RO­BERT, PRO­FES­SION : ES­CROC

Jedes Mal, wenn Ro­bert sei­ner Ar­beit nach­geht, steigt sein Adre­na­lins­pie­gel. Ro­bert ist von Be­ruf Be­trü­ger und möchte auch im ho­hen Al­ter noch lange nicht aufhö­ren.

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Ein­mal Gau­ner, im­mer Gau­ner!

Àcette pé­riode de la vie où l’on pro­fite de ses pe­tits-en­fants, où l’on jar­dine ou voyage, Ro­bert (nom d’em­prunt), lui, es­croque. Sa spé­cia­li­té : les car­nets de chèques vo­lés. L’usage de ce moyen de paie­ment di­mi­nue en Eu­rope mais pas en France, et Ro­bert le sait. Le vieil homme ra­chète des ché­quiers vo­lés dans des centres pos­taux. Et comme une pièce d’iden­ti­té est de­man­dée lors des tran­sac­tions, il tra­vaille avec des faus­saires. Comp­tez en­vi­ron 350 eu­ros pour un ché­quier et 150 eu­ros pour une fausse carte d’iden­ti­té ou un faux per­mis de conduire avec votre pho­to. Cer­tains pro­posent même un « pack » à 450 eu­ros le tout. Afin d’aug­men­ter ses chances de réus­site, Ro­bert prend carte d’iden­ti­té et per­mis de conduire. Un moyen de ras­su­rer les com­mer­çants de plus en plus mé­fiants à l’égard des faux chèques ou des chèques sans pro­vi­sion. Il peut alors pas­ser à l’ac­tion et ain­si ache­ter des choses en toute illé­ga­li­té.

Bien sous tous rap­ports

Pour­tant, quand on le voit, il est dif­fi­cile d’ima­gi­ner que cet homme de 85 ans est l’un des plus vieux es­crocs de France. Pan­ta­lon bleu ma­rine, jo­lie montre, che­mise claire et lu­nettes : un mon­sieur qui pa­raît sans his­toires. Ins­tal­lé dans le Sud de la France, il passe ses jour­nées à jouer au Su­do­ku, al­ler au mar­ché, lire les pro­grammes té­lé, boire des ca­fés en ter­rasse. Le vieil homme joue sur les ap­pa­rences. Les vic­times de ses faux chèques sont sur­prises lors­qu’elles dé­couvrent l’ar­naque. « Rien n’ins­pire au­tant confiance qu’un in­of­fen­sif pe­tit vieux », s’amuse à ré­pé­ter l’oc­to­gé­naire.

Quand cer­tains col­lec­tionnent les timbres, Ro­bert ac­cu­mule les condam­na­tions. Il compte 30 pro­cès et de nom­breuses an­nées pas­sées en pri­son. Mais il a eu de la chance, sur la tren­taine de bra­quages com­mis, il n’a été condam­né que pour un. Son mo­teur n’est pas l’ar­gent mais l’ex­ci­ta­tion que lui donnent ses actes. L’adré­na­line se­rait l’unique ad­dic­tion de cet homme qui a une hy­giène de vie saine : il ne boit pas et ne fume pas.

Le goût du risque

Jeune homme, Ro­bert a connu la guerre d’al­gé­rie comme sol­dat. Du­rant cette pé­riode, il a dé­cou­vert l’hor­reur, les pillages, les as­sas­si­nats… Il en est per­sua­dé, ce­la l’a dé­truit. Mais il l’as­sure, sauf lors de la guerre, il n’a ja­mais tué per­sonne.

Ce grand-père ap­par­tient à une gé­né­ra­tion de ban­dits qui a au­jourd’hui dis­pa­ru. Dans les an­nées 1970, le but de ces voyous était l’em­bour­geoi­se­ment. On dé­pense l’ar­gent dans de grands res­tau­rants pa­ri­siens où les amis sont in­vi­tés. À cette époque, il faut res­pec­ter le code de l’hon­neur. La struc­ture de l’or­ga­ni­sa­tion est forte. En cas de tra­hi­son, on ne règle pas ses comptes à la ka­lach­ni­kov. Des tri­bu­naux sont or­ga­ni­sés dans des caves. Les voyous à l’an­cienne ont une zone d’ac­tion géo­gra­phique et so­ciale très large, alors que les jeunes gé­né­ra­tions pré­fèrent res­ter dans leur quar­tier d’ori­gine. Sar­casme ou sin­cère en­ga­ge­ment, Ro­bert semble se prendre pour

Ro­bin des bois : une par­tie de l’ar­gent amas­sé est don­née à une as­so­cia­tion qui vient en aide aux or­phe­lins de la po­lice.

En 60 ans, le vieil homme a gra­vi les éche­lons du ban­di­tisme. Il tra­vaille comme simple chauf­fa­giste dans les an­nées 1960 lors­qu’un jour, un homme lui de­mande son cha­lu­meau pour dé­cou­per le coffre-fort d’une femme riche. L’adré­na­line l’at­tire, il se lance alors dans l’illé­ga­li­té. Ro­bert cam­briole les ap­par­te­ments en es­ca­la­dant les fa­çades des im­meubles. Mais les pro­grès technologiques, comme les alarmes, l’obligent à re­voir sa tech­nique. Autre stra­té­gie: il se dé­guise en po­li­cier pour ac­cé­der aux lo­ge­ments. Ro­bert vole aus­si les bi­jou­te­ries avant d’ar­na­quer les banques. Au to­tal, il pas­se­ra près de 40 ans en pri­son. Pour ten­ter d’api­toyer les juges, le pro­fes­sion­nel de l’es­cro­que­rie n’hé­site pas à jouer la co­mé­die, éga­le­ment quand il doit al­ler au tri­bu­nal : il ar­rive en fau­teuil rou­lant et joue le vieil homme af­fai­bli… jus­qu’à de­voir gar­der ce rôle en cel­lule pen­dant plu­sieurs se­maines, en se dé­pla­çant en fau­teuil.

Les consé­quences de la mar­gi­na­li­té

Un rythme de vie in­com­pa­tible avec une vie de fa­mille. Comme dans bien des films de gang­sters, Ro­bert a une

re­la­tion tu­mul­tueuse avec son fils. Ce der­nier rê­vait d’ailleurs de de­ve­nir po­li­cier, mais dif­fi­cile avec un tel père. Et comme dans bien des films, au­cune femme n’a vou­lu res­ter vivre aux cô­tés du mal­frat. Il faut dire que Ro­bert est plus doué pour choi­sir ses vic­times que ses femmes… Les pe­tites co­pines se sont suc­cé­dé : une Russe qui ne par­lait pas fran­çais, une jeune femme de 35 ans de moins que lui, une autre bien plus in­té­res­sée par l’ar­gent que par l’homme…

Par­fois, Ro­bert ima­gine ce qu’au­rait été sa vie s’il était res­té ou­vrier. Au­jourd’hui, sa li­ber­té est en grande par­tie consa­crée à ses amis : des pa­pis comme lui, au cur­ri­cu­lum vi­tae char­gé de mé­faits. Mais tous l’as­surent, ils sont dé­sor­mais à la re­traite. Une re­traite qui reste néan­moins ac­tive. S’ils ont ces­sé les cam­brio­lages, il leur ar­rive de temps en temps d’ar­na­quer des banques ou des as­su­rances. Ré­gu­liè­re­ment, Ro­bert re­trouve avec plai­sir ces « pa­pis es­crocs » pour se re­mé­mo­rer leurs quatre cents coups. Tous savent qu’ils ne chu­te­ront qu’à leur mort. La phrase my­thique de l’icône du ban­di­tisme Mi­chel Cam­pa­nel­la pour­rait être celle de l’oc­to­gé­naire : « Vous par­lez d’as­so­cia­tion de mal­fai­teurs, je parle d’amis d’en­fance ! » Fi­dèle à la car­rière, fi­dèle en ami­tié…

Page de gauche : Faux pas­se­port et carte d’iden­ti­té, le kit par­fait de l’es­crocCi-contre : La col­lec­tion de cos­tumes de Ro­bert, utile pour trom­per les ap­pa­rences

Entre deux siestes dans sa chambre, Ro­bert es­croque.

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