Mar­chés La chute d’abraaj in­quiète mais ai­guise les ap­pé­tits

Mise en li­qui­da­tion, la so­cié­té du­baïote a cé­dé ses fonds afri­cains au géant amé­ri­cain Co­lo­ny Ca­pi­tal. Un re­pre­neur bien ac­cueilli par les in­ves­tis­seurs et les en­tre­pre­neurs.

Jeune Afrique - - Sommaire - JOËL TÉ-LÉSSIA ASSOKO

O «ppor­tu­ni­té : oc­ca­sion fa­vo­rable de sai­sir une dé­cep­tion. » La formule du jour­na­liste amé­ri­cain Am­brose Bierce s’est vé­ri­fiée dans le raid éclair, à la mi-juin, du ca­li­for­nien Co­lo­ny Ca­pi­tal sur les fonds afri­cains, la­ti­no-amé­ri­cains et turcs d’abraaj. Bâ­ti en une quin­zaine d’an­nées, l’em­pire fon­dé­par le Pa­kis­ta­nais Arif Na­q­vi (13,6 mil­liards de dol­lars d’ac­tifs, soit 11,7 mil­liards d’eu­ros, dont au moins 1,36 mil­liard en Afrique) s’est dés­in­té­gré en quelques mois. Àl’ori­gine de­cette si­tua­tion: une contro­verse sur l’uti­li­sa­tion des fonds confiés no­tam­ment par la Fon­da­tion Gates, Pro­par­co et le Groupe Banque mon­diale. Con­fron­té à un exil de ses in­ves­tis­seurs, à une­crise de­li­qui­di­té et à 1 mil­liard de dol­lars de dette, l’in­ves­tis­seur du­baïote a été mis en li­qui­da­tion. « Per­sonne n’au­rait pu an­ti­ci­per une dé­grin­go­lade si bru­tale, mais c’est ce qui ar­rive en ligue des cham­pions », dé­crypte un in­ves­tis­seur afri­cain qui pointe la faillite en 2008 du newyor­kais Leh­man Bro­thers. Les mal­heurs d’abraaj font les af­faires de Co­lo­ny Ca­pi­tal, fon­dé en 1991 par Tho­mas J. Bar­rack Jr, un confi­dent de Do­nald Trump. Co­lo­ny ré­cu­père les par­ti­ci­pa­tions d’abraaj dans une tren­taine d’en­tre­prises afri­caines, dont plu­sieurs pé­pites: le spé­cia­liste ouest-afri­cain de glaces et de jus Fan Milk (49 % pour Abraaj et 51 % pour le fran­çais Da­none), le lea­der est-afri­cain des pro­duits lai­tiers Brook­side Dai­ry, contrô­lé par la fa­mille Ke­nyat­ta, la chaîne de res­tau­ra­tion Ja­va House, ra­che­tée à la mi-2017 àe­mer­ging­ca­pi­tal Part­ners et va­lo­ri­sée à plus de 100 mil­lions de dol­lars… « Abraaj est l’un des co­losses du conti­nent. Tout le monde – bailleurs, fonds, en­tre­prises… – a in­té­rêt à ce que la tran­si­tion se passe bien », avance un ges­tion­naire d’ac­tifs ouest-afri­cain.

« La chute d’abraaj en­traî­ne­ra une ré­éva­lua­tion – peut-être li­mi­tée – de l’in­ves­tis­se­ment des ac­teurs ins­ti­tu­tion­nels dansles mar­ché­sé­mer­gents », a re­gret­té An­drew Al­li, pré­sident sor­tant de l’in­ves­tis­seur pan­afri­cain Afri­ca Fi­nance Cor­po­ra­tion. Une prise de pa­role rare. Une di­zaine de ges­tion­naires, d’avo­cats et de conseillers fi­nan­ciers contac­tés par Jeune Afrique ont re­fu­sé de s’ex­pri­mer. Le fait qu’abraaj conserve en­core plu­sieurs ac­tifs, no­tam­ment­dans­la san­té, in­cite les po­ten­tiels re­pre­neurs à la re­te­nue.

Très bon bi­lan en ma­tière d’éthique et de gou­ver­nance L’ar­ri­vée du géant aux 57 mil­liards de dol­lars d’ac­tifs crée certes une in­cer­ti­tude, mais ouvre éga­le­ment des pers­pec­tives pour les in­ves­tis­seurs pré­sents sur le conti­nent. Par ailleurs, la stra­té­gie du fonds amé­ri­cain, qui in­ves­tit prin­ci­pa­le­ment dans l’im­mo­bi­lier, la san­té et l’in­dus­trie, rend pro­bable la ces­sion d’ac­tifs re­pris au fonds du­baïote, mais n’en­trant pas dans ce pé­ri­mètre. Sol­li­ci­té par JA, Co­lo­ny n’a pas sou­hai­té s’ex­pri­mer.

In­con­nu sur le conti­nent, le fonds amé­ri­cain de­vra com­po­ser avec les équipes afri­caines d’abraaj, qu’il a re­prises. Co­lo­ny « ar­rive avec un très bon bi­lan en ma­tière de gou­ver­nance et de pro­mo­tion des bonnes pra­tiques », as­sure l’ana­lyste Eni­tan Oba­san­jo-ade­leye. Concer­nant les en­tre­prises de son nou­veau por­te­feuille, il pour­ra bâ­tir sur les « op­por­tu­ni­tés dé­jà iden­ti­fiées », avance l’ex­perte. Pour Abraaj, en re­vanche, l’en­fer conti­nue. Se­lon le Wall Street Jour­nal, la jus­tice émi­ra­tie a émis un man­dat d’ar­rêt contre Arif Na­q­vi pour avoir si­gné des chèques sans pro­vi­sion d’un mon­tant d’au moins 48 mil­lions de dol­lars…

Arif Na­q­vi, le fon­da­teur d’abraaj, est sous le coup d’un man­dat d’ar­rêt de la jus­tice émi­ra­tie.

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