Post-scrip­tum

Jeune Afrique - - Sommaire - Fouad La­roui

De­puis quand suf­fi­til de brailler Al­la­hou ak­bar ! pour être mu­sul­man ?

L’ autre jour, après avoir trai­té les as­sas­si­nats de Liège, le pré­sen­ta­teur d’une té­lé­vi­sion belge conclut par ces mots : « Re­voi­ci notre pays aux prises avec le terrorisme is­la­mique. » Pour­tant, il ve­nait lui-même de pré­ci­ser que l’au­teur de ces at­ten­tats, Ben­ja­min Her­man, était un Belge « de souche », cri­mi­nel en­dur­ci et bra­queur de banques. Quel rap­port avec l’is­lam ? Eh bien le­dit Her­man avait crié Al­la­hou ak­bar ! dans les rues, après avoir com­mis ses crimes.

De­puis quand suf­fit-il de brailler Al­la­hou ak­bar ! pour être mu­sul­man ? Pour se conver­tir au ju­daïsme, il faut se sou­mettre à une pro­cé­dure très stricte, pour ne pas dire ta­tillonne, sous le contrôle d’un rab­bin (qui peut en­trer chez vous à n’im­porte quelle heure pour vé­ri­fier que vous man­gez ca­sher). Ça peut du­rer sept ans ! Pour se faire ca­tho­lique, il faut suivre un iti­né­raire qui com­prend quatre grandes étapes : l’en­trée en Église, l’ap­pel dé­ci­sif, le bap­tême et la con­fir­ma­tion. Des en­tre­tiens avec un prêtre sont pro­po­sés, qui per­mettent de dé­cou­vrir pro­gres­si­ve­ment la foi chré­tienne. Là aus­si, ce­la peut prendre plu­sieurs an­nées. Foin de tout ce­la quand il s’agit des mu­sul­mans ! À en croire cer­tains com­men­ta­teurs, on peut se ré­veiller ch­ré­tien ou athée ou ag­nos­tique, prendre sa douche, ava­ler un ca­fé, bâiller un coup, re­gar­der par la fe­nêtre (le ciel bas et lourd pèse comme un cou­vercle…) et puis se dire :

« Et si je de­ve­nais mu­sul­man? » Aus­si­tôt dit, aus­si­tôt fait. On est mu­sul­man. On peut alors sor­tir ti­rer dans la foule : ce n’est plus l’acte sur­réa­liste que pré­co­ni­sait An­dré Bre­ton, mais un acte « is­la­mique » dont tous les mu­sul­mans, de Ra­bat à Ka­ra­chi, sont sou­dain res­pon­sables. On les somme de s’en dis­so­cier. On leur en­joint, dans la fou­lée, de ca­viar­der moult pas­sages du Co­ran.

Peut-être fau­drait-il com­men­cer par se de­man­der ce qu’est une conver­sion. Vincent Mon­teil, saint-cy­rien, ara­bi­sant, vé­cut long­temps au Ma­roc. Ami de Louis Mas­si­gnon, pour qui la mys­tique mu­sul­mane n’avait pas de se­cret, il connais­sait in­ti­me­ment l’is­lam. Lors­qu’il se conver­tit à l’is­lam, à l’âge de soixante-quatre ans, ce fut une vraie conver­sion. Eva de Vi­tray, doc­teure en is­la­mo­lo­gie, cher­cheuse au CNRS, était elle aus­si une amie de Louis Mas­si­gnon. Sa dé­cou­verte du sou­fisme à tra­vers le grand mys­tique Rû­mî pro­vo­qua sa conver­sion. Elle s’ini­tia au­près du maître sou­fi ma­ro­cain Si­di Ham­za al-qâ­di­ri al-bout­chi­chi. Et écri­vit un jour : « J’ai es­sayé de faire connaître ce que je crois être le vrai vi­sage de l’is­lam. Les prin­cipes de l’is­lam font ap­pel à l’amour, à la ten­dresse et à l’uni­ver­sa­lisme. »

On est à mille lieues du truand Ben­ja­min Her­man, on est à des an­nées-lu­mière des pseu­do-con­ver­tis, du jeune en rup­ture de ban qui porte le qa­mis pour en­nuyer ses pa­rents, de l’ado­les­cente de Lu­nel qua­si dé­bile qui va se faire ex­plo­ser quelque part – comme si « se faire ex­plo­ser quelque part » était un des pi­liers de l’is­lam.

La dis­tinc­tion s’im­pose

Il est temps de se mo­bi­li­ser pour éta­blir cette dis­tinc­tion entre les vrais con­ver­tis, dont la dé­ci­sion est lon­gue­ment mû­rie et pré­cé­dée d’un che­min ar­du fait d’étude et de mé­di­ta­tion, et les pseu­do-con­ver­tis co­cotte-mi­nute. Quand on nous di­ra : « Cet at­ten­tat a été com­mis par un conver­ti… », in­ter­rom­pons im­mé­dia­te­ment la tête de li­notte qui au­ra pro­non­cé ces mots :

« Non, ce n’est pas un conver­ti. C’est un c… – je veux dire, vous l’au­rez com­pris : un cré­tin. »

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