Un par­fum de fin de règne

Si la Haute Cour consti­tu­tion­nelle n’a pas osé dé­choir le très contes­té chef de l’état, le ca­mou­flet qu’elle lui a in­fli­gé a ou­vert de fac­to la course à sa suc­ces­sion.

Jeune Afrique - - Afrique Subsaharienne - OLI­VIER CASLIN, en­voyé spé­cial à An­ta­na­na­ri­vo

ANDRY RAJOELINA, EX-MEN­TOR

DE « HERY », AP­PA­RAÎT COMME LE GRAND VAIN­QUEUR DE LA NOU­VELLE DONNE.

Hery Ra­ja on ar imam pian in a est bien vic­time d’un « coup d’état ». Pas mi­li­taire, comme le furent cer­tains de ses pré­dé­ces­seurs, et en­core moins po­pu­laire, contrai­re­ment à ce que le pré­sident mal­gache avait un peu vite af­fir­mé, au soir du 22 avril, quand il s’agis­sait de pa­rer au plus pres­sé après la mort de plu­sieurs ma­ni­fes­tants, mais bien constitutionnel. Le 18 avril, en lui im­po­sant la for­ma­tion d’un nou­veau gou­ver­ne­ment, la Haute Cour consti­tu­tion­nelle (HCC) a bous­cu­lé le jeu po­li­tique et don­né le coup d’en­voi de la cam­pagne élec­to­rale de la pro­chaine présidentielle.

«Elle est in­con­tes­ta­ble­ment sor­tie de son rôle, mais en al­lant au-de­là de ses res­pon­sa­bi­li­tés, elle oblige les po­li­ti­ciens à prendre les leurs, ré­sume un re­pré­sen­tant de la communauté in­ter­na­tio­nale dans la ca­pi­tale mal­gache. Elle force au dia­logue des gens qui ne vou­laient pas se par­ler. » Dans son vi­seur, les deux der­niers pré­si­dents de la Ré­pu­blique et l’ac­tuel ti­tu­laire du poste : Marc Ra­va­lo­ma­na­na, Andry Rajoelina et Hery Ra­ja on ar imam pian in a.

Jus­qu’à pré­sent, cha­cun semble sur­tout s’être éver­tué à trou­ver les préa­lables qui em­pê­che­ront toute dis­cus­sion, et c’est pour sor­tir de cette im­passe que la HCC, après s’être em­pres­sée d’an­non­cer une dé­ci­sion at­ten­due avec ner­vo­si­té par tout le pays, a som­mé ma­jo­ri­té et op­po­si­tion de trou­ver « en dix jours » un ac­cord po­li­tique qui sor­ti­rait Ma­da­gas­car de l’im­passe.

Réu­nis au­tour de leur pré­sident, JeanE­ric Ra­ko­toa­ri­soa, les neuf sages de la HCC n’ont pas osé dé­choir le pré­sident, même s’ils re­con­naissent ses man­que­ments, à quelques mois seu­le­ment d’un scrutin pré­vu avant la fin de 2018. Ils ont en re­vanche sé­rieu­se­ment re­bat­tu les cartes en exi­geant la no­mi­na­tion d’un Pre­mier mi­nistre « de consen­sus », chef d’un gou­ver­ne­ment dont la prin­ci­pale mis­sion se­ra d’or­ga­ni­ser le pre­mier tour du scrutin dans les nou­veaux dé­lais im­par­tis.

La HCC de­mande en ef­fet que les élec­tions soient or­ga­ni­sées avant la pro­chaine sai­son hu­mide, soit fin oc­tobre au plus tard, alors que la date le plus com­mu­né­ment avan­cée jus­qu’alors était le 25 no­vembre.

La présidentielle avant fin oc­tobre

« L’ob­jec­tif est clair : sor­tir les gens de la rue en leur fai­sant mi­roi­ter les urnes », es­time Ch­ris­tine Ra­za­na­ma­ha­soa. Cette dé­pu­tée du Ma­par – l’une des prin­ci­pales voix des ma­ni­fes­ta­tions or­ga­ni­sées quo­ti­dien­ne­ment par les par­le­men­taires de l’op­po­si­tion sur la place du 13-Mai – fi­gure par­mi les trois noms le plus sou­vent évo­qués comme pre­mier-mi­nis­trables. C’est en ef­fet au mou­ve­ment d’andry Rajoelina que revient le droit de pro­po­ser le pro­chain chef du gou­ver­ne­ment, en tant que « par­ti ou grou­pe­ment de par­tis ma­jo­ri­taire lors des élec­tions lé­gis­la­tives de 2014 », se­lon la ter­mi­no­lo­gie de la HCC. « Comme si les sages ren­daient im­pli­ci­te­ment ca­duc tout ce qui s’est pas­sé de­puis cette date sur la scène po­li­tique mal­gache », constate Ha­joAnd ri a nain ari­ve­lo, pré­sident du MMM, un autre par­ti d’op­po­si­tion.

À com­men­cer par l’exis­tence même du HVM, la for­ma­tion présidentielle créée au len­de­main des lé­gis­la­tives pour don­ner une ma­jo­ri­té par­le­men­taire à un Hery Ra­ja on ar imam pian in a alors fraî­che­ment élu et dé­jà en froid avec Andry Rajoelina, qui lui avait pour­tant fait la courte échelle pour ac­cé­der au pou­voir. Pour s’éman­ci­per de son men­tor, le « troi­sième homme » de l’époque avait ras­sem­blé les in­dé­pen­dants et dé­bau­ché des dé­pu­tés élus sous les éti­quettes du Ma­par et du TIM, de Marc Ra­va­lo­ma­na­na.

À l’heure des comptes et des pre­mières dé­fec­tions, le pré­sident risque de se re­trou­ver en­core un peu plus seul dans son grand pa­lais d’ia­vo­lo­ha, si­tué à l’ex­té­rieur d’une ca­pi­tale où tout s’est joué. « Il a com­mis trop de mal­adresses. Il n’a pas su im­po­ser les dé­ci­sions qui lui au­raient per­mis d’ap­pa­raître comme un ras­sem­bleur », re­grette l’un de ses propres conseillers. Dé­but mai, dé­jà, il a été désa­voué par­la HCC, qui es­ti­mait an­ti­cons­ti­tu­tion­nelles cer­taines des lois élec­to­rales qui avaient pous­sé l’op­po­si­tion dans la rue. Dé­pouillé de son groupe par­le­men­taire et obli­gé de com­po­ser avec un gou­ver­ne­ment de coa­li­tion, « Hery » doit se de­man­der sur qui il va bien pou­voir comp­ter pour ten­ter de rem­por­ter cette « cam­pagne de la sai­son sèche ». Plom­bé par les pro­messes non te­nues et par des af­faires de cor­rup­tion im­pli­quant cer­tains de ses proches, ce­lui qui n’est tou­jours pas of­fi­ciel­le­ment can­di­dat à sa suc­ces­sion ne peut même pas s’ap­puyer sur une crois­sance éco­no­mique pour­tant ho­no­rable mais dont la po­pu­la­tion at­tend tou­jours de ré­col­ter les fruits. Cette der­nière semble d’ailleurs prête à tour­ner la page, « et il est au­jourd’hui beau­coup trop tard pour es­pé­rer in­ver­ser la ten­dance », constate un di­plo­mate étran­ger de la place.

Obli­gé de dé­mis­sion­ner deux mois avant la date du pre­mier tour, Hery pour­rait être contraint de lais­ser son fau­teuil dès la fin du mois de juin. « Cer­tains parlent même du 22 juin au Ma­par, croit sa­voir l’un des mé­dia­teurs in­ter­na­tio­naux, pour pous­ser le pré­sident de­hors avant la fête na­tio­nale qui a lieu quatre jours plus tard. » Comme une hu­mi­lia­tion sup­plé­men­taire prê­tée à un Andry Rajoelina qui ap­pa­raît comme le grand vain­queur de cette nou­velle donne.

Ab­sent de la scène po­li­tique mal­gache ces der­nières an­nées, il a fait une ren­trée écla­tante au pays. Au­réo­lé par la réus­site du pre­mier fo­rum de son Ini­tia­tive pour l’émer­gence de Ma­da­gas­car (IEM), or­ga­ni­sé les 24 et 25 mai dans la ca­pi­tale, le voi­ci maître du ca­len­drier de la présidentielle en même temps que du gou­ver­ne­ment, qui les or­ga­nise. L’an­cien pré­sident de la tran­si­tion semble avoir mis son éclipse po­li­tique à pro­fit pour se for­ger une image de po­li­ti­cien res­pon­sable, à l’écoute des be­soins de son pays. « S’il ma­noeuvre bien, il dis­pose d’une voie royale de­vant lui », pro­nos­tique notre di­plo­mate.

Hery Ra­jao­na­ri­mam­pia­ni­na, lors d’une confé­rence de presse au pa­lais d’ia­vo­lo­ha, le 29 avril.

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