HIS­TOIRE DE L’ART

In die­ser Ru­brik stel­len wir Ih­nen je­den Mo­nat ein Kunst­werk vor. Die­sen Mo­nat ein Gemälde von Mi­chae­li­na Wau­tier.

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Le Triomphe de Bac­chus – ein Gemälde von Mi­chae­li­na Wau­tier

Cet homme presque nu, au centre de la toile, at­tire tous les re­gards. Pour­tant, il n’au­rait ja­mais dû se trou­ver là! Jus­qu’au XXE siècle, il n’était pas conve­nable qu’une femme peigne autre chose que des por­traits et des na­tures mortes. En re­pré­sen­tant cette scène my­tho­lo­gique, en plein mi­lieu du XVIIE siècle, l’ar­tiste bruxel­loise Mi­chae­li­na Wau­tier (1617-1689) vio­lait plus d’un in­ter­dit : en plus de s’at­ta­quer au ta­bleau d’his­toire, genre le plus noble, elle peint la nu­di­té mas­cu­line… Ce qu’au­cune femme n’ose­ra faire avant elle !

Le cor­tège de Bac­chus était un thème souvent trai­té par les peintres ba­roques. Après avoir conquis les Indes, ra­conte le mythe, Bac­chus re­vient triom­phant sur un char ru­ti­lant. Il s’en­toure alors de sa­tyres, de nymphes et de cen­taures qui chantent, dansent, s’en­ivrent, ba­dinent… Chez les peintres fla­mands, le dieu du vin a souvent des al­lures de fê­tard obèse. Chez les Ita­liens, celles d’un bel éphèbe aux traits dé­li­cats. Le Bac­chus de Mi­chae­li­na Wau­tier est, lui, un im­pres­sion­nant gaillard. En­core jeune mais dé­jà be­don­nant, il est ava­chi, tête en ar­rière, abreu­vé en vin.

Mais ce qui dis­tingue cette re­pré­sen­ta­tion d’autres ver­sions, c’est sur­tout sa li­ber­té de ton. Ici et là, la peintre glisse quelques clins d’oeil cri­tiques à la so­cié­té de son temps. Ain­si voit-on une femme jouer des cas­ta­gnettes. Cet ins­tru­ment, en­core ja­mais re­pré­sen­té dans une bac­cha­nale, évoque bien sûr l’es­pagne, dont Bruxelles était alors une pos­ses­sion. Mais cette évocation fes­tive prend un tour iro­nique quand on dé­couvre l’in­di­vi­du en­ca­pu­chon­né qui s’est glis­sé tout près d’elle. Il vient aus­si d’es­pagne, mais lui ne semble pas beau­coup s’amu­ser… C’est la fi­gure de l’es­pion, du cen­seur en­voyé par l’in­qui­si­tion, la­quelle sé­vit ter­ri­ble­ment à l’époque. À gauche, voi­là qu’un chien aboie avec fu­reur, prêt à plan­ter ses crocs dans le mol­let le plus proche. Sans doute veut-il aler­ter ces joyeux com­pa­gnons du dan­ger qui les guette.

Bac­chus, lui-même, n’est pas épar­gné dans ce ta­bleau. Plus proche de la pa­ro­die que d’un hom­mage au dieu du vin, il est ici clai­re­ment mo­qué. Peindre le cé­lèbre dieu sor­ti de la cuisse de Ju­pi­ter ain­si vau­tré dans une brouette est une pre­mière ! Avec son Bac­chus, l’ar­tiste raille le tra­vers des hommes, leur pen­chant pour la bois­son et la dé­chéance qu’elle en­traîne. Cette pique contre les soû­lards n’em­pêche pas la peintre de s’in­vi­ter à la fête. En té­moigne cette nymphe blonde en tu­nique rose et au sein dé­nu­dé. Il s’agit de Mi­chae­li­na Wau­tier elle-même. Une fa­çon au­da­cieuse de si­gner son oeuvre !

Oeuvre ex­po­sée au Kuns­this­to­risches Mu­seum, à Vienne en Autriche

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