Elec­tions sé­na­to­riales : ces pri­vi­lèges qui font cou­rir les can­di­dats

El Watan week-end - - 7 Jours - Ram­dane Keb­ba­bi

Les élec­tions pour le re­nou­vel­le­ment par­tiel des membres du Sé­nat au­ront lieu de­main. Se­lon le mi­nis­tère de la Jus­tice, 206 can­di­dats par­ti­ci­pe­ront à ces joutes, soit une moyenne de 4 par wi­laya. Le mi­nis­tère pré­cise que 165 can­di­dats sont is­sus de par­tis po­li­tiques et 41 autres se sont pré­sen­tés comme in­dé­pen­dants. Les trac­ta­tions et le jeu des al­liances font rage dans toutes les wi­layas du pays. Cer­tains can­di­dats, no­tam­ment ceux is­sus du mi­lieu des af­faires, n’ont pas hé­si­té à re­cou­rir à la «chka­ra» (l’ar­gent sale) pour ob­te­nir un siège au Sé­nat et pou­voir jouir des nom­breux pri­vi­lèges qu’il offre. Ain­si, outre l’im­mu­ni­té du­rant les six an­nées de man­dat, un sa­laire de 367 000 DA et de nom­breuses primes, le poste de sé­na­teur offre beau­coup d’autres avan­tages. En sa qua­li­té d’an­cien sé­na­teur, maître Mo­krane Aït Lar­bi a es­ti­mé dans une de ses dé­cla­ra­tions à la presse que le Sé­nat «ne sert qu’à dé­pen­ser l’ar­gent pu­blic. Il n’a plus lieu d’exis­ter puis­qu’il ne sert plus qu’au pla­ce­ment des amis en mal de car­rière». «La fonc­tion de sé­na­teur m’a per­mis de voir de près com­ment un sé­na­teur peut ga­gner beau­coup d’ar­gent sans tra­vailler, voya­ger à l’étran­ger aux frais du contri­buable sans ap­por­ter au­cune contri­bu­tion à la dé­lé­ga­tion, com­ment il peut être pris en charge dans un hô­tel 5 étoiles à plus de 10 000 DA par jour, même quand il pos­sède une villa à Al­ger qu’il peut louer à des étran­gers à 100 mil­lions de cen­times par mois, com­ment il peut aus­si avoir un prêt de 100 mil­lions sans in­té­rêt, voya­ger par avion en first... Et en contre­par­tie, le Conseil de la na­tion n’a rien don­né à la na­tion».

PRÉ­RO­GA­TIVES TRÈS LI­MI­TÉES

En 2013, la prime d’hé­ber­ge­ment oc­troyée aux sé­na­teurs est pas­sée de 64 000 à 120 000 DA. En sus de leurs sa­laires et mal­gré la crise que tra­verse le pays, les sé­na­teurs per­çoivent aus­si des primes de trans­port, de té­lé­phone, des cré­dits sans in­té­rêt, des ré­duc­tions pour l’achat de voi­tures neuves, etc. Mais les ser­vices qu’ils rendent à la na­tion sont mi­nimes. Leurs pré­ro­ga­tives sont très li­mi­tées. Créée en 1996 pour blo­quer toute dé­ci­sion hos­tile éma­nant de l’APN, la Chambre haute du Par­le­ment ne fait de­puis qu’ava­li­ser les dé­ci­sions de l’Exé­cu­tif. Le rôle du sé­na­teur se li­mite au vote des lois de fi­nances, des textes ju­ri­diques et aux ques­tions écrites adres­sées aux membres du gou­ver­ne­ment. De­puis au moins dix ans, le Sé­nat n’a ou­vert au­cune com­mis­sion d’en­quête concer­nant les ques­tions sen­sibles en­ga­geant l’ave­nir du pays et les af­faires liées à la ges­tion des de­niers pu­blics ou aux at­teintes aux libertés in­di­vi­duelles et col­lec­tives. Bien au contraire, cette ins­ti­tu­tion est convoi­tée de par la cou­ver­ture qu’elle offre aux af­fai­ristes de tous bords. En août der­nier, au lieu de dé­non­cer la cor­rup­tion, cer­tains sé­na­teurs sont al­lés jus­qu’à ob­ser­ver un sit-in pour ré­cla­mer la ré­ha­bi­li­ta­tion d’un de leurs col­lègues du RND, pris en fla­grant dé­lit de cor­rup­tion à Ti­pa­sa.

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