Les prix lit­té­raires

Die Fran­zo­sen lie­ben Bü­cher und Li­te­ra­tur­preise. Auch die Au­to­ren und Ver­le­ger lie­ben Li­te­ra­tur­preise. Wa­rum und was es mit die­sen Prei­sen auf sich hat, das er­fah­ren Sie hier.

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Ils s’ap­pellent Gon­court, Re­nau­dot, Grand prix du ro­man de l’aca­dé­mie fran­çaise, mais aus­si Fe­mi­na, In­te­ral­lié, Mé­di­cis... Cer­tains sont dé­cer­nés en au­tomne et d’autres, comme ce­lui du ma­ga­zine Elle ou de la ra­dio France In­ter, au prin­temps. Leur nombre (2000 !) est si éle­vé qu’il est im­pos­sible ici d’en faire la liste ex­haus­tive. Ils dopent les ventes de livres et sur­tout, ils font lire. Alors, for­cé­ment, ils sont convoi­tés par les écri­vains mais aus­si par les édi­teurs et les li­braires. De quoi s’agit-il ? Des prix lit­té­raires.

Des re­tom­bées fi­nan­cières phé­no­mé­nales

Au­tant le dire tout de suite, les prix lit­té­raires sont d’abord une his­toire de gros sous. Nom­breux sont les livres, en­tou­rés du fa­meux ban­deau rouge, qui at­tirent l’at­ten­tion. Les li­braires les mettent bien en évi­dence, en tête de gon­dole. Les lec­teurs passent à cô­té et, in­évi­ta­ble­ment, les voient puis suc­combent. Car c’est tou­jours d’un cer­tain chic de de­man­der : « Tu as lu le der­nier Gon­court ? Comment est-ce que tu trouves le Re­nau­dot de cette an­née ? »

« Ces ré­com­penses sont un vrai mo­teur pour le mar­ché du livre, pen­dant la ren­trée lit­té­raire mais éga­le­ment en pé­riode de Noël du­rant la­quelle les livres pri­més sont lar­ge­ment of­ferts », ex­plique Sé­bas­tien Rouault, di­rec­teur du pa­nel Livres chez GFK, ins­ti­tut d’études de mar­ché. Et d’ajou­ter : « Les trois der­nières se­maines de l’an­née re­pré­sentent plus d’un tiers des ventes d’un ro­man cou­ron­né par un prix.» Un prix Gon­court – le plus pres­ti­gieux – se vend en moyenne à 400 000 exem­plaires. Le Grand prix du ro­man de l’aca­dé­mie fran­çaise, c’est 220 000 livres ven­dus. Le Re­nau­dot ? 178 000 exem­plaires ! Des chiffres mi­ro­bo­lants pour le plus grand bon­heur des édi­teurs, des li­braires et des écri­vains.

Le Pan­théon lit­té­raire

Mais pour­quoi ré­com­pen­ser chaque an­née un ro­man, une nou­velle, un ro­man des ly­céens, un meilleur pre­mier ro­man, une bio­gra­phie, un re­cueil de poé­sies... ? Syl­vie Du­cas, cher­cheuse et au­teure de La lit­té­ra­ture à quel(s) prix ?, consi­dère que « la lit­té­ra­ture fait par­tie de notre iden­ti­té cultu­relle, qu’elle a une va­leur spé­ci­fique en France ». Elle ajoute : « On est le pays du Pan­théon lit­té­raire, des grands hommes. Et dans les grands hommes, il y a les grands écri­vains.» En France, de la même fa­çon qu’on peut dis­cu­ter pen­dant des heures du bou­quet d’un vin ou de la sa­veur d’un mets, on se réunit pour dé­battre des livres et dé­si­gner le meilleur.

Con­ni­vences se­crètes ?

On re­proche sou­vent aux membres des ju­rys de tou­jours pri­mer les mêmes mai­sons d’édi­tion. Gal­li­mard, Gras­set et Le Seuil, que les ob­ser­va­teurs ap­pellent avec iro­nie « Gal­li­gras­seuil », sont ré­gu­liè­re­ment cou­ron­nées. Au dé­tri­ment des autres. La mai­son d’édi­tion la plus pri­mée est Gal­li­mard. Elle est ré­com­pen­sée qua­si­ment tous les ans de­puis un siècle : 168 prix au to­tal, dont 38 Gon­court, 30 Grand prix de l’aca­dé­mie fran­çaise, 29 Fe­mi­na, 20 Re­nau­dot et 17 In­te­ral­lié. Gras­set et Le Seuil ar­rivent éga­le­ment en tête de liste, juste der­rière Gal­li­mard.

Un ha­sard ? Un signe de qua­li­té de la ligne édi­to­riale ? Ou des ac­coin­tances se­crètes ? Cer­tains penchent pour la der­nière ex­pli­ca­tion… Pen­dant long­temps, cer­tains membres des ju­rys tra­vaillaient aus­si dans des mai­sons d’édi­tion et ne man­quaient pas de fa­vo­ri­ser leurs pou­lains. Pour re­mé­dier à ce­la, l’aca­dé­mie Gon­court in­ter­dit dé­sor­mais le cu­mul de ces postes.

La nais­sance des prix po­pu­laires

Face à la cri­tique de prix émis sous in­fluence, on a as­sis­té, dans les an­nées 1970, à la créa­tion de prix po­pu­laires.

Les ju­rys de ces der­niers sont com­po­sés d’ama­teurs ou de per­sonnes tra­vaillant dans les mé­dias (jour­naux, ra­dios ou chaînes de té­lé­vi­sion). On a ain­si vu naître les prix Elle, Le Monde, RTL, France In­ter, France 2… À ceux-là sont ve­nus s’ajou­ter les prix des li­braires, des bi­blio­thé­caires ou en­core du jeune pu­blic. Bref, il y en a pour tous les goûts !

Le Gon­court, vé­ri­table graal

C’est le pre­mier prix, le plus an­cien et le plus convoi­té. Il a été créé en 1903 par Ed­mond et Jules de Gon­court, des frères eux-mêmes écri­vains. Dans son tes­tament, ré­di­gé en 1892, Ed­mond lègue sa for­tune à la lit­té­ra­ture fran­çaise. Pour les deux frères, un écri­vain doit pou­voir se consa­crer à sa tâche sans de­voir se sou­cier des pro­blèmes ma­té­riels et fi­nan­ciers. Avec ce prix, l’idée pre­mière est donc de don­ner de l’ar­gent à l’écri­vain et de le pro­té­ger ain­si de tout sou­ci pé­cu­niaire. Une forme de mé­cé­nat, en fait.

Les temps ont bien chan­gé. À l’heure ac­tuelle, l’aca­dé­mie Gon­court se contente de faire un chèque de 10 euros au lau­réat ! Mais avoir le Gon­court, c’est le graal. Avec lui, le suc­cès d’un ro­man est as­su­ré. Huit se­maines après l’ob­ten­tion d’un Gon­court, le livre rap­porte trois mil­lions d’euros à sa mai­son d’édi­tion. Ajou­tons à ce­la les édi­tions en livre de poche, les clubs de livres, et les tra­duc­tions en langues étran­gères.

Comment est at­tri­bué le Gon­court ?

Chaque an­née, dé­but no­vembre, les dix membres du ju­ry de l’aca­dé­mie Gon­court dé­cernent le prix du meilleur ro­man. Par­mi ces der­niers, on re­trouve les écri­vains Ber­nard Pi­vot, président du ju­ry de­puis 2004, Ta­har Ben Jel­loun, Éric-em­ma­nuel Sch­mitt et, de­puis 2016, Vir­gi­nie Des­pentes. Au to­tal, on dé­nombre trois femmes et sept hommes. La sé­lec­tion du lau­réat est rude. Sur les plus de 500 livres pa­rus à la ren­trée lit­té­raire, un seul se­ra élu.

La cé­ré­mo­nie de re­mise du prix Gon­court a lieu sous les por­traits des frères Gon­court, tou­jours au même en­droit, au pre­mier étage du res­tau­rant Drouant, dans le 2e ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris, près de l’opéra Gar­nier. Le pre­mier mar­di de chaque mois, les membres s’y réunissent pour par­ta­ger un re­pas et conver­ser sur les livres en sé­lec­tion. Chaque membre a son cou­vert et son nu­mé­ro.

On a re­pro­ché à l’aca­dé­mie Gon­court d’être pas­sée à cô­té de grands au­teurs. Ain­si, Apol­li­naire, Co­lette, Cé­line, mais aus­si Gide, Sartre, Ca­mus, Your­ce­nar, Sa­gan, Bu­tor ou en­core Le Clé­zio n’ont ja­mais re­çu le pres­ti­gieux prix. Pour le ro­man­cier Fran­çois Nou­ris­sier, ne pas avoir ré­com­pen­sé Louis-fer­di­nand Cé­line pour son Voyage au bout de la nuit (pa­ru en 1932) au­ra été « le scan­dale des Gon­court ».

Et le cham­pion des prix lit­té­raires est…

Une cham­pionne ! Toutes ca­té­go­ries confon­dues, l’au­teure la plus pri­mée en France est l’écri­vaine fran­co-ca­na­dienne Nan­cy Hus­ton. Au cours de sa car­rière, elle a dé­cro­ché quatre prix lit­té­raires fran­çais : le Gon­court des ly­céens (1996), le prix France In­ter (1997), le Grand prix des lec­trices de Elle (1999), et le Fe­mi­na (2006).

Par­mi les anec­dotes étranges, il est dé­jà ar­ri­vé qu’un écri­vain soit cou­ron­né plu­sieurs fois par le même prix. Ce fut le cas de Ro­main Ga­ry. Il a rem­por­té deux fois le Gon­court, alors que ce der­nier ne peut être at­tri­bué qu’une seule et unique fois à un au­teur. En 1956 avec Les Ra­cines du ciel, et en 1975 avec La Vie de­vant soi… mais sous le pseu­do­nyme d’émile Ajar. Un jo­li pied-de-nez à l’ins­ti­tu­tion Gon­court. Car la su­per­che­rie n’a été découverte qu’à la mort de l’écri­vain, en 1980. Fait très rare, il est aus­si ar­ri­vé qu’un au­teur dé­croche trois prix la même an­née. En 1995, An­dreï Ma­kine a ain­si cu­mu­lé le Mé­di­cis, le Gon­court et le Gon­court des ly­céens avec Le Tes­tament fran­çais.

Les prix lit­té­raires font lire

On l’a vu, un livre pri­mé fait ex­plo­ser les ventes. Et les pro­fes­sion­nels s’en fé­li­citent. Mais les en­sei­gnants re­con­naissent un deuxième ef­fet po­si­tif : les prix font lire. Ils créent un évè­ne­ment, un ins­tant certes com­mer­cial mais aus­si cultu­rel. Face aux jeux vi­déo, à la té­lé­vi­sion et à la ra­dio, le livre conti­nue d’exis­ter. Tou­te­fois, les dé­trac­teurs des prix cri­tiquent une sur-mé­dia­ti­sa­tion de cer­tains livres, es­sen­tiel­le­ment les pri­més, au dé­tri­ment d’autres oeuvres dont per­sonne ne parle et pour­tant de qua­li­té. C’est vrai, les prix lit­té­raires ré­com­pensent sou­vent un livre ac­ces­sible, grand pu­blic, qui plai­ra au plus grand nombre. Mais, après tout, que jeunes, re­trai­tés, ac­tifs et chô­meurs soient réunis au­tour de best-sel­lers, qui s’en plaint vrai­ment ?

Éric Vuillard, lau­réat du Gon­court 2017 pour L’ordre du jour, à la fe­nêtre du res­tau­rant Drouant

Ci-des­sus :Phi­lippe Tes­son, président du ju­ry du prix In­te­ral­lié, en train d’an­non­cer le lau­réat 2017, Jean-re­né Van der Plaet­sen pour son ro­man La Nos­tal­gie de l’hon­neur

Ci-contre :Les fa­meux livres au ban­deau rouge qui at­tirent tant l’at­ten­tion en li­brai­rie…

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