L’homme de la se­maine

Gla­sen­berg Ivan

Jeune Afrique - - Sommaire - CHRIS­TOPHE LE BEC

Fin juin, le pa­tron sud-afri­cain de Glen­core pen­sait avoir sau­vé la mise de son groupe en RD Con­go. Ivan Gla­sen­berg ve­nait d’évi­ter l’évic­tion de ce­lui-ci de la mine de cuivre et de co­balt de Ka­mo­to, moyen­nant un chèque de 150 mil­lions de dol­lars (128 mil­lions d’eu­ros) pour la com­pa­gnie pu­blique Gé­ca­mines, son par­te­naire lo­cal qui l’ac­cu­sait de mal­ver­sa­tions. Mais quelques jours après avoir conclu cet ar­ran­ge­ment avec Kin­sha­sa, Glen­core fai­sait face à une crise de confiance des mar­chés sans pré­cé­dent à son égard pour le manque de trans­pa­rence de ses af­faires, en RD Con­go donc, mais aus­si au Ni­ge­ria et au Venezuela. Le 2 juillet, le dé­par­te­ment amé­ri­cain de la Jus­tice l’a en­joint de lui trans­mettre des do­cu­ments sur ses ac­ti­vi­tés dans ces trois pays, où le groupe est soup­çon­né d’avoir en­freint la ré­gle­men­ta­tion sur la cor­rup­tion et le blan­chi­ment d’argent.

Seul maître à bord

Une nou­velle af­faire dont se se­rait bien pas­sé Ivan Gla­sen­berg. En une jour­née, l’ac­tion de sa com­pa­gnie a chu­té de 12 % à la Bourse de Londres, am­pu­tant son propre pa­tri­moine de 421 mil­lions de dol­lars. Le 18 mai, la va­leur du titre de Glen­core avait dé­jà dé­grin­go­lé de 7 % après des fuites sur une en­quête me­née par le Se­rious Fraud Of­fice, l’agence bri­tan­nique an­ti-cor­rup­tion, sur ses fi­liales congo­laises en rai­son des liens du mil­liar­daire sud-afri­cain avec l’homme d’af­faires is­raé­lien contro­ver­sé Dan Gert­ler, proche de Jo­seph Ka­bi­la, grâce au­quel le groupe avait pris pied en RD Con­go.

Ré­pu­té pour sa dé­ter­mi­na­tion – ou sa bru­ta­li­té se­lon ses dé­trac­teurs –, Ivan Gla­sen­berg, 61 ans, a été l’ar­ti­san de la fu­sion en 2013 de Glen­core, géant du né­goce de ma­tières pre­mières, et de la com­pa­gnie mi­nière Xs­tra­ta, avec l’am­bi­tion de faire du nou­vel at­te­lage ba­sé en Suisse une énorme « ma­chine à cash », pré­sent de la mine jus­qu’au client fi­nal. À la suite de l’opé­ra­tion, le groupe, di­ri­gé de­puis la dis­crète ville de Zoug par Ivan Gla­sen­berg – seul maître à bord après avoir dé­bar­qué sans mé­na­ge­ment l’an­cien pa­tron de Xs­tra­ta –, contrôle pas moins de 75 % du zinc, 50 % du cuivre, 40 % du co­balt et 30 % de l’alu­mine échan­gés sur la pla­nète. Il est aus­si le pre­mier pro­duc­teur mon­dial de fer­ro­chrome et de char­bon ther­mique, ain­si qu’un né­go­ciant ma­jeur de pro­duits pé­tro­liers. Ces po­si­tions sont en grande par­tie dues à ses ac­tifs ac­quis sur le conti­nent, avec cinq mines dans la cein­ture de cuivre (RDC et Zam­bie), des gi­se­ments de zinc au Bur­ki­na Fa­so, de fer en Mau­ri­ta­nie, de pé­trole au Tchad, ain­si que de char­bon et de fer­ro­chrome en Afrique du Sud. Le groupe, qui a réa­li­sé un chiffre d’af­faires de 221 mil­liards de dol­lars en 2017, a aus­si la haute main sur le tra­ding de brut et de fer du Con­go, de la Mau­ri­ta­nie et du Tchad.

Fli­bus­tier des af­faires

Ori­gi­naire de Jo­han­nes­burg, di­plô­mé de la pres­ti­gieuse Uni­ver­si­té du Wit­wa­ters­rand, Ivan Gla­sen­berg est l’un des « Rich Boys », cette poi­gnée de tra­ders aux dents longues à l’ori­gine de la crois­sance ex­po­nen­tielle de Glen­core. Ce groupe est nom­mé ain­si en référence au fon­da­teur de la com­pa­gnie, le sul­fu­reux Marc Rich, condam­né aux États-unis pour fraude fis­cale et vio­la­tion d’em­bar­go, qui avait choi­si Zoug et la Suisse comme port d’at­tache. Ivan Gla­sen­berg, l’un de ses plus fi­dèles lieu­te­nants, a ef­fec­tué ses classes au sein de la puis­sante fi­liale sud-afri­caine de Glen­core. Il a hé­ri­té de son men­tor le goût du se­cret et une cer­taine ha­bi­le­té à se mou­voir dans des en­vi­ron­ne­ments po­li­ti­que­ment ris­qués, où les re­tours sur in­ves­tis­se­ment sont les plus sub­stan­tiels. Comme Marc Rich, Ivan Gla­sen­berg ap­pré­cie les deals ima­gi­na­tifs, n’hé­si­tant pas à de­ve­nir le ban­quier d’états dé­faillants en échange de ma­tières pre­mières à bas coûts. Sous son im­pul­sion, Glen­core a aus­si, se­lon L’ONG suisse Pu­blic Eye, plus que ja­mais re­cou­ru aux pa­ra­dis fis­caux pour y lo­ger ses bé­né­fices, et ain­si échap­per à l’im­pôt en Afrique. Pri­vi­lé­giant une or­ga­ni­sa­tion très cen­tra­li­sée, le di­ri­geant du groupe suisse n’hé­site pas à ren­con­trer lui­même mi­nistres et chefs d’état. Pour sortir Glen­core de l’or­nière en RD Con­go, il a ain­si ren­du vi­site à Jo­seph Ka­bi­la à Kin­sha­sa. Il pro­fite éga­le­ment chaque an­née du fo­rum de Da­vos pour nouer des liens avec des di­ri­geants po­li­tiques du conti­nent, comme ce fut le cas en 2015 avec le pré­sident gui­néen Al­pha Con­dé.

Cette agi­li­té fi­nan­cière, re­la­tion­nelle et fis­cale a contri­bué au suc­cès de Glen­core et de son di­ri­geant, mais pour­rait aus­si cau­ser leur perte. En dé­pit de très gé­né­reux di­vi­dendes – 5,8 mil­liards de dol­lars de ré­sul­tat net en 2017 –, tous les ac­tion­naires ne se­ront pas prêts à sou­te­nir le PDG de la com­pa­gnie si les ré­gu­la­teurs épinglent le géant suisse pour ses opé­ra­tions afri­caines.

Il a hé­ri­té de son men­tor, Marc Rich, une cer­taine ha­bi­le­té à se mou­voir dans des en­vi­ron­ne­ments ris­qués.

Il a été l’ar­ti­san de la fu­sion, en 2013, de Glen­core avec la com­pa­gnie mi­nière Xs­tra­ta.

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