CHRO­NIQUE D’UNE PA­RI­SIENNE

Statt mit der Fa­mi­lie oder mit Freun­den soll­ten Sie lie­ber al­lein vor dem Fern­se­her es­sen. Wa­rum? Ant­wor­ten hier.

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Wa­rum es ein­fa­cher ist, al­leine zu es­sen als in ge­sel­li­ger Runde.

Lors des re­pas pris en fa­mille ou entre amis, nom­breux sont les su­jets de dis­cus­sion à évi­ter. Si­non, l’al­cool ai­dant, les es­prits s’échauffent, les po­lé­miques re­naissent, et les ini­mi­tiés res­sur­gissent.

Tout d’abord, on n’abor­de­ra au­cun des grands thèmes tra­di­tion­nels : la fa­mille, le ma­riage, le di­vorce, la sexua­li­té, l’ar­gent, la re­li­gion et la po­li­tique. Les pro­blé­ma­tiques ont tel­le­ment évo­lué ces der­nières an­nées que les fos­sés se sont en­core creu­sés entre les gé­né­ra­tions.

On ne par­le­ra pas non plus du temps qu’il fait. Au XXE siècle, on re­com­man­dait de par­ler de la pluie et du beau temps pour évi­ter tout dé­ra­page ver­bal. Au­jourd’hui, ce n’est plus pos­sible. Le su­jet amè­ne­ra fa­ta­le­ment à la fa­meuse ques­tion du ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique. Et là, il y a dis­corde entre les per­sonnes qui re­fusent de com­prendre à quel point l’heure est grave, qui per­sistent à res­ter op­ti­mistes, et celles qui es­saient de faire des ef­forts pour chan­ger de mode de vie et qui ac­cusent les plus âgés de leur lais­ser une pla­nète sac­ca­gée. De toute fa­çon, plus les nou­velles sont mau­vaises (re­cords de tem­pé­ra­ture, in­tem­pé­ries, me­naces sur la bio­di­ver­si­té), moins les po­li­ti­ciens s’en­tendent sur la ques­tion de l’éco­lo­gie.

N’abor­dons sur­tout pas le su­jet des ani­maux. Quels droits ont-ils? Cette ques­tion phi­lo­so­phique hé­risse pas mal de per­sonnes. Pour ou contre les ani­maux au cirque, les zoos ? Peut-on en­core por­ter de la four­rure ? Ai­mer la cor­ri­da, est-ce mal ? Man­ger de la viande ? Boire du lait? S’il y a une per­sonne vé­gane dans l’as­sis­tance, cer­tains risquent d’être trai­tés d’as­sas­sins.

Ne pas abor­der non plus le thème de l’au­to­mo­bile. Le su­jet rend vite agres­sif. Il op­po­se­ra les conduc­teurs aux cy­clistes. Et les cy­clistes aux pié­tons. On en ar­ri­ve­ra aus­si à par­ler de la ré­cente li­mi­ta­tion de vi­tesse : 80 km/h sur les routes se­con­daires sans sé­pa­ra­teur cen­tral. Tout le monde au­ra un avis sur le su­jet, et tout le monde s’éner­ve­ra. Le su­jet ris­que­rait aus­si de s’étendre à la dé­li­cate ques­tion : « Êtes-vous plu­tôt VTC ou plu­tôt taxi à Pa­ris ? »

Tout autre su­jet à évi­ter : la réus­site. Il pa­raît pour­tant très po­si­tif. Er­reur. La réus­site est une ques­tion de va­leurs. Pour cer­tains pa­rents, leurs en­fants de­vront de­ve­nir en­tre­pre­neurs, tra­vailler dans le pri­vé, dans le sec­teur des nou­velles tech­no­lo­gies et ga­gner plus d’ar­gent qu’eux. Pour d’autres, réus­sir, ce se­ra ser­vir l’état, de­ve­nir fonc­tion­naire, mi­li­taire, en­sei­gnant. Pour d’autres en­core, la réus­site pas­se­ra par le choix d’une car­rière ar­tis­tique avec la re­con­nais­sance d’un pu­blic... Donc, on zappe le su­jet.

Mais de quoi al­lons-nous bien pou­voir par­ler à table, me di­rez-vous? Je vous conseille­rais bien d’an­nu­ler tout bon­ne­ment votre dî­ner… Mais bon, je ne vou­drais pas ris­quer de vous fâ­cher. Alors, bonne chance pour votre re­pas !

Au XXE siècle, on re­com­man­dait de par­ler de la pluie et du beau temps pour évi­ter tout dé­ra­page ver­bal.

STÉ­PHA­NIE BARIOZ, jour­na­liste et ger­ma­no­phile pas­sion­née, est cor­res­pon­dante à Pa­ris pour Écoute de­puis mai 2001.

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