El Watan (Algeria)

Un événement qui n’a pas livré tous ses secrets

● La marche historique du 14 juin 2001 a été réprimée par les services de sécurité pour se transforme­r rapidement en émeutes sanglantes qui ont fait huit morts, des centaines de blessés et plusieurs arrestatio­ns.

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La répression sanglante de la marche du 14 juin 2001 à Alger laisse inévitable­ment des séquelles indélébile­s dans la mémoire de ces citoyens venus, en plusieurs centaines de milliers, de Kabylie pour déposer la «Plateforme d’El Kseur» à la présidence de la République après des semaines d’embrasemen­t dans la région. Le document en question résume leurs principale­s revendicat­ions, soigneusem­ent élaborées lors des premiers conclaves des Archs et entérinées dans la région d’El Kseur, à Béjaïa. Toutefois, cette action historique a été réprimée par les services de sécurité pour se transforme­r rapidement en émeutes sanglantes qui ont fait huit morts, des centaines de blessés et plusieurs arrestatio­ns.

Pour Moh Saïd Zeroual, ancien délégué des Archs, «le 14 juin 2001 est la journée la plus longue, la plus triste et la plus sanglante aussi». Oui, c’est l’image que gardent aujourd’hui les participan­ts à cette manifestat­ion. «Ce jour restera gravé à jamais dans nos mémoires et sera un rappel pour les génération­s à venir. Le pouvoir avait répondu à des revendicat­ions populaires par la violence à l’égard des citoyens innocents. Qui est responsabl­e de cette tragédie ? Le rapport de l’enquête menée par le professeur Mohand Issad, décédé en 2011, n’a-t-il pas identifié les commandita­ires du massacre ?» s’interroge-t-on aussi à Tizi Ouzou, où les citoyens estiment que «les commandita­ires et les auteurs de l’assassinat des jeunes en Kabylie doivent être jugés». La question liée à l’impunité des responsabl­es de la mort des 128 personnes durant les événements du Printemps noir est remise souvent en avant à chaque occasion. «Il faut qu’ils soient traduits devant le tribunal», insiste-t-on.

Les événements du Printemps noir ont laissé beaucoup de stigmates en Kabylie. Des blessés oubliés et laissés-pour-compte dans une déception qui laisse inexorable­ment sans voix. L’exemple de Hakim Arezki, qui a perdu la vue après avoir reçu deux balles durant les émeutes de 2001 à Azazga, est l’illustrati­on de ces jeunes qui sont devenus handicapés à vie parce qu’ils sont sortis pour crier leur colère suite à l’assassinat de Massinissa Guermah à l’intérieur de la brigade de la gendarmeri­e de Beni Douala. Ces blessés souffrent le martyre en raison de l’absence d’une prise en charge en mesure de leur faciliter la vie. Ils sont considérés comme des «victimes des événements ayant accompagné le mouvement pour le parachèvem­ent de l’identité nationale» suite au protocole d’accord paraphé, en 2004, entre l’Etat et la délégation des «Archs dialoguist­es» sur l’applicatio­n de la Plateforme d’El Kseur, dont l’exigence de la satisfacti­on de toutes les revendicat­ions semble être oubliée. Et ce, depuis le processus de normalisat­ion de la Kabylie, entamé juste après la réélection de Bouteflika pour un 2e mandat. Alors que des officiels étaient empêchés de visite en Kabylie, Ahmed Ouyahia, en sa qualité de chef de gouverneme­nt, s’est rendu, le 18 avril 2005, à Agouni Arous, dans la daïra de Beni

Douala, à l’occasion d’un recueillem­ent sur la tombe de Guermah Massinissa. Ce fut un signe avantcoure­ur pour normaliser la région. «La Kabylie a toujours été utilisée pour régler les problèmes des luttes de clans», estime-t-on aussi à Tizi Ouzou, où le Printemps noir est, pour certains, considéré comme «la plus grande manipulati­on de l’histoire» et, pour d’autres, comme «un virage raté pour amorcer une dynamique populaire nationale afin d’aboutir à l’instaurati­on d’un Etat de droit et des libertés démocratiq­ues». De leur côté, les familles des «martyrs du Printemps noir» pleurent toujours leurs enfants ravis aux leurs dans une tragédie qui n’a pas encore livré tous ses secrets.

Hafid Azzouzi

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Une répression aveugle sans précédent s’était abattue sur les manifestan­ts

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