus âgée, ce soit de­vant toute la gent fé­mi­nine que l’homme s’age­nouille. En­fin, écu­mer les pâ­tis­se­ries pour dé­ni­cher l’in­dis­pen­sable gâ­teau dé­co­ré de coeurs en crème au beurre qui, en ac­com­pa­gnant l’énorme bou­quet, doit le­ver tous doutes sur ma qua­li­té de ma­ri et père at­ten­tion­né. Et, comme c’est sa­me­di, ne pas hé­si­ter à en ra­jou­ter en trou­vant un res­tau­rant pour fê­ter comme il se doit la Jour­née de la femme viet­na­mienne! J’at­tends la fête des pères avec im­pa­tience.

L’hor­reur dans la joie

Et, pour­quoi se pri­ver, puisque oc­tobre c’est aus­si Hal­lo­ween. La Fête des lu­mières à la sauce hor­reur. Dans tous les ma­ga­sins de jouets, les masques de vam­pires, zom­bies et autres ha­bi­tants des limbes pendent en grappe orange et noir. Sur leurs cintres, des com­bi­nai­sons de sque­lettes gri­ma­çants at­tendent pre­neur. Des capes de vam­pires rouges et noires claquent au vent et gi­gan­tesques chauve-sou­ris qui s’im­pa­tientent pour s’en­vo­ler le 30 oc­tobre. Et, des ci­trouilles en veux-tu en voi­là, dé­cli­nées sous tous les genres: masques, cerfs-vo­lants, lan­ternes, écus­sons, casques… Dans 15 jours, ça va être la Fête du po­ti­ron. Coif­fés de la cu­cur­bi­ta­cée, les en­fants vont par­cou­rir les rues et les ruelles pour frap­per aux portes et de­man­der des bon­bons ou de la me­nue mon­naie. Les en­fants des ma­ter­nelles, dé­gui­sés de noir et d’orange, vont dé­fi­ler en longues chaines te­nues par des maî­tresses. Dans les boîtes de nuit et les ca­fés, les soi­rées Hal­lo­ween et Vam­pires vont battre leur plein à s’en faire ex­plo­ser les tym­pans. Oc­tobre au Viet­nam, un mois à avoir la tête comme une ci­trouille!

CTV/CVN

Oc­tobre, un bon mois pour faire la fête.

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