In­fra­struc­tures

Le nou­veau vi­sage de l’ivoi­rien PFO

Jeune Afrique - - Sommaire - BAU­DE­LAIRE MIEU, à Abid­jan, avec JU­LIEN CLÉMENÇOT J.C.

Après le père, le fils. Si l’ar­chi­tecte Pierre Fa­khou­ry s’est fait un nom lors­qu’il a construit l’im­pres­sion­nante ba­si­lique Notre-dame-de-la-paix à Ya­mous­sou­kro, inau­gu­rée par le pape Jean Paul II en 1990, Clyde com­mence à se faire un pré­nom en Côte d’ivoire en don­nant une nou­velle di­men­sion aux af­faires fa­mi­liales.

En sep­tembre, le groupe ivoi­rien PFO, dont il a pro­gres­si­ve­ment pris la di­rec­tion opé­ra­tion­nelle à par­tir de 2011, a of­fi­cia­li­sé le rap­pro­che­ment, en­ta­mé dis­crè­te­ment il y a trois ans, avec le fran­çais Veo­lia. L’en­tre­prise confirme sa stra­té­gie de di­ver­si­fi­ca­tion en s’ou­vrant à de nou­veaux mé­tiers dans les do­maines de l’eau, de l’en­vi­ron­ne­ment et de la ges­tion des dé­chets. Du cô­té de Veo­lia, on ne ta­rit pas d’éloges sur la qua­li­té de cette col­la­bo­ra­tion: « PFO va nous faire ga­gner des an­nées grâce à sa connais­sance du pays. C’est un par­te­naire fiable et com­pé­tent », com­mente Pa­trice Fonl­la­do­sa, PDG de Veo­lia Afrique et Moyen-orient.

En­semble, les deux par­te­naires construi­ront dans le nord de l’ag­glo­mé­ra­tion abid­ja­naise une usine d’eau po­table d’une ca­pa­ci­té de 240000 m3 par jour ap­pro­vi­sion­née à par­tir de la ri­vière La­mé. Ce­pro­jet de140mil­liards DEFCFA(213 mil­lions d’eu­ros) per­met­tra d’ali­men­ter les deux grandes com­munes de Yo­pou­gon et d’abo­bo, qui concentrent la moi­tié des 5 mil­lions d’ha­bi­tants de la ca­pi­tale éco­no­mique. L’autre chan­tier porte sur le ré­amé­na­ge­ment des 90 hec­tares de la dé­charge d’akoué­do, à l’est d’abid­jan, qui re­çoit chaque an­née 1,2 mil­lion de tonnes d’or­dures. Éva­lué à 150 mil­lions d’eu­ros, le pro­jet consis­te­ra à la trans­for­mer en un grand parc do­té d’un com­plexe­spor­tif et d’un centre de for­ma­tion aux mé­tiers du re­cy­clage des dé­chets.

« Nos ac­ti­vi­tés étaient trop liées au ca­bi­net d’ar­chi­tec­ture fon­dé par mon père. Mon ob­jec­tif est de bâ­tir un groupe qui puisse à la fois construire, faire de la pro­mo­tion – no­tam­ment im­mo­bi­lière – et être conces­sion­naire. Sur ce der­nier point, nous avons dé­jà com­men­cé, puisque nous gé­rons la dé­charge d’akoué­do de­puis un an en at­ten­dant sa fer­me­ture », sou­ligne Clyde Fa­khou­ry.

En 2011, la crise pos­té­lec­to­rale a consti­tué un fac­teur dé­ter­mi­nant dans l’évo­lu­tion du groupe. À son ar­ri­vée au pou­voir après plu­sieurs mois d’af­fron­te­ment avec le camp de Laurent Gbag­bo, le pré­sident Ouat­ta­ra gèle le trans­fert des mi­nis­tères pu­blics d’abid­jan vers Ya­mous­sou­kro pour don­ner la prio­ri­té à la ré­ha­bi­li­ta­tion des in­fra­struc­tures. « PFO a per­du beau­coup d’ar­gent à cause de l’ar­rêt de pro­jets ju­gés non prio­ri­taires dans les­quels il avait dé­jà com­men­cé à in­ves­tir. En­vi­ron 200 mil­liards de F CFA », ex­plique une source proche de PFO. Pierre Fa­khou­ry a-t-il aus­si payé sa proxi­mi­té avec Laurent Gbag­bo? Non, as­sure son fils, le pré­sident Ouat­ta­ra les au­rait tout suite in­vi­tés à se mo­bi­li­ser pour par­ti­ci­per à la re­cons­truc­tion du pays.

Pro­fonds chan­ge­ments dans les mé­thodes de tra­vail

Pour pro­fi­ter au mieux des op­por­tu­ni­tés, Pierre et Clyde Fa­khou­ry – qui a re­joint son père en2008, aban­don­nant son mé­tier de cour­tier à Londres – dé­cident de tout re­mettre à plat. Ils fu­sionnent la so­cié­té de BTP PFO Côte d’ivoire et le ca­bi­net d’ar­chi­tec­ture Arche pour fon­der PFO Afri­ca. Pa­ral­lè­le­ment, l’en­tre­prise, qui s’était di­ver­si­fiée dans l’off­shore pé­tro­lier en ac­qué­rant plu­sieurs blocs à tra­vers Yam’s Pe­tro­leum, les res­ti­tue à l’état. Le fon­da­teur n’a conser­vé, hors du gi­ron DEPFO, qu’une pe­tite part dansle per­mis CI-100 aux cô­tés de To­tal. Père et fils ont aus­si cher­ché des par­te­naires pour ga­gner en com­pé­tence. Un pre­mier ac­cord a été conclu avec le groupe fran­çai­seif­fage,mai­sau­cu­ne­de­soffres sou­mises n’est par­ve­nue à l’em­por­ter.

Un échec tem­po­raire. Outre Veo­lia, PFO va col­la­bo­rer avec le groupe belge Be­six pour réa­li­ser la fu­ture usine de pro­duc­tion d’eau po­table et construire la Tour F (haute de 283 m), à Abid­jan.

La re­struc­tu­ra­tion des af­faires fa­mi­liales s’est ac­com­pa­gnée de chan­ge­ments dans les mé­thodes de tra­vail. Pour ne plus dé­pendre des de­niers pu­blics, PFO ap­porte dé­sor­mais des so­lu­tions de fi­nan­ce­ment, pro­fi­tant par­fois de la ga­ran­tie de l’état, comme c’est, par exemple, le cas dans l’amé­na­ge­ment en cours de l’es­pla­nade du pa­lais pré­si­den­tiel à Abid­jan. « Parce qu’elles nous font confiance, nous avons le sou­tien de banques ré­gio­nales comme BGFI, NSIA, Banque At­lan­tique ou la Boad. So­cié­té gé­né­rale, qui fi­nance l’usine d’eau po­table, est éga­le­ment l’un de nos prin­ci­paux bailleurs », confirme Clyde Fa­khou­ry.

En in­terne, le nou­veau di­ri­geant a aus­si bou­le­ver­sé les ha­bi­tudes enins­ti­tuant des équipes de pro­jet dis­tinctes, in­dé­pen­dantes les unes des autres, et en in­ves­tis­sant dans un vé­ri­table sys­tème d’in­for­ma­tion afin d’amé­lio­rer l’exé­cu­tion et le sui­vi des chan­tiers. Il a ajou­té aux mis­sions des ma­na­gers des ob­jec­tifs forts de for­ma­tion pour faire émer­ger des ta­lents qui ac­com­pa­gne­ront la crois­sance de l’en­tre­prise. PFO va ain­si pas­ser de 400 col­la­bo­ra­teurs en 2012 à plus de 1 800 au­jourd’hui, dont 40 in­gé­nieurs spé­cia­li­sés. « Ces chan­ge­ments nous ont per­mis de nous re­po­si­tion­ner en un temps re­cord », confie à Jeu­nea­frique Clyde Fa­khou­ry. Le groupe a ain­si pu rem­por­ter la ré­ha­bi­li­ta­tion, réa­li­sée en seule­ment treize mois, du Centre de com­merce in­ter­na­tio­nal d’abid­jan (CCIA) pour 50 mil­lions d’eu­ros, puis la ré­no­va­tion du­siège his­to­rique de la BAD, tou­jours dans la ca­pi­tale ivoi­rienne (58 mil­lions d’eu­ros) de­vant des concur­rents com­meles groupes Bouygues ou Arab Con­trac­tors.

Pa­ral­lè­le­ment aux­chan­tiers de­ré­ha­bi­li­ta­tion, PFO s’est in­té­res­sé dès 2012 aux pro­jets rou­tiers. Au­to­tal, le groupe s’est vu confier la construc­tion de 400 kmde routes; cette ac­ti­vi­té re­pré­sente au­jourd’hui la moi­tié du chiffre d’af­faires de l’en­tre­prise (115 mil­lions d’eu­ros).

Pro­jets au Sé­né­gal, au Bur­ki­na Fa­so et en Gui­née

S’il se tient en re­trait, re­fu­sant toutes les in­ter­views, Pierre Fa­khou­ry, tou­jours entre deux avions, reste in­con­tour­nable et in­for­mé de toutes les dé­ci­sions prises par son fils. « Par­fois après coup, sou­rit ce der­nier, qui n’oc­cupe sur le pa­pier que le poste d’ad­mi­nis­tra­teur gé­né­ral ad­joint. Nous sommes très proches, et je suis très fier de son par­cours qui est une source d’ins­pi­ra­tion. » « La lon­gé­vi­té de Pierre Fa­khou­ry et celle de ses af­faires tiennent à la qua­li­té des re­la­tions qu’il sait en­tre­te­nir. Il a connu cinq pré­si­dents (Fé­lix Hou­phouët-boi­gny, Hen­ri Ko­nan Bé­dié, Ro­bert Guéï, Laurent Gbag­bo et Alas­sane Ouat­ta­ra) et plus de deux cents mi­nistres avec les­quels il a tou­jours gar­dé le contact, mal­gré les al­ter­nances », sou­ligne un homme po­li­tique proche de Bé­dié.

En­core dis­cret dans la vie pu­blique, son fils en­tend da­van­tage se consa­crer à son rôle d’am­bas­sa­deur du groupe. Membre de la Chambre de com­merce eu­ro­péenne de Côte d’ivoire, Clyde se dit d’ailleurs prêt à re­joindre le pa­tro­nat ivoi­rien, à condi­tion de pou­voir y jouer un rôle im­por­tant. Il reste en re­vanche, com­me­son­père, à l’écart de la com­mu­nau­té li­ban aise, mêmes’il se dit at­ta­ché à ses ra­cines le­van­tines.

Por­té par son dé­ve­lop­pe­ment ivoi­rien, le tren­te­naire nour­rit des am­bi­tions ré­gio­nales. « Nous n’avons pas en­core en­ta­mé de chan­tiers hors de Côte d’ivoire. Mais plu­sieurs pro­jets sont en phase de concep­tion et d’étude au Sé­né­gal, au Bur­ki­na Fa­so et en Gui­née », précise-t-il. L’ar­chi­tecte de la ba­si­lique de y a mous sou­kro es­père s’of­frir une réa­li­sa­tion de pres­tige avec la construc­tion de la nou­velle pré­si­dence sé­né­ga­laise à Diam­nia­dio pour la­quelle son groupe est en com­pé­ti­tion. Les be­soins en in­fra­struc­tures liées à la pro­chaine ex­ploi­ta­tion des res­sources ga­zières dans le pays sus­citent éga­le­ment l’ in­té­rêt du groupe, même s’ il faut en­core, pour y par­ti­ci­per, in­té­grer sans doute de nou­veaux mé­tiers. Avec de la mé­thode et de bons par­te­naires, rien d’in­sur­mon­table, pense pro­ba­ble­ment Clyde Fa­khou­ry.

Y JL ZE M A ISS

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