LA RÉ­VO­LU­TION OLÉICOLE EN MARCHE

El Watan (Algeria) - - Enquête -

Si sur le plan de la qua­li­té du pro­duit, NFM es­time avoir ga­gné le pa­ri, au ni­veau des ap­ti­tudes, sa pé­pi­nière n’a pas at­teint ses li­mites, les ca­pa­ci­tés étant tri­bu­taires de la com­mande, qui de­meure, se­lon lui, en de­çà de ses moyens et ses am­bi­tions de re­lance de la fi­lière na­tio­nale qui,

d'après lui, est confi­née jusque-là dans une po­si­tion mé­diocre sur le mar­ché in­ter­na­tio­nal.

Il y a près de sept an­nées, El Wa­tan s’in­ter­ro­geait si la ré­vo­lu­tion oléicole al­lait jaillir de Batna, en dé­cou­vrant un in­ves­tis­seur pri­vé dont l’am­bi­tion n’avait d’égales que son in­tel­li­gence, sa pa­tience et la pas­sion qui en­flait en lui, pour ses pro­jets dé­diés à la terre. Ren­con­tré dans son com­plexe de 43 ha, éri­gé sur les plaines de Aïn Ya­gout, près de l’aé­ro­port Mustapha Ben­bou­laïd, Ali Zer­rad, pa­tron des Nou­velles fo­rêts du Magh­reb (NFM), pro­met­tait à l’époque la pro­duc­tion de 1 mil­lion de plants d’oli­viers/an. Sur place, nous avions consta­té la so­phis­ti­ca­tion des serres où som­meillaient des mil­liers de pieds-mères de noble des­cen­dance, no­tam­ment les fa­meuses Ar­be­qui­na et Pe­cual im­por­tées d’Es­pagne et cé­lèbres comme étant à l’ori­gine de la meilleure huile au monde.

Que sont de­ve­nues au­jourd’hui ces pro­messes de ré­vo­lu­tion, ayant fait ti­quer les scep­tiques et les am­bi­tions de lea­der­ship af­fi­chées en 2012 par cet émi­gré, et de­vant les­quelles l’Etat est res­té de marbre ? Re­tour sur les lieux, source de la présumée ré­vo­lu­tion. Il y a du so­leil en ce jour de mi-dé­cembre. Le ver­glas ha­bi­tuel sur la RN75 a fon­du à cette heure de la mi-jour­née et la clar­té du jour per­met de per­ce­voir le vil­lage de Se­ria­na au loin. A l’en­trée de la pé­pi­nière, des arbres d’ali­gne­ment, des va­rié­tés de pal­mier et des oli­viers ont dé­jà at­teint la taille d’adulte. La ver­dure s’em­pare du pay­sage, le chan­ge­ment est re­mar­quable.

Notre ren­dez-vous nous at­tend dé­jà sur place. Deux hommes font un sa­lut comme pour quit­ter Ali Zer­rad, et ce der­nier, ne dé­ro­geant pas à la règle de bien­séance chez les Chaouis, fait les pré­sen­ta­tions, avant qu’ils ne montent dans leur pick-up. L’un des deux, le plus âgé, est un agri­cul­teur de la ré­gion d’El Haouch à Bis­kra ve­nu faire ses emplettes à la ferme. En l’es­pace de trois an­nées, nous di­ton, il a ache­té plus de 300 000 plants à NFM et veut at­teindre, à terme, 1 mil­lion d’oli­viers ; d’ailleurs ses pre­mières plan­ta­tions vont com­men­cer à don­ner des fruits à par­tir de cette an­née, ex­plique notre hôte.

POR­TE­FEUILLE CLIENTS

Ça com­mence plu­tôt bien. Notre ob­jec­tif est de vé­ri­fier les ré­sul­tats et la réus­site ou non de toute cette en­tre­prise, gi­gan­tesque et in­no­vante. Et la com­mande du client bis­kri illustre par­fai­te­ment le ca­pi­tal confiance qu’au­rait dé­jà ob­te­nu NFM au­près des agri­cul­teurs. A ce su­jet, Zer­rad nous confie que «le por­te­feuille clients ne cesse de gros­sir». «Nos pro­duits sont plan­tés à Batna, à Bis­kra, Adrar, Bé­char et Ghar­daïa», nous dit-il fiè­re­ment. De l’oli­vier à Adrar ? «Oui, ne soyez pas éton­nés, ré­plique notre hôte, notre arbre est éle­vé dans la plaine de Batna, dans des tem­pé­ra­tures va­riant entre 45°C en été et -5°C en hi­ver. Il est très ré­sis­tant !» Ain­si soit-il ! Après tout, le boom agri­cole ibé­rique, l’Es­pagne le doit à son dé­sert ! La serre de né­bu­li­sa­tion étant vide à cette époque de l’an­née, notre ba­lade com­mence dans le pa­villon où se dé­ve­loppe le pro­duit en der­nière étape. Le jour de notre pas­sage, 650 000 plants d’oli­viers sont prêts à par­tir. Ar­be­qui­na, Pe­qual, le sol de la plus grande serre est ta­pis­sé de ces ar­bustes en deux tons de vert, hauts de 30 à 40 cm. Ali Zer­rad re­tire de son pot un plant Ar­ba­qui­na âgé de 6 mois seule­ment, mais por­tant dé­jà des fruits. Le fu­tur arbre est prêt à être rem­po­té pour pas­ser à la der­nière phase d’ex­pan­sion des ra­cines, d’une du­rée de 6 mois, avant la mise en terre.

Au fond, une quin­zaine d'ou­vrières tra­vaillent en si­lence. Ce jour-là, elles doivent tailler à la main les plants pour n’en gar­der qu’un seul pied, une com­mande «per­son­na­li­sée» de 100 000 plants des­ti­née à un agri­cul­teur, qui pré­voit d’em­ployer la ma­chine de cueillette d’olives. Cet en­gin ra­pide, ca­pable de cueillir entre 5 et 10 ha/jour, a be­soin d’agir sur des arbres bien ali­gnés et de taille uni­forme, à l’image des va­rié­tés es­pa­gnoles. Ces va­rié­tés sont des nains par rap­port aux oli­viers al­gé­riens, le Chem­lal et la Si­goise, mais elles com­mencent à four­nir des fruits en trois an­nées seule­ment, contrai­re­ment à l’arbre lo­cal qui a be­soin d’au moins huit ans avant de pro­duire. Et ce n’est pas l’unique avan­tage, pour­suit Zer­rad. C’est au ni­veau de la pro­duc­tion que l’écart se creuse. L’arbre Ar­be­qui­na four­nit 10 à 15 litres d'huile contre 5 à 6 seule­ment pour la Si­goise ou le Chem­lal, af­firme-t-il en­core.

IN­VES­TIS­SE­MENT ÉTRAN­GER

Nous ap­pre­nons aus­si que le sa­voir et le sa­voir-faire es­pa­gnols, trans­fé­rés grâce à la pré­sence qua­si per­ma­nente d’in­gé­nieurs agro­nomes ibé­riques, et l’ap­pli­ca­tion des ac­teurs de la NFM ont fi­ni par être in­té­rio­ri­sés et maî­tri­sés pour que cesse l’im­por­ta­tion, dès lors que le plant est re­pro­duit en­tiè­re­ment ici. «En 2012, nous avions im­por­té le parc à bois d’Es­pagne, mais au­jourd’hui c’est un arbre 100% al­gé­rien que nous four­nis­sons, c'est-à-dire qu’il est pro­duit chez nous de­puis le bou­tu­rage jus­qu’à la plan­ta­tion, avec une ca­pa­ci­té de pro­duc­tion qui peut at­teindre 1 mil­lion de plants/an», sou­ligne l’in­ves­tis­seur. D’ailleurs, ce parc à bois de plu­sieurs hec­tares a four­ni, cette an­née, une grande quan­ti­té d’huile ex­tra vierge, pres­sée dans l’hui­le­rie Fa­ti­ma, si­tuée entre l’aé­ro­port et le tom­beau de Med­gha­cen. Notre hôte af­firme aus­si, chiffres à l’ap­pui, que les ob­jec­tifs tra­cés sur 6 ans sont at­teints. «On four­nit dé­jà entre 600 000 et 700 000 plants d’oli­viers par an de plu­sieurs va­rié­tés, que ce soient celles d’ori­gine es­pa­gnole ou les al­gé­riennes que nous amé­lio­rons grâce à des tech­niques poin­tues.» Si sur le plan de la qua­li­té du pro­duit, NFM es­time avoir ga­gné le pa­ri, au ni­veau des ca­pa­ci­tés, Zer­rad juge que sa pé­pi­nière n’a pas at­teint ses li­mites, les ca­pa­ci­tés étant tri­bu­taires de la com­mande, qui de­meure, se­lon lui, en de­çà de ses moyens et ses am­bi­tions de re­lance de la fi­lière na­tio­nale qui, d'après lui, est confi­née jusque-là dans une po­si­tion mé­diocre sur le mar­ché in­ter­na­tio­nal. Mais en at­ten­dant que le dé­par­te­ment mi­nis­té­riel de l’Agri­cul­ture place NFM sur ses ta­blettes, son pa­tron mul­ti­plie les ini­tia­tives et part lui­même à la conquête de la pro­duc­tion d’olive et d’huile d’olive. «Nous avons dé­ci­dé de créer notre propre plan­ta­tion. Nous avons un pro­jet de plan­ta­tion de 2000 ha d’oli­viers ; un pro­jet qui est en phase avan­cée des né­go­cia­tions avec les Chi­nois qui veulent ache­ter toute la pro­duc­tion pour l’en­voyer en Chine. Pour ce­la, l’Etat nous a pro­po­sé des terres à Mé­nea et M’ghaier, mais en at­ten­dant de concré­ti­ser ce mé­ga­pro­jet, nous avons dé­jà ob­te­nu 300 ha à M’dou­kal, dans le sud de Batna ; un ter­rain que nous sommes en train de pré­pa­rer pour plan­ter nos oli­viers cette an­née», an­nonce Zer­rad. Il nous ex­plique aus­si que cet in­ves­tis­se­ment en­tre­ra en pro­duc­tion d’ici 3 ans, et toute la ré­colte pas­se­ra par l’unité de trans­for­ma­tion d'huile d’olive qu’il compte ins­tal­ler sur place. Bref, que du bon ! Et on com­prend l’op­ti­misme et la bou­li­mie de Ali Zer­rad, pour qui le rêve est de­ve­nu réa­li­té, un bon­heur in­ex­pli­cable dont l’in­fi­ni ho­ri­zon s’étend avec les champs d’oli­viers d’Adrar, de Bé­char et de toutes les contrées al­gé­riennes.

Nouri Nesrouche

Des serres où som­meillaient des mil­liers de pieds-mères de noble des­cen­dance, no­tam­ment les fa­meuses Ar­be­qui­na et Pe­cual

Ali Zer­rad, pa­tron des Nou­velles fo­rêts du Magh­reb (NFM)

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