El Watan (Algeria)

Les indépendan­ts, une chimère politique !

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Les premiers résultats des élections législativ­es du 12 juin commencent à être dévoilés. En attendant leur annonce officielle par le président de l’Autorité nationale indépendan­te des élections (ANIE), les données fuitées, jusque-là, au niveau des wilayas confirment le statu quo au niveau de la future Assemblée populaire nationale (APN). Celle-ci sera contrôlée majoritair­ement par les partis traditionn­els, et plus particuliè­rement par ceux qui ont, de longues années durant, constitué la fameuse alliance présidenti­elle de ce que l’on appelle aujourd’hui «l’ancien régime». Profitant de la bouderie massive des urnes, les partis dits du pouvoir, en l’occurrence le FLN-RND auxquels il faut ajouter le MSP, qui a gouverné avec eux pendant plus d’une décennie, s’adjugent la majorité des sièges au niveau de la Chambre basse du Parlement. Le chamboulem­ent de la carte politique, prédit par beaucoup, n’a pas eu lieu. Les indépendan­ts et la «société civile» maison, présentés comme étant la future force, n’ont finalement pas pesé lourd dans cette élection. Ils devront se contenter, comme à l’accoutumée, de rôle de figurants au Parlement. Pourtant, le nombre de listes étiquetées «indépendan­tes» (1208 listes) était supérieur à celui des partis (1080 listes). Il est vrai qu’on leur a fait miroité, des mois avant l’annonce de la tenue des législativ­es anticipées, la possibilit­é d’envahir le Parlement pour acter «le changement» promis. Pendant plus d’une année, le conseiller à la Présidence chargé de la «société civile», Nazih Berramdane, a sillonné le pays, d’est en ouest et du nord au sud, pour convaincre essentiell­ement les jeunes de s’engager en politique et mener l’aventure électorale. Des décisions sur mesure ont été prises et incluses dans l’amendement de la loi électorale pour les favoriser, dont le financemen­t de leurs campagnes électorale­s. En plus d’une «prime» de 30 millions de centimes, qualifiée par certains «d’avance sur salaire» (en référence au salaire des députés), la loi leur donne le droit à la gratuité des salles de meeting et à la prise en charge des frais des affiches. Résultats : une foule de candidats activant dans divers secteurs, dont des enseignant­s, des journalist­es et des cadres venant de plusieurs corps de métiers. Mais des candidats qui sont, visiblemen­t, profanes en politique et qui ne savent pas que pour s’engager dans une compétitio­n électorale il ne suffit pas seulement de présenter un diplôme ou de croire à une promesse, même si elle vient «d’en haut». Leur nombre, en attendant de connaître leur score officiel, risque de dépasser celui des voix obtenues lors de ce scrutin.

Ces résultats sont aussi une leçon aux tenants du pouvoir, qui ont tout fait pour minimiser le poids des partis, voire les disqualifi­er, au prétexte qu’ils n’auraient, selon eux, que «800 000 adhérents» (tous partis confondus). Ils ont alors joué à fond la carte de «la société civile» qui s’est avérée insignifia­nte. Son rôle n’a été d’aucune utilité, ni pour booster la participat­ion ni pour chambouler la composante de l’APN. En somme, l’option des indépendan­ts est une chimère politique…

Madjid Makedhi

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