Bien­ve­nue chez iro­bot

École d’in­gé­nieurs, centre de re­cherches, start-up et grands groupes… Le pôle de com­pé­ti­ti­vi­té de Sousse, No­va­tion Ci­ty, est en plein es­sor.

Jeune Afrique - - Grand Format Tunisie - CAMILLE LAFRANCE

Il se dé­place comme un spectre. Long tube blanc sur­plom­bé d’un écran tac­tile, le etouch Bot glisse sur son sup­port rou­lant. Fi­dèle té­lé-pré­sence, tout de plas­tique et pixels pro­fi­lé, ce lon­gi­ligne ro­bot est des­ti­né à l’ac­com­pa­gne­ment de per­sonnes âgées iso­lées. Quelques-uns de ses clones oeuvrent dé­jà en France, au ser­vice de pro­prié­taires qu’ils mettent en re­la­tion avec leurs mé­de­cins. « Je pré­pare mes fu­tures ba­lades en bord de mer avec lui ! » plai­sante Anis Sah­ba­ni, fon­da­teur et di­rec­teur gé­né­ral d’en­ova Ro­bo­tics, l’en­tre­prise qui a dé­ve­lop­pé ce sys­tème d’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle.

C’est au sein du tech­no­pôle de Sousse que, de­puis 2014, la start-up a pu mû­rir ses pro­jets. Outre l’etouch Bot, elle a conçu, entre autres, le mi­ni­tank qui pa­trouille sur la cen­taine d’hec­tares du tech­no­pôle, l’un des pre­miers ro­bots de sé­cu­ri­té à usage ci­vil qu’elle a dé­ve­lop­pé pour la sur­veillance des sites ter­tiaires.

Anis Sah­ba­ni n’a pas hé­si­té à mettre entre pa­ren­thèses sa vie de pro­fes­seur au sein de l’uni­ver­si­té Pierre-et-ma­rie-cu­rie, en France, pour re­joindre le nou­veau pôle de com­pé­ti­ti­vi­té en mé­ca­tro­nique créé en 2014 sur le site de l’école na­tio­nale d’in­gé­nieurs de Sousse (Eni­so), dé­sor­mais nom­mé­no­va­tion Ci­ty. Pa­ri réus­si: mon­tée avec une mise de dé­part de 25 000 eu­ros, En­ova Ro­bo­tics est dé­sor­mais va­lo­ri­sée à 5 mil­lions d’eu­ros. Elle vient d’ou­vrir une fi­liale à la Sta­tion F, à Pa­ris (le plus grand campus de start-up au monde, ou­vert à la mi-2017 par l’homme d’af­faires et bu­si­ness an­gel, ou in­ves­tis­seur pro­vi­den­tiel, Xavier Niel), et em­ploie dé­jà une ving­taine d’in­gé­nieurs au sein du tech­no­pôle de Sousse. No­va­tion Ci­ty lui a fa­ci­li­té l’ac­cès à des four­nis­seurs, mais aus­si à des clients, confirme Anis Sa­ha­ba­ni en je­tant un coup d’oeil der­rière les grilles du parc. Au loin, la mer. « Entre mi­di et deux, on peut al­ler pi­quer une tête », dit-il en sou­riant.

Un port et trois aé­ro­ports

Sur le tech­no­pôle, l’état gère un centre de re­cherche, ain­si que l’eni­so, d’où sortent chaque an­née 300 di­plô­més. Les cadres de No­va­tion Ci­ty font par­tie du conseil scien­ti­fique de l’éta­blis­se­ment. Des ac­ti­vi­tés de re­cherche et dé­ve­lop­pe­ment (R&D) à la com­mer­cia­li­sa­tion, en pas­sant par les le­vées de fonds, tout est fait pour

épau­ler la ving­taine de start-up qu’ac­cueille la pé­pi­nière. L’ob­jec­tif est de per­mettre à ces jeunes PME de croître, mais aus­si d’at­ti­rer de grands groupes. « En sou­te­nant les pro­jets des en­tre­prises dès la R&D, on peut par ailleurs s’orien­ter vers des in­ves­tis­se­ments de plus en plus por­teurs », pré­cise Ab­del­ha­mid Den­guez­li. Le di­rec­teur com­mer­cial de No­va­tion Ci­ty ne manque pas de rap­pe­ler la proxi­mi­té du parc in­dus­triel d’en­fid­ha (40 km au sud de Sousse) – idéal pour ac­cueillir d’éven­tuelles uni­tés de pro­duc­tion –, et de trois aé­ro­ports (Mo­nas­tir, En­fid­ha et Tu­nisCar­thage). Sans comp­ter la construc­tion an­non­cée d’un port en eaux pro­fondes à En­fid­ha.

Sur l’im­mense campus, entre les plants d’oli­vier, des mil­liers de mètres car­rés sont en cours d’amé­na­ge­ment. Ils ac­cueille­ront bien­tôt des es­paces de res­tau­ra­tion et des pro­me­nades. À cô­té des bâ­ti­ments

dé­jà oc­cu­pés par des groupes in­ter­na­tio­naux (tel le ger­ma­no-nip­pon Ya­mai­chi Elec­tro­nics ou le fran­co-tu­ni­sien Proxym IT), d’autres sont à louer. Et, sur le site mi­toyen de la Bu­si­ness Ci­ty, des ter­rains sont dis­po­nibles à la vente pour l’im­plan­ta­tion de so­cié­tés de ser­vices.

De ma­chine à ma­chine

Dès 2012, en pré­lude à la créa­tion de No­va­tion Ci­ty, les start-up, PME et grands groupes avaient consti­tué un clus­ter (« in­cu­ba­teur ») au­tour de pro­jets com­muns dans le do­maine de la mé­ca­tro­nique. Une di­zaine ont dé­jà été com­mer­cia­li­sés, comme l’in­nerj Box, dis­tri­buée en Tu­ni­sie et en Europe pour op­ti­mi­ser sa con­som­ma­tion d’éner­gie à dis­tance. Cette tech­no­lo­gie est dé­ve­lop­pée par Proxym IT en par­te­na­riat avec Fu­ba, fi­liale du groupe in­dus­triel tu­ni­sien One­tech, et la start-up Chif­co, fon­dée par Mohamed Amine Chouaieb, spé­cia­li­sée dans l’in­ter­net des ob­jets (IOT) et le ma­chine to ma­chine (M2M).

Créée en 2006 par Was­sel Ber­raya­na, un in­gé­nieur tu­ni­sien pas­sé par la Si­li­con Val­ley au dé­but des an­nées 2000, Proxym IT cha­peaute dé­sor­mais quatre start-up spé­cia­li­sées dans les ser­vices nu­mé­riques (banque en ligne, e-gou­ver­nance, etc.), dont elle est ac­tion­naire ma­jo­ri­taire. Après avoir conquis les mar­chés fran­çais et moyen-orien­taux, elle s’at­taque à ceux du Maghreb et de l’afrique fran­co­phone. « Entre l’école d’in­gé­nieurs ins­tal­lée sur le campus et celles pré­sentes dans les en­vi­rons, les res­sources hu­maines ne manquent pas ici, ce qui est un vrai plus », sou­ligne Elyes Mdi­magh, le res­pon­sable mar­ke­ting de Proxym IT. Il en sait quelque chose : le groupe em­ploie 150 in­gé­nieurs sur son site de Sousse et 20 autres dans ses fi­liales de Tu­nis, Pa­ris et Du­baï.

Dis­ci­plines de pré­di­lec­tion du tech­no­pôle : l’élec­tro­mé­ca­nique et l’in­for­ma­tique.

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