Le ci­né­ma fran­çais est-il vrai­ment ra­ciste ?

Jeune Afrique - - Projecteurs - Mi­chel Bam­pé­ly So­cio­logue des mondes de l’art et de la culture, à Pa­ris @Mi­chel­bam­pe­ly

Il pra­tique « l’ho­méo­phi­lie », qui consiste à fa­vo­ri­ser l’entre-soi.

Le 16 mai, seize ac­trices noires et mé­tisses ont dé­fi­lé sur le ta­pis rouge du Festival de Cannes pour dé­non­cer les pro­pos ra­cistes et les plai­san­te­ries dou­teuses qu’elles en­tendent ré­gu­liè­re­ment dans l’exer­cice de leur mé­tier. Elles en ont ti­ré Noire n’est pas mon­mé­tier, un ou­vrage pa­ru aux édi­tions du Seuil, dans le­quel té­moignent no­tam­ment So­nia Rol­land, Miss France 2000, la co­mé­dienne Eye Haï­da­ra, nom­mée aux cé­sars pour son rôle dans Le Sens de la fête, ou en­core As­sa Syl­la, ré­vé­lée dans Bande de filles, avec Ka­rid­ja Tou­ré.

Pas as­sez noir

Cette li­bé­ra­tion de la pa­role des ac­trices noires dans l’hexa­gone sur un su­jet jus­qu’ici ta­bou va-t-elle in­ci­ter l’in­dus­trie ci­né­ma­to­gra­phique fran­çaise, fon­dée comme toutes les autres in­dus­tries cultu­relles sur des prin­cipes de ren­ta­bi­li­té éco­no­mique, à chan­ger la re­pré­sen­ta­tion des Noirs à l’écran ? Rien n’est moins sûr. D’ailleurs, quinze jours seule­ment après le Festival de Cannes, un co­mé­dien afro-antillais bien connu ra­con­tait sur les ré­seaux so­ciaux que des pro­duc­teurs lui ont ex­pli­qué à la sor­tie d’un cas­ting que sa pres­ta­tion était la plus convain­cante, mais qu’il n’avait pas les traits suf­fi­sam­ment « né­groïdes » pour ob­te­nir le rôle.

Le ci­né­ma fran­çais est-il pro­fon­dé­ment ra­ciste ? Il est avant tout « ho­méo­phile ». Ce terme ren­voie à la pra­tique qui consiste à fa­vo­ri­ser l’entre-soi et à orien­ter, de ma­nière in­cons­ciente, ses choix vers des per­sonnes is­sues de son propre groupe eth­nique.

Mâles blancs

Lorsque la co­mé­dienne Cate Blan­chett dé­clare que « le ci­né­ma est un mi­lieu d’hommes », elle uti­lise sub­ti­le­ment une pé­ri­phrase pour si­gni­fier que le ci­né­ma est un mi­lieu « de mâles blancs », une ca­té­go­rie so­ciale que les mou­ve­ments d’éman­ci­pa­tion fé­mi­nistes et des mi­no­ri­tés ont réus­si à « ra­ci­ser ».

De fait, seule l’ins­tau­ra­tion de quo­tas per­met­trait ici une digne éga­li­té de trai­te­ment entre les pro­fes­sion­nels du sec­teur ci­né­ma­to­gra­phique. La mi­nistre fran­çaise de la Culture, Fran­çoise Nys­sen, se dit fa­vo­rable aux quo­tas pour as­su­rer la pa­ri­té entre femmes et hommes dans le monde du ci­né­ma.

En ce qui concerne les po­pu­la­tions noires is­sues de l’im­mi­gra­tion post­co­lo­niale, il ne fait au­cun doute que seule une élite cultu­relle et éco­no­mique choi­sie, conforme au sa­voir-être fran­çais, ac­cé­de­ra à ce nou­veau pro­ces­sus d’in­té­gra­tion par les quo­tas.

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