Tri­bune de Théo­phile Yom­bom­bé Mad­ji­to­loum

Jeune Afrique - - Éditorial -

Dé­pu­té des Montsde-lam (Lo­gone-orien­tal)

Les crises cen­tra­fri­caines qui se sont suc­cé­dé ont conduit au dé­fer­le­ment de ré­fu­giés au Tchad. Au fil des an­nées, leur nombre a dé­pas­sé les 100 000, et, sans une amé­lio­ra­tion de la si­tua­tion, le flux ne va pas se ta­rir. Rien qu’au pre­mier tri­mestre de cette an­née, 30 000 nou­veaux Cen­tra­fri­cains se sont exi­lés au Tchad. La fron­tière sud abrite dé­jà six camps et plus de vingt-trois villages de ré­fu­giés. Éta­blis, pour cer­tains, de­puis bien­tôt quinze ans, ils im­pactent sé­vè­re­ment l’en­vi­ron­ne­ment et, au-de­là, les condi­tions de vie des po­pu­la­tions hôtes puisque leur pré­sence in­flue sur les be­soins en nour­ri­ture et en eau, mais aus­si en in­fra­struc­tures d’ac­cueil, qui se chif­fre­raient au­jourd’hui à en­vi­ron 550 mil­lions de dol­lars. Sans que ce­la ait pro­vo­qué, jus­qu’à main­te­nant, la moindre ré­ac­tion de solidarité de la part de la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale. Dans ces condi­tions, l’hi­ver­nage qui ar­rive s’an­nonce des plus pré­caires, les au­toch­tones ayant dé­jà par­ta­gé leurs maigres res­sources avec les ré­fu­giés. Le Lo­gone-Orien­tal, qui est, avec le Man­doul et le Moyen-cha­ri, la ré­gion qui ac­cueille ac­tuel­le­ment le plus grand nombre d’entre eux, sort d’une cam­pagne agri­cole dif­fi­cile, ac­cu­sant un dé­fi­cit de 452 000 tonnes de cé­réales au sor­tir de la ré­colte 2017-2018.

De­puis 2003, le Haut-com­mis­sa­riat des Na­tions unies pour les ré­fu­giés (UNHCR) ne cesse de rap­pe­ler l’in­suf­fi­sance de l’aide et l’ur­gence de la si­tua­tion, alors que le risque de conflits gran­dit à me­sure que s’ame­nuisent les res­sources dis­po­nibles. La pé­riode d’hi­ver­nage va en­core com­pli­quer l’ac­cès à cer­tains sites d’hé­ber­ge­ment, no­tam­ment dans la ré­gion des Monts-de-lam, et po­ser des dif­fi­cul­tés sup­plé­men­taires à la prise en charge des ré­fu­giés tout en ac­cen­tuant les souf­frances des po­pu­la­tions lo­cales.

Par in­dif­fé­rence, la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale a créé les condi­tions d’une nou­velle crise, alors que quelques res­sources sup­plé­men­taires au­raient suf­fi à ai­der les po­pu­la­tions à re­cons­truire leur vie, à de­ve­nir plus ré­si­lientes face aux nom­breuses dif­fi­cul­tés qu’elles ren­contrent. La las­si­tude ar­guée par les don­neurs, face à une crise qui n’en fi­nit pas, pour ten­ter d’ex­pli­quer leur iner­tie ne tient pas. À au­cun mo­ment les ré­fu­giés cen­tra­fri­cains n’ont eu la chance de fi­gu­rer en bonne place dans l’agen­da des bailleurs de fonds.

Le Tchad, qui ac­cueille au­jourd’hui des res­sor­tis­sants sou­da­nais, ni­gé­rians et, donc, cen­tra­fri­cains, tra­verse une pé­riode dif­fi­cile à la suite du ra­len­tis­se­ment de son éco­no­mie. Pré­sen­té com­meu­nî­lot de sta­bi­li­té au coeur d’une sous-ré­gion tour­men­tée, le pays de Tou­maï ne pour­ra sup­por­ter seul plus long­temps le poids de telles charges ad­di­tion­nelles. Il est temps pour la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale de se pré­oc­cu­per bien plus qu’elle ne le fait des consé­quences éco­no­miques, so­ciales et en­vi­ron­ne­men­tales pro­vo­quées par la crise cen­tra­fri­caine. Les solutions ap­por­tées jus­qu’à main­te­nant par les or­ga­ni­sa­tions hu­ma­ni­taires ne peuvent ac­com­pa­gner du­ra­ble­ment les ré­fu­giés et li­mi­ter leur im­pact dans les ré­gions tcha­diennes où ils se sont éta­blis. Pour s’ins­crire dans la du­rée, il faut ai­der l’éco­no­mie lo­cale à re­dé­mar­rer et ren­for­cer les struc­tures de l’état dans les ré­gions les plus tou­chées, en en­cou­ra­geant peut-être une dy­na­mique com­mu­nau­taire pour cer­tains éche­lons dé­cen­tra­li­sés du pou­voir. Il faut ab­so­lu­ment évi­ter tout risque de voir se dé­gra­der da­van­tage une si­tua­tion dé­jà très pré­caire dans le Lo­gone-orien­tal. La com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale doit faire l’ef­fort de sor­tir d’une grille de lec­ture trop clas­sique des évé­ne­ments et bous­cu­ler ses agen­das pour ai­der ces po­pu­la­tions à vivre dans la di­gni­té. En at­ten­dant qu’elles puissent, un jour, ren­trer chez elles.

Théo­phile Yom­bom­bé Mad­ji­to­loum Dé­pu­té des Monts-de-lam (Lo­gone-orien­tal)

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