EN AT­TEN­DANT LA RE­CON­NAIS­SANCE OF­FI­CIELLE DE CE CRIME D’ÉTAT

UNE NOU­VELLE STÈLE À PA­RIS À LA MÉ­MOIRE DES VIC­TIMES DU 17 OC­TOBRE 1961

El Watan (Algeria) - - La Une - Pa­ris De notre bu­reau

La maire de Pa­ris, Anne Hi­dal­go, a dé­voi­lé jeu­di, en pré­sence du se­cré­taire gé­né­ral du mi­nis­tère al­gé­rien des Af­faires étran­gères, la nou­velle plaque en hom­mage aux vic­times de la san­glante ré­pres­sion de la ma­ni­fes­ta­tion pa­ci­fique des Al­gé­riens, le 17 Oc­tobre 1961 et les jours sui­vants, contre le couvre-feu qui leur était im­po­sé par le pré­fet de Pa­ris, Mau­rice Pa­pon.

APOSTROPHÉ­E PAR LES JOUR­NA­LISTES PRÉ­SENTS, ANNE HI­DAL­GO, LA MAIRE DE PA­RIS, DI­RA QUE CETTE STÈLE MARQUE «UNE NOU­VELLE ÉTAPE DANS LA MÉ­MOIRE DE CETTE TRA­GÉ­DIE».ET ELLE RAP­PELLE QU’IL Y A PLUS DE 15 ANS (EN 2001, NDLR), SUR UNE PRO­PO­SI­TION DE DA­VID AS­SOU­LINE (AU­JOURD’HUI SÉ­NA­TEUR PS DE PA­RIS), LE CONSEIL DE PA­RIS A VO­TÉ L’APPOSITION D’UNE PLAQUE À LA MÉ­MOIRE DES VIC­TIMES DU 17 OC­TOBRE 1961.

La stèle, réa­li­sée par l’ar­tiste Gé­rard Col­lin-Thié­bault, est une struc­ture en acier noir in­té­grée à celle de 2001, à l’angle du pont Saint-Mi­chel/quai du Mar­ché neuf. Des sil­houettes de vic­times, à tra­vers les­quelles on peut voir la Seine. Elle est plus vi­sible que celle ap­po­sée par Ber­trand De­la­noë le 17 oc­tobre 2001.

L’écri­vain Di­dier Dae­nin­ckx a lu un ex­trait de Fa­ti­ma pour mé­moire. La jeune col­lé­gienne Fa­ti­ma Bed­dar, qui fi­gure sur la stèle nou­vel­le­ment inau­gu­rée, rêve de de­ve­nir ins­ti­tu­trice, mais elle est di­ri­gée vers le col­lège d’en­sei­gne­ment pro­fes­sion­nel… Pen­dant trois se­maines, sa mère, en­ceinte, sillonne Stains et SaintDe­nis à la re­cherche de sa fille, dont on a re­trou­vé plus tard le corps re­je­té par la Seine avec d’autres noyés. Un quart de siècle après, la dé­pouille de Fa­ti­ma quitte le ci­me­tière de Stains pour le vil­lage fa­mi­lial de Ka­by­lie où elle est en­ter­rée au car­ré des mar­tyrs. Suivent une mi­nute de si­lence, le chant en ka­byle Le temps vien­dra de Sa­mi­ra Brah­mia et une prière faite par un imam de la Mos­quée de Pa­ris à la mé­moire des vic­times. Puis re­ten­tit un «Al­gé­rie libre et dé­mo­cra­tique !» et «On veut la paix dans le monde en­tier !». Apostrophé­e par les jour­na­listes pré­sents Anne Hi­dal­go, la maire de Pa­ris, di­ra que cette stèle marque «une nou­velle étape dans la mé­moire de cette tra­gé­die». Et elle rap­pelle qu’il y a plus de 15 ans (en 2001, ndlr), sur une pro­po­si­tion de Da­vid As­sou­line (au­jourd’hui sé­na­teur PS de Pa­ris), le Conseil de Pa­ris a vo­té l’apposition d’une plaque à la mé­moire des vic­times du 17 Oc­tobre 1961. «Nous avons sou­hai­té être ici au­jourd’hui avec les élus de Pa­ris et d’Ile-de-France aux cô­tés des fa­milles des vic­times, des as­so­cia­tions al­gé­riennes et fran­co-al­gé­riennes pour com­mé­mo­rer cette tra­gé­die.» Et de «sa­luer le peuple al­gé­rien que j’aime, les femmes et la jeu­nesse al­gé­riennes».

«LA STÈLE, CE N’EST QU’UN PAS»

«La stèle, ce n’est qu’une avan­cée», «un pas», disent les Al­gé­riens pré­sents, membres d’as­so­cia­tions ou simples ci­toyens. «Nous vou­lons la re­con­nais­sance of­fi­cielle de ce crime d’Etat et l’ou­ver­ture des ar­chives. Que la guerre d’Al­gé­rie soit en­sei­gnée dans les écoles», lance à haute voix Na­ce­ra Ar­sou­li, de la Chaîne de l’en­traide mé­di­ter­ra­néenne. «Je me fé­li­cite de cette nou­velle stèle, plus vi­sible que celle de 2001, mais en ce 17 oc­tobre 2019, il n’y a pas de dé­cla­ra­tion claire, cir­cons­tan­ciée du pré­sident de la Ré­pu­blique, Em­ma­nuel Ma­cron. Je me fé­li­cite qu’il ait re­con­nu le crime com­mis contre Mau­rice Au­din, j’at­tends une dé­cla­ra­tion si­mi­laire concer­nant le 17 Oc­tobre 1961», af­firme pour sa part Olivier Le­cour Grand­mai­son, membre du Col­lec­tif as­so­cia­tif pour le 17 Oc­tobre 1961. «En­core une fois, les au­to­ri­tés fran­çaises res­tent si­len­cieuses, voire la­co­niques sur la res­pon­sa­bi­li­té de l’Etat fran­çais sur ce crime d’Etat.» Aus­si, «il est temps que le pré­sident de la Ré­pu­blique, au nom de la France, confirme, par un geste sym­bo­lique, la re­con­nais­sance et la condam­na­tion de ce crime d'Etat. Comme il vient de le faire pour l’as­sas­si­nat de Mau­rice Au­din par l’ar­mée fran­çaise et pour l’exis­tence d’un sys­tème de tor­ture gé­né­ra­li­sé. Cette re­con­nais­sance doit s’étendre aux mil­liers d’Al­gé­riens qui en ont été vic­times». Et de sou­li­gner que le Col­lec­tif pour le 17 Oc­tobre 1961 pré­pare le 60e an­ni­ver­saire de cet évé­ne­ment tra­gique. «Nous se­rons alors plus obs­ti­nés que ce gou­ver­ne­ment.»

Hen­ri Pouillot, éga­le­ment membre ac­tif de ce Col­lec­tif, af­firme lui aus­si que le 17 Oc­tobre 1961 est «un crime d’Etat sur une base de ra­cisme d’Etat», no­tant qu’«au­jourd’hui on constate que le cli­mat so­cio­po­li­tique se désa­grège avec un dé­fer­le­ment de pro­pos ra­cistes. Zem­mour, qui a dé­jà été condam­né deux fois pour ''pro­pos ra­cistes'', conti­nue dans le même sens». No­tant aus­si : «Il est im­por­tant que le pré­sident de la Ré­pu­blique confirme son en­ga­ge­ment du 7 mai 2017 (concer­nant l’af­faire Mau­rice Au­din, ndlr) par un geste fort. J’ai écrit au pré­sident Ma­cron après qu’il ait dé­cla­ré dans son hom­mage à Jacques Chi­rac (lors de son dé­cès) qu’il s’était gran­di en re­con­nais­sant la shoah. De­puis la dé­cla­ra­tion de Fran­çois Hol­lande, rien n’a chan­gé.» Pour mé­moire, Fran­çois Hol­lande avait dé­cla­ré le 17 oc­tobre 2012 : «Le 17 oc­tobre 1961, des Al­gé­riens qui ma­ni­fes­taient pour le droit à l'in­dé­pen­dance, ont été tués lors d'une san­glante ré­pres­sion. La Ré­pu­blique re­con­naît avec lu­ci­di­té ces faits. Cin­quante et un ans après cette tra­gé­die, je rends hom­mage à la mé­moire des vic­times.»

«IL EST NÉ­CES­SAIRE QUE DES ME­SURES SIGNIFICAT­IVES SOIENT PRISES»

Pierre Ka­nu­ty, conseiller ré­gio­nal (groupe so­cia­liste et ré­pu­bli­cain), se dit «fier qu’on ait ho­no­ré cette his­toire ab­sente des livres sco­laires», rap­pe­lant que «Da­vid As­sou­line avait in­vi­té la ma­jo­ri­té so­cia­liste à la mai­rie de Pa­ris à faire un geste sym­bo­lique», que «Lionel Jos­pin a ou­vert des ar­chives» et que «Fran­çois Hol­lande a eu des mots qu’au­cun pré­sident n’a eus». «Cet évé­ne­ment est au­jourd’hui sor­ti de l’in­ti­mi­té, on est de plus en plus nom­breux à le com­mé­mo­rer.» «Nous de­vons conti­nuer ce tra­vail de re­con­nais­sance, le trans­mettre. Quand un peuple se bat pour ses droits et sa di­gni­té, au­cune ré­pres­sion ne peut le faire taire.» «Pour nous, les Mar­ti­ni­quais, c’est aus­si une his­toire in­time, Fa­non, Edouard Glis­sant, Mar­cel Man­ville nous lient aux Al­gé­riens. Dans nos fa­milles, on en par­lait, on s’iden­ti­fiait au com­bat du peuple al­gé­rien.»

A sou­li­gner que le Col­lec­tif pour le 17 Oc­tobre 1961, au­quel se sont joints des or­ga­ni­sa­tions po­li­tiques et syn­di­cales, es­time qu’«il est né­ces­saire que des me­sures significat­ives soient prises» ; «que la lu­mière soit faite sur les soi­di­sant ''re­tours vers leurs douars d’ori­gine'' des Al­gé­riens sur­vi­vants du 17 Oc­tobre, en­voyés en fait dans des camps de la mort de l’Al­gé­rie co­lo­niale» ; «que la créa­tion d'un lieu de mé­moire voué à cet évé­ne­ment, de­man­dée dans la ré­so­lu­tion vo­tée par le Sé­nat en oc­tobre 2012 qui re­con­nais­sait elle aus­si ce mas­sacre, soit ra­pi­de­ment mise en oeuvre par les au­to­ri­tés de l'Etat, de la Ville de Pa­ris et la Ré­gion Ile-de-France» ; «pour être fi­dèles à leur mis­sion scien­ti­fique, les his­to­riens ont be­soin de pou­voir ac­cé­der li­bre­ment aux ar­chives, échap­per aux contrôles des pou­voirs ou des groupes de pres­sion et tra­vailler en­semble, avec leurs col­lègues al­gé­riens» ; que «la vé­ri­té doit être dite». Ajou­tant que «ce n’est qu’à ce prix que pour­ra dis­pa­raître la sé­quelle la plus grave de la Guerre d’Al­gé­rie, à sa­voir le ra­cisme, l'is­la­mo­pho­bie dont sont vic­times au­jourd’hui nombre de ci­toyennes et ci­toyens, res­sor­tis­sants d’ori­gine magh­ré­bine ou des an­ciennes co­lo­nies, y com­pris sous la forme de vio­lences po­li­cières ré­cur­rentes, par­fois meur­trières».

Nad­jia Bou­zegh­rane

La maire de Pa­ris, Anne Hi­dal­go (écharpe tri­co­lore), inau­gu­rant, jeu­di der­nier, une stèle com­mé­mo­ra­tive en hom­mage aux vic­times de la ré­pres­sion san­glante de la ma­ni­fes­ta­tion des Al­gé­riens le 17 Oc­tobre 1961

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