Fi­nance

Après avoir ache­té la fi­liale mau­ri­cienne du groupe fran­çais, le nu­mé­ro deux du royaume veut faire de même avec celles du Con­go, du Ca­me­roun et de la Tu­ni­sie.

Jeune Afrique - - Sommaire - EL MEHDI BERRADA, à Ca­sa­blan­ca

Le ma­ro­cain Banque po­pu­laire convoite les ac­tifs afri­cains de BPCE

L’am­bi­tion pan­afri­caine de la Banque cen­trale po­pu­laire (BCP) se pré­cise. Pour rat­tra­per son re­tard sur ses concur­rents, BMCE et At­ti­ja­ri­wa­fa Bank, son pré­sident, Mo­ha­med Ben­chaâ­boun, a je­té son dé­vo­lu sur le por­te­feuille du fran­çais Banque po­pu­laire-caisse d’épargne (BPCE), qui a an­non­cé en dé­cembre 2017 son dé­part du conti­nent. « Nous sommes clai­re­ment in­té­res­sés par l’en­semble des banques afri­caines du groupe BPCE », ré­vèle en ex­clu­si­vi­té à JA Ka­mal Mok­dad, le di­rec­teur gé­né­ral de BCP char­gé de l’in­ter­na­tio­nal, qui a re­joint le groupe il y a un peu plus d’un an après avoir quit­té la fi­liale ma­ro­caine du ca­bi­net Ma­zars. En­ta­mé par Fran­çois Pé­rol avant son dé­part, le désen­ga­ge­ment du groupe fran­çais est dé­sor­mais su­per­vi­sé par son nou­veau di­rec­teur gé­né­ral, Laurent Mi­gnon. « Le pro­ces­sus de ces­sion des dif­fé­rentes fi­liales ban­caires de la BPCE en Afrique suit son cours, dans le cadre d’un ap­pel à can­di­da­tures pi­lo­té par une banque d’af­faires in­ter­na­tio­nale », ajoute Ka­mal Mok­dad.

Se­lon nos in­for­ma­tions, le groupe pré­si­dé par Mo­ha­med Ben­chaâ­boun a com­men­cé à re­cueillir des in­for­ma­tions sur les dif­fé­rentes fi­liales, que convoitent éga­le­ment les autres banques ma­ro­caines. Le por­te­feuille afri­cain de BPCE est consti­tué par la Banque com­mer­ciale in­ter­na­tio­nale (BCI) au Con­go, que la BPCE contrôle à 100 %, la Banque in­ter­na­tio­nale du Ca­me­roun pour l’épargne et le cré­dit (Bi­cec), dé­te­nue par l’éta­blis­se­ment fran­çais à 68,5 %, et la Banque tu­ni­so-ko­weï­tienne (BKB) en­tu­ni­sie, dans la­quelle sa par­ti­ci­pa­tion est de 60 %.

Plu­sieurs ob­ser­va­teurs es­timent que la fi­liale tu­ni­sienne de BPCE pour­rait être la pre­mière cible de BCP. Sans vou­loir confir­mer cette

in­for­ma­tion, Ka­mal Mok­dad a re­con­nu le grand in­té­rêt que porte sa banque au Magh­reb, dont elle est pour l’heure ab­sente en de­hors du royaume. « Le groupe ne peut pas se per­mettre de sno­ber cette ré­gion, qui fait les beaux jours de sa concur­rente pre­mière, At­ti­ja­ri­wa­fa Bank. C’est un mar­ché si­mi­laire à ce­lui du Ma­roc qui pré­sente une ren­ta­bi­li­té im­por­tante et qui est fa­ci­le­ment maî­tri­sable grâce à une po­pu­la­tion ré­duite », es­time un ban­quier d’af­faires qui suit l’in­ter­na­tio­na­li­sa­tion des éta­blis­se­ments ma­ro­cains. Pour rap­pel, la fi­liale tu­ni­sienne de la banque pré­si­dée par Mo­ha­med el-ket­ta­ni est le qua­trième contri­bu­teur dans le re­ve­nu net part du groupe, avec un taux de 4,9 % en 2017.

« Dou­ble­ment gagnant »

Peu sé­dui­sante jus­qu’en 2016, BKB a de­puis trans­for­mé son mo­dèle. « L’éta­blis­se­ment pré­sente ac­tuel­le­ment un pro­fil as­sez in­té­res­sant, avec un por­te­feuille as­sai­ni et un coût du risque ré­duit de 60 % en une an­née. Une amé­lio­ra­tion de ses comptes, qui pré­sage une pro­bable mise sur le mar­ché à court terme », conclut le fi­nan­cier, qui a ob­te­nu des in­for­ma­tions de Tu­nis. Le tour de table de BKB, com­po­sé des deux États, tu­ni­sien et ko­weï­tien, ne dé­plaît pas à la banque ma­ro­caine, dont une part du ca­pi­tal est contrô­lée par Ra­bat.

Si beau­coup pa­rient dé­jà sur un ac­cord entre les deux groupes, c’est parce que BPCE et BCP se connaissent bien. De­puis 2012, le groupe fran­çais dé­tient une par­ti­ci­pa­tion de 4,5 % dans le ca­pi­tal de BCP, qu’il sou­haite conser­ver. « En ven­dant ses par­ti­ci­pa­tions au groupe ma­ro­cain, BPCE peut être dou­ble­ment gagnant en ré­col­tant dans un pre­mier temps le pro­duit des ces­sions, puis chaque an­née des di­vi­dendes », ex­plique notre ban­quier.

Autre in­dice plai­dant pour un ac­cord, le ra­chat en fé­vrier par BCP de la Banque des Mas­ca­reignes, fi­liale du groupe fran­çais ba­sée à Mau­rice. L’éta­blis­se­ment ma­ro­cain est ain­si de­ve­nu le pre­mier in­ves­tis­seur du royaume à s’im­plan­ter sur l’île. « C’est une place fi­nan­cière qui peut nous per­mettre de tou­cher des mar­chés sans y être pré­sents pour au­tant », ré­sume le di­rec­teur gé­né­ral de BCP. Grâce à cette fi­liale, le groupe en­tend cap­ter des flux fi­nan­ciers en pro­ve­nance d’inde, d’afrique du Sud ou en­core de Chine. La tran­sac­tion est en cours de fi­na­li­sa­tion, BCP n’ayant pas en­core re­çu le feu vert des au­to­ri­tés mau­ri­ciennes.

L’of­fen­sive afri­caine de BCP s’ins­crit dans le cadre de son plan Élan 2020, qui doit lui per­mettre de dou­bler ses re­ve­nus à l’in­ter­na­tio­nal. L’ob­jec­tif est d’aug­men­ter la contri­bu­tion des ac­ti­vi­tés afri­caines (hors Ma­roc) pour la por­ter à au moins 25 % du pro­duit net ban­caire du groupe (contre 18 % en 2017).

L’ob­jec­tif de l’éta­blis­se­ment (ici son siège ad­mi­nis­tra­tif, à Ca­sa­blan­ca) est d’aug­men­ter la contri­bu­tion des ac­ti­vi­tés afri­caines (hors Ma­roc) pour la por­ter à au moins 25 % de son pro­duit net ban­caire.

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