Ma­roc

Al­lô, la classe po­li­tique ?

Jeune Afrique - - Sommaire - JULES CRÉTOIS

« LES PRA­TIQUES DE CER­TAINS ÉLUS POUSSENT LES JEUNES À BOUDER L’EN­GA­GE­MENT PO­LI­TIQUE ET LES ÉLEC­TIONS » MO­HAM­MED VI

C’est un fait ad­mis et qui est au coeur du der­nier rap­port an­nuel du Con­seil éco­no­mique, so­cial et en­vi­ron­ne­men­tal (Cese) : l’ac­tua­li­té ma­ro­caine est mar­quée par la grogne. Ces der­nières se­maines, ce sont les ly­céens qui donnent de la voix, dé­fi­lant spon­ta­né­ment par mil­liers pour dé­non­cer le main­tien de l’heure GMT +1, qui leur fe­rait cou­rir des risques en les contrai­gnant à se rendre en cours le ma­tin alors qu’il fait en­core nuit. Les jeunes ma­ni­fes­tants se montrent vin­di­ca­tifs. Àra­bat, des dra­peaux sont brû­lés, des vé­hi­cules van­da­li­sés. Les or­ga­ni­sa­tions de jeu­nesse, elles, manquent à l’ap­pel. Pour Mou­nir Ben­sa­lah, blo­gueur et au­teur de Ré­seaux so­ciaux et Ré­vo­lu­tions arabes, « au­cune or­ga­ni­sa­tion ne peut en­ca­drer un mou­ve­ment comme ce­lui-ci ».

Le scénario en rap­pelle d’autres. Le Hi­rak du Rif, mou­ve­ment so­cial de grande am­pleur entre 2016 et 2018. Sui­vi, au prin­temps der­nier, du boy­cott d’en­tre­prises, dont­cen­trale Da­none, ac­cu­sées de­fa­vo­ri­ser la vie chère. En­sep­tembre, ce sont de jeunes ul­tras, sup­por­ters du club de Té­touan, qui sont des­cen­dus dans la rue pour pro­tes­ter, entre autres, contre les vio­lences po­li­cières. Des mou­ve­ments so­ciaux émergent dans plu­sieurs villes et ré­gions, comme à Za­go­ra (Centre-est) ou à Je­ra­da (Nord-est).

Laï­la Slas­si, avo­cate, qui vient de lan­cer une cam­pagne contre le har­cè­le­ment sexuel, s’étonne : bien que son ini­tia­tive connaisse un cer­tain suc­cès d’es­time, au­cun par­ti n’est ve­nu la sou­te­nir. Même ab­sence des po­li­tiques lors de l’adop­tion d’une loi-cadre sur la ques­tion des vio­lences faites aux femmes en fé­vrier der­nier. Plu­sieurs voix his­to­riques du mou­ve­ment fé­mi­niste ont dé­non­cé un texte mi­ni­ma­liste. La cause concerne pour­tant la moi­tié des ci­toyens du royaume. Et les par­tis au­raient pu es­pé­rer une forme de re­tour sur « in­ves­tis­se­ment ».

3 % de syn­di­qués

« On se sent glo­ba­le­ment cou­pés de la so­cié­té », ad­met, en off, un cadre du Par­ti Au­then­ti­ci­té et Mo­der­ni­té (PAM). La der­nière par­ti­ci­pa­tion d’un res­pon­sable po­li­tique à une ma­ni­fes­ta­tion au­ra eu, il est vrai, des suites pour le moins chao­tiques. Au prin­temps 2018, le mi­nistre is­la­miste des Af­faires gé­né­rales, Lah­cen Daou­di, s’était in­vi­té dans un sit-in d’em­ployés de Cen­trale Da­none et avait scan­dé avec eux des slo­gans an­ti­boy­cott, pro­vo­quant les mo­que­ries des ré­seaux so­ciaux. De ma­nière gé­né­rale, nombre de po­li­tiques se font dis­crets face à la contes­ta­tion. Ilyas El Oma­ri, Ri­fain et ex-se­cré­taire gé­né­ral du PAM, brille par son ab­sence de­puis le Hi­rak. L’homme fort du Nord n’a pas pu em­pê­cher la pro­pa­ga­tion de la co­lère, illus­trant par­fai­te­ment les conclu­sions du Cese. Idem pour les mi­li­tants is­la­mistes d’al Adl Wal Ih­san ou mar­xistes d’an­nahj Ad­di­mo­cra­ti, cam­pés dans l’op­po­si­tion ex­tra-par­le­men­taire et qui ad­mettent avoir eu du mal à se gref­fer au mou­ve­ment.

Quant aux syn­di­cats, dont un cer­tain nombre sont af­fi­liés à des par­tis, ils ne consti­tuent plus que les re­lais de rares sec­teurs comme la fonc­tion pu­blique. Seuls 3 % des tra­vailleurs ma­ro­cains en sont membres. « La confiance dans les ins­ti­tu­tions d’en­ca­dre­ment et d’in­ter­mé­dia­tion s’est af­fai­blie », confirme le Cese. À qui la faute ? Aux po­li­tiques eux-mêmes, se­lon le roi Mo­ham­med VI, qui ne cache plus son in­sa­tis­fac­tion. « Les pra­tiques de

Le 12 no­vembre, à Ra­bat, lors d’une ma­ni­fes­ta­tion de ly­céens.

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