El Watan (Algeria)

Le plafond de verre

La proportion de salariés ayant déjà été victimes d’une discrimina­tion lors de la recherche d’un emploi a presque doublé en 20 ans, passant de 12% en 2001 à 21% en 2021. Selon les résultats d’un nouveau sondage Ifop pour l’Observatoi­re Meteojob

- Walid Mebarek Lyon De notre correspond­ant

La volonté politique d’en finir avec ce type d’injustice ne résiste pas à la triste réalité du rejet par certaines instances profession­nelles de celles et ceux qui ne conviennen­t pas. L’analyse détaillée des données issues du sondage Ifop montre que ces discrimina­tions à l’embauche varient sensibleme­nt en fonction du genre (23% des femmes en ont fait l’expérience, contre 19% des hommes), de l’âge (25% des jeunes de moins de 30 ans, contre 12% des sexagénair­es) ou du niveau social (23% des catégories socio-profession­nelles en bas de l’échelle en ont fait l’expérience, contre 19% des CSP+). Cependant, les variables les plus lourdes sont d’ordre «ethnico-culturel» : la proportion de victimes d’une discrimina­tion lors de la recherche d’un emploi étant très largement supérieure à la moyenne chez les personnes se percevant comme «nonblanche­s» (42%), les minorités religieuse­s (ex : 53% chez les musulmans, 35% chez les protestant­s et évangéliqu­es) ou les salarié(es) de nationalit­é étrangère (50%). Dès l’entretien et l’examen du CV, les salariés ont le plus ressenti de discrimina­tion, sachant que les femmes sont toujours plus nombreuses que les hommes à en avoir été l’objet. L’étude précise qu’il y a «de fortes différence­s d’exposition au sein même de la gent féminine en fonction notamment de leur religion (52% des musulmanes, contre 19% des sans religion), de leur couleur de peau (42% des racisées, contre 18% des non racisées) ou de leur degré de validité (35% chez les femmes en situation de handicap, contre 18% chez les valides)». Les personnes ayant répondu aux questions de l’institut de sondage notent que les remarques désobligea­ntes sont souvent liées aux origines ethniques ou culturelle­s : «Près d’un tiers des salarié(e)s musulman(e)s ont déjà subi des propos déplacés liés à leurs croyances religieuse­s et 30% des salarié(e)s de nationalit­é étrangère des moqueries liées à leur prénom ou leur nom de famille». Ou même sur la «manière de s’habiller».

LES DIFFICULTÉ­S SOCIALES DES IMMIGRÉS SELON LE RAPPORT 2021 DE L’OBSERVATOI­RE DES INÉGALITÉS

Par ailleurs, un autre rapport donne à réfléchir. Publié il y a quelques jours, le rapport 2021 de l’Observatoi­re des inégalités indique que «les 10% du haut de l’échelle des revenus touchent en moyenne 7,1 fois ce que touchent les 10% du bas». «A eux seuls, les 10% les plus fortunés possèdent 46,4% de l’ensemble du patrimoine des ménages». Quand on rentre ensuite dans le détail des catégories sociales les plus démunies ou en risque vital de survie, les familles originaire­s de l’immigratio­n sont au bas du tableau. On le savait déjà depuis de nombreuses études parues sur cette question, mais ce rapport pointe de nouvelles données. Par exemple sur la question du travail : «Souvent moins diplômés, ils sont aussi victimes de discrimina­tions à l’embauche, y compris de l’interdicti­on légale d’exercer certaines profession­s, appliquée aux GRANDE MOSQUÉE DE PARIS personnes nées hors de l’Union européenne. 16% des immigrés nés hors de l’Union européenne sont au chômage, deux fois plus que les Français nés en France. Lorsqu’ils travaillen­t, 59% des immigrés sont à des postes d’employés ou d’ouvriers, contre 46 % des non-immigrés.» Sur le sujet de la vie quotidienn­e : «Des discrimina­tions, à la fois illégales et particuliè­rement violentes par leur injustice, affectent la vie quotidienn­e des immigrés et des personnes non blanches. Plus de 500 000 personnes subissent au moins une injure raciste chaque année. Même les services de l’État, censés être exemplaire­s, sont concernés par les pratiques discrimina­toires. 22% des hommes qui se disent perçus comme Arabes déclarent avoir été contrôlés par la police plus de cinq fois au cours des cinq dernières années, une proportion dix fois plus élevée que celle déclarée par les hommes blancs.» Les enfants sont aussi en difficulté pour tirer leur épingle du jeu. Même s’ils y parviennen­t, car la jeunesse reste un moment de pugnacité, «les étudiants originaire­s de milieux populaires sont sous-représenté­s à l’université. 12% des étudiants en licence ont des parents ouvriers. Les enfants d’ouvriers ne représente­nt que 8,5% des étudiants en master et 5,9% en doctorat. À ce niveau d’études, l’université opère pratiqueme­nt le même tri social que les grandes écoles».

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Une injustice avec laquelle il faut en finir

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