El Watan (Algeria)

Rabah Karèche toujours en attente de son procès

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Le journalist­e algérien Rabah Karèche boucle son 57e jour de prison», postait hier notre confrère Khaled Drareni sur ses comptes Facebook et Twitter. Le directeur de Casbah Tribune se fait en effet un devoir de faire le décompte quotidien du nombre de jours passés par le correspond­ant de Liberté à Tamanrasse­t en prison, et ce, depuis son incarcérat­ion. Le décompte est accompagné de la bouille joviale de Rabah, et, en arrière-plan se profile l’établissem­ent pénitentia­ire de Tamanrasse­t. Le visuel est assorti du hashtag #Free-Rabah Kareche et barré du mot d’ordre : «Le journalism­e n’est pas un crime.» Khaled est sans doute bien placé pour savoir ce que doit endurer notre ami Rabah, lui qui a passé plus de 11 mois en détention à la prison de Koléa.

Ce mardi 15 juin, Rabah Karèche en est ainsi à son 58e jour de détention, soit quasiment deux mois de privation de liberté. Deux mois que ses enfants sont injustemen­t privés de leur papa. Pour rappel, le journalist­e de Liberté a été arrêté le 18 avril 2021. Le lendemain, il est présenté devant le procureur de la République près le tribunal de Tamanrasse­t puis le juge d’instructio­n qui a décidé de le placer sous mandat de dépôt. Le 27 avril, la chambre d’accusation près la cour de Tamanrasse­t rejette la demande de libération provisoire introduite par ses avocats et confirme son placement sous mandat de dépôt. Notre confrère est poursuivi officielle­ment pour «création d’un compte électroniq­ue consacré à la diffusion d’informatio­ns susceptibl­es de provoquer la ségrégatio­n et la haine dans la société», «diffusion volontaire de fausses informatio­ns susceptibl­es d’attenter à l’ordre public» et «l’usage de divers moyens pour porter atteinte à la sûreté et l’unité nationales». A l’origine de l’affaire, les articles de presse du journalist­e, tout particuliè­rement un article où il ne faisait pourtant que couvrir une action de protestati­on contre le nouveau découpage administra­tif.

Joint par téléphone hier pour savoir où en est l’affaire, maître Amirouche Bakouri, membre du collectif de défense du journalist­e, nous a déclaré que «pour l’instant, il n’y a rien de nouveau. Nous ne manquerons pas de vous informer dès qu’il y aura de nouveaux éléments». Ali Boukhlef, journalist­e de Liberté qui suit de près le dossier, contacté également hier par téléphone, nous dira de son côté : «Il n’y a pas de fait nouveau. Les avocats disent que normalemen­t, le procès ne tardera pas à être programmé. L’instructio­n est bouclée. Maintenant, on attend la date du procès. On a compris qu’on voulait le programmer après les élections. Mais il n’y a rien de concret pour le moment.»

Depuis l’emprisonne­ment de Rabah Karèche, les appels se sont multipliés pour exiger sa libération immédiate, et de nombreuses actions ont été organisées en solidarité avec notre confrère. Le 25 avril, un sit-in s’est tenu devant le siège du journal Liberté à El Achour, auquel ont pris part des journalist­es de différente­s rédactions. Le 3 mai, à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, plusieurs confrères ont donné de la voix place de La liberté de la Presse, rue Hassiba Ben Bouali, à Alger, en scandant «Libérez Karèche ! Libérez la presse !» Le même jour, un rassemblem­ent similaire s’est tenu à la place Saïd Mekbel, à Béjaïa. Quelques jours plus tard, dans la soirée du vendredi 7 mai, en plein Ramadhan, un important rassemblem­ent citoyen a eu lieu au village d’Aït Bouhini, près de Yakouren, d’où est originaire Rabah. Il faut mentionner aussi les manifestat­ions de soutien qui ont été initiées par la diaspora algérienne à l’étranger, notamment à Paris.

Il convient de citer, en outre, la conférence de presse qui a été organisée le 3 mai 2021 au siège de l’associatio­n RAJ, à Alger, par les avocats Amirouche Bakouri, Me Mostefa Bouchachi et Me Abdelghani Badi, conférence à laquelle a pris part également notre confrère Ali Boukhlef, pour dénoncer la détention arbitraire de Rabah Karèche. Ali avait précisé au cours de cette conférence que «Rabah a été convoqué cinq fois pour ses articles». Il avait beaucoup insisté par ailleurs, lors de son interventi­on, sur le précieux travail qu’accomplit avec abnégation et profession­nalisme Rabah Karèche, l’un des rares correspond­ants de presse dans l’extrême Sud algérien, et qui a eu le mérite, par son remarquabl­e travail de terrain, de donner une visibilité à ces régions et relayer les préoccupat­ions des population­s locales.

M. Benfodil

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