« Tout se joue à l’as­sem­blée »

Jeune Afrique - - Maghreb & Moyen-orient | Tunisie - Has­sou­na Nas­fi Pré­sident du groupe par­le­men­taire de Ma­chrou Tounes (dis­si­dence de Ni­daa Tounes) Pro­pos re­cueillis à Tu­nis par F.D.

Sus­pen­sion de l’ac­cord de Car­thage, of­fen­sive du chef du gou­ver­ne­ment contre la di­rec­tion de Ni­daa Tounes : quelles sont les ré­per­cus­sions à l’as­sem­blée ?

Qu’on le veuille ou non, au­jourd’hui, l’as­sem­blée des re­pré­sen­tants du peuple (ARP) est dans l’im­passe. Le pays est par consé­quent in­gé­rable. La si­tua­tion est d’au­tant plus anor­male que le pou­voir s’exerce de­puis L’ARP, qui pour l’heure n’est pas sol­li­ci­tée. Ni­daa Tounes est dans une mau­vaise passe, ag­gra­vée par les pro­pos de Yous­sef Cha­hed.

Comment dé­pas­ser ce blo­cage ?

La so­lu­tion que nous prô­nons de­puis long­temps à Ma­chrou Tounes est la créa­tion d’un front dé­mo­cra­tique com­mun, d’abord au Par­le­ment. Cer­tains ne le com­prennent pas, alors qu’un front uni hors ARP n’a pas d’ef­fet. Le pou­voir, les lois, la po­li­tique, tout se joue dans l’hé­mi­cycle à tra­vers les groupes par­le­men­taires. Ceux qui exercent le pou­voir ont aus­si be­soin du sou­tien par­le­men­taire. Or, au­jourd’hui, per­sonne ne l’a. Les par­tis eux-mêmes sont tra­ver­sés par des cou­rants dif­fé­rents ! L’ac­cord de Car­thage au­rait dû éma­ner de l’as­sem­blée. Il doit de toute fa­çon lui être sou­mis in fine, ne se­rait-ce que pour ob­te­nir une mo­tion de confiance pour le gou­ver­ne­ment ou pour un éven­tuel re­ma­nie­ment. On ne peut pas par­ler d’union de la fa­mille dé­mo­cra­tique du centre à tra­vers une ap­proche par­ti­sane. La dé­marche prend tout son sens et tout son poids quand elle est éla­bo­rée à par­tir de l’as­sem­blée.

Que pen­sez-vous des pro­pos te­nus par le chef du gou­ver­ne­ment, qui im­pute à la di­rec­tion de son par­ti les der­niers échecs ?

S’il avait trou­vé des in­ter­lo­cu­teurs au sein de son par­ti, il ne se se­rait pas ex­pri­mé pu­bli­que­ment. En mars, il avait af­fir­mé son ap­par­te­nance à Ni­daa Tounes, il s’est même en­ga­gé sur le ter­rain pour la cam­pagne des mu­ni­ci­pales, en avril. Qu’est-ce qui a bou­gé entre-temps ? Au­rait-il su­bi­te­ment chan­gé d’avis ? Vu son sta­tut, le chef du gou­ver­ne­ment doit être co­hé­rent et ob­jec­tif, et ex­pli­quer les rai­sons de ses cri­tiques. Avant de quit­ter Ni­daa Tounes pour créer Ma­chrou, en 2015, nous avons ten­té de dis­cu­ter, de dé­pas­ser les di­ver­gences, et nous nous sommes ex­pri­més d’abord pour pré­ser­ver le par­ti. Il ne s’agit pas d’ac­cu­ser les uns ou les autres mais de trou­ver des solutions ra­pi­de­ment. Si les ré­sul­tats des mu­ni­ci­pales se ré­pètent aux lé­gis­la­tives de 2019, il se­ra im­pos­sible de consti­tuer un gou­ver­ne­ment. Il faut un réel chan­ge­ment avec, au préa­lable, une éva­lua­tion du gou­ver­ne­ment et de la si­tua­tion gé­né­rale du pays. Ce­la ne sert à rien de se rap­pro­cher et de s’unir sans sa­voir d’où l’on part. Si­non les par­tis ne re­trou­ve­ront pas la confiance des Tu­ni­siens, qui sont las des bis­billes et des pro­messes non te­nues. Les pré­cé­dentes lé­gis­la­tives ont pro­pul­sé Ni­daa et En­nahd­ha au pou­voir en­semble, alors que les deux par­tis s’op­po­saient. Tout le monde a vou­lu le consen­sus sans s’ac­cor­der sur le fond, no­tam­ment sur les grandes ques­tions na­tio­nales comme la jus­tice tran­si­tion­nelle, l’ins­tance Vé­ri­té et Di­gni­té (IVD), la Cour consti­tu­tion­nelle. Comment s’éton­ner en­suite de la panne et de la crise ?

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