Mu­sique

Fi­gure de proue de l’élec­tro orien­tale, le groupe 47 Soul mi­lite pour la li­ber­té de cir­cu­la­tion.

Jeune Afrique - - Sommaire - Les mu­si­ciens se sont connus sur les ré­seaux so­ciaux au dé­but des an­nées 2010. LÉO PAJON TAREQ ABU KWAIK

Pa­les­ti­niens sans fron­tières

Ce 1er juin, lorsque le groupe 47 Soul entre sur la scène de Mu­siques Mé­tisses, à An­gou­lême, pour lan­cer le festival, il com­prend que la tâche va être rude. Les tren­te­naires n’ont face à eux guère plus d’une cin­quan­taine de cu­rieux. Une heure plus tard, ce sont plus de 300 per­sonnes en transe qui re­prennent les re­frains ul­tra-ef­fi­caces du qua­tuor pa­les­ti­nien.

Le pu­blic fran­çais a suc­com­bé à ce que le groupe a sur­nom­mé la dab­keh élec­tro. Ce genre mu­si­cal nou­veau puise dans les so­no­ri­tés élec­tro­niques de cla­viers ana­lo­giques, les riffs de gui­tare rock, mais aus­si la mu­sique de ma­riage des pays du Le­vant, tein­tée du son na­sillard du me­j­wez, cette flûte à double conduit que l’on re­trouve au Li­ban, en Jor­da­nie, en Sy­rie, en Irak et évi­dem­ment en Pa­les­tine. Mais hor­mis les ara­bo­phones et les an­glo­phones, peu de monde a saisi la por­tée po­li­tique de leur pro­jet, pour­tant cla­mée de texte en texte.

Ré­fé­rence à la Nak­ba

Re­trou­vé en cou­lisse, Tareq Abu Kwaik, l’un des chan­teurs, a lâ­ché sa dar­bou­ka, au­tour de la­quelle était noué un kef­fieh, pour s’al­lu­mer une épaisse ci­ga­rette et rap­pe­ler les ori­gines du groupe. « 47 Soul est une ré­fé­rence à la pé­riode d’avant la Nak­ba [« la ca­tas­trophe », l’exode pa­les­ti­nien qui a sui­vi la guerre is­raé­lo-arabe de 1948], du­rant la­quelle juifs, ch­ré­tiens et mu­sul­mans vi­vaient en paix et où les Pa­les­ti­niens pou­vaient en­core cir­cu­ler li­bre­ment sur leurs terres. Ce droit à la cir­cu­la­tion dis­pa­ru, nous l’évo­quons dans presque toutes nos chan­sons. »

Tareq a long­temps vé­cu en Jor­da­nie, comme son com­parse Ham­za Ar­naout, tan­dis que Ram­zy Su­lei­man ha­bi­tait dans les ter­ri­toires pa­les­ti­niens, et Wa­laa Sbeit à Haï­fa, en Is­raël, après un dé­tour par les États-unis. Au dé­but des an­nées 2010, les ar­tistes se re­pèrent et s’ap­pré­cient sur les ré­seaux so­ciaux, puis com­mencent à ré­pé­ter en­semble. « C’est à Am­man que nous avons don­né notre pre­mier concert… Quand nous avons vu que tout le monde, des bour­geois jus­qu’aux per­sonnes qui at­ten­daient pour net­toyer la salle, bou­geait sur notre mu­sique, nous nous sommes dit que c’était ga­gné! »

Ré­fu­giés à Londres

De­puis 2014, les ar­tistes ont trou­vé re­fuge à Londres, où sont nés un EP, Sham­step, puis un al­bum, Bal­fron Pro­mise (sur le la­bel an­glais Coo­king Vi­nyl). « Nous ne pour­rions pas nous ins­tal­ler en Pa­les­tine, lâche Tareq Abu Kwaik. D’abord parce que le pas­se­port is­raé­lien de notre gui­ta­riste nous en em­pêche, en­suite parce qu’or­ga­ni­ser une tour­née in­ter­na­tio­nale de­puis là-bas est im­pos­sible. Mais nous por­tons la Pa­les­tine en nous, elle nous dé­fi­nit, ain­si que notre mu­sique. Si ce que nous fai­sons n’était plus ap­pré­cié sur place, ce­la n’au­rait plus de sens. » Et Tareq de bran­dir fiè­re­ment son por­table pour mon­trer la pho­to d’une po­chette d’al­bum: « Re­garde ce best of pi­rate de nos chan­sons, il est ven­du dans les rues de Ga­za, c’est gé­nial, non? »

Re­garde ce best of pi­rate de nos chan­sons, il est ven­du dans les rues de Ga­za, c’est gé­nial, non ? »

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