Des­tin de star: Frank Si­na­tra

Échos vedettes - - SOMMAIRE - PAR SABIN DESMEULES | PHO­TOS: GET­TY IMAGES

CE­LA FAIT 20 ANS CETTE AN­NÉE QU’IL N’EST PLUS DE CE MONDE. LE NOM DE FRANK SI­NA­TRA, PER­SON­NAGE POUR LE MOINS COM­PLEXE, À LA FOIS AIMABLE ET DÉ­TES­TABLE, ÉVOQUE À TOUS DES CHAN­SONS IMMORTELLES, DES CLAS­SIQUES CI­NÉ­MA­TO­GRA­PHIQUES ET, SUR­TOUT, UNE VIE MOU­VE­MEN­TÉE. VANITY FAIR DIT DE LUI QUE SA «PER­SON­NA­LI­TÉ EXUBÉRANTE CAMOUFLAIT LES AN­GOISSES D’UN FILS UNIQUE ÉTERNELLEMENT TOURMENTÉ PAR LE DÉ­SIR ENFANTIN D’ÊTRE AI­MÉ, ET TERRIFIÉ PAR LA SO­LI­TUDE.» MAIS IL Y A PLUS À DIRE EN­CORE...

Ho­bo­ken, dans le New Jer­sey. Une ville tout près d’El­lis Is­land, où ar­rivent de nom­breux im­mi­grants eu­ro­péens qui dé­si­rent vivre le rêve amé­ri­cain. Le Si­ci­lien Mar­ty Si­na­tra, le père de Frank, dé­barque en Amé­rique avec ses pa­rents en 1895. Dol­ly, la ma­man de Frank, ori­gi­naire de Gênes, im­migre avec les siens en 1897. Ils gran­dissent dans le quar­tier de leur com­mu­nau­té d’ori­gine, la Pe­tite Ita­lie. Adultes, ils tombent en amour et s’unissent.

Le 12 dé­cembre 1915 naît le pe­tit Fran­cis Al­bert Si­na­tra. Il se­ra fils unique. Son pa­pa, Mar­ty, est tour à tour cor­don­nier et dé­bar­deur. Afin de se faire de l’argent sup­plé­men­taire, il boxe sous le nom de Mar­ty O’Brien, car les Ita­liens ne sont pas bien vus par les Amé­ri­cains. De son cô­té, la ma­man de Frank, Dol­ly, tra­vaille dans une confi­se­rie in­dus­trielle. Dans les an­nées 1920, c’est la pro­hi­bi­tion, et en 1929 ar­rive la crise éco­no­mique. Mar­ty fré­quente les contre­ban­diers d’al­cool et flirte avec l’illé­ga­li­té, of­frant ses ser­vices aux pe­tites ra­cailles: il suit des car­gai­sons d’al­cool et s’as­sure que les ca­mions qui les trans­portent ne se­ront pas dé­tour­nés. Dol­ly, pour sa part, ap­prend à de­ve­nir sage-femme «sur le tas» et pra­tique des avor­te­ments clan­des­tins.

Le jeune Fran­kie est l’un des rares en­fants de la com­mu­nau­té ita­lienne à ne pas avoir de frères et de soeurs. Per­sonne avec qui jouer et per­sonne pour le pro­té­ger dans son quar­tier de fauves. Il de­vient très so­li­taire.

À l’ap­par­te­ment, il vit une drôle de re­la­tion avec sa mère. Cette der­nière peut être très af­fec­tueuse avec lui, lui ache­ter plein de vê­te­ments, et même, lors­qu’il en a l’âge, une voi­ture (bien que ce soit la Grande Dé­pres­sion). Mais Dol­ly se montre aus­si, par­fois, ma­ni­pu­la­trice, au­to­ri­taire et vio­lente avec fis­ton. Par exemple, il peut lui ar­ri­ver de le frap­per puis, tout de suite après, de le prendre dans ses bras. SES DÉ­BUTS

Frank a tôt fait de dé­cou­vrir qu’il n’est pas fait pour l’école. Ce qu’il veut, c’est chan­ter, comme les mecs qu’il en­tend à la ra­dio. Une fois son der­nier tri­mestre à la Drake Bu­si­ness School ter­mi­né, le jeune homme cherche du bou­lot. On l’en­gage d’abord dans un chan­tier na­val, puis dans une pa­pe­te­rie et, comme son père, il de­vient dé­bar­deur.

Tou­te­fois, son prin­ci­pal centre d’in­té­rêt de­meure la mu­sique. Frank se met donc à of­frir des pres­ta­tions dans les bars avec un band, The Ho­bo­ken Four. Son at­ti­tude dé­con­trac­tée plaît beau­coup en cette époque de ri­gi­di­té éco­no­mique. Il cu­mule les contrats, jus­qu’à se pro­duire à gui­chets fer­més en 1932, au Pa­ra­mount Thea­ter de New York. Le suc­cès est au ren­dez­vous! On s’ar­rache ses disques.

Paf! Il est de­ve­nu un chan­teur qu’on aime et qu’on res­pecte. Sauf qu’il ne garde pas les pieds sur terre. Il se met à avoir la grosse tête. Une vraie di­va avec ses mu­si­ciens. Ceux-ci en ont as­sez. Frank se prend un coup de poing sur la gueule... et doit prendre un nou­veau dé­part so­lo! Le­çon d’hu­mi­li­té: ça ne dé­marre pas sur les cha­peaux de roues.

Mais, avec le pia­niste du Rus­tic Ca­bin, il donne des spec­tacles à cet en­droit et fi­nit par le rem­plir. L’en­goue­ment pour Frank Si­na­tra n’est pas éteint. Il a sa place en cette époque du swing, des big bands et du jazz. Quand le trom­pet­tiste Har­ry James l’en­tend à la ra­dio, il a un coup de foudre. Il va à sa ren­contre et lui offre un contrat de 75 $US par se­maine pour se pro­duire en tour­née avec son or­chestre.

LES BELLES AN­NÉES

Nous sommes en 1939, et les concerts se mul­ti­plient à New York. Puis le groupe en­tre­prend une tour­née dans le pays. Le jour­nal Me­tro­nome, spé­cia­li­sé en mu­sique, ré­dige de très bonnes critiques, fai­sant l’éloge de la re­crue. C’est suf­fi­sant pour que l’ego de Si­na­tra gonfle à nou­veau. Et il n’hé­site pas à quit­ter le na­vire de James quand le trom­bo­niste Tom­my Dor­sey lui offre de se joindre à son or­chestre pour 125 $US par se­maine. Cette col­la­bo­ra­tion est bé­né­fique à la car­rière de Fran­kie. Le chan­teur se classe pour la pre­mière fois dans le hit-pa­rade en mars 1940, avec la chan­son Pol­ka Dots and Moon­beams. Et il connaît son pre­mier gros tube avec I’ll Ne­ver Smile Again.

Mais quand des di­vas se ren­contrent... Les re­la­tions de­viennent vite ten­dues entre Frank et le bat­teur du groupe, Bud­dy Rich. À l’hô­tel As­tor, à New York, alors que Bud­dy lui crie des­sus, Si­na­tra lui lance un seau de glace en pleine face. La vie de tour­née n’est pas rose!

Puis une se­conde chan­teuse, Con­nie Haines, en­ga­gée en avril 1940, crée de la ja­lou­sie! Alors qu’ils sont sur scène, Frank lui bloque l’ac­cès au mi­cro. La pe­tite nou­velle dé­cide donc d’al­ler chan­ter pour un spec­ta­teur en uni­forme, ce qui crée un ma­laise.

Il faut dire que le croo­ner a tout un ca­rac­tère et que, de sur­croît, il lève le coude! Mais the show

must go on... Les an­nées 1940 sont fastes pour la car­rière de Si­na­tra. Il par­ti­cipe à un pre­mier film, une brève ap­pa­ri­tion dans Las Ve­gas Nights.

Mais tout de même...

Sur les 15 titres de son or­chestre qui se classent au hit-pa­rade en 1941, 12 sont chan­tés par Frank. Il songe donc à une car­rière so­lo. D’au­tant plus que sa re­la­tion avec Tom­my Dor­sey s’en­ve­nime. Une faille dans son contrat force Frank à don­ner 33 % de ses bé­né­fices à Tom­my. Après six mois, Si­na­tra en a marre et cesse de payer, mais Dor­sey le pour­suit en 1943. Le chan­teur fi­nit par ver­ser 60 000 $ au trom­bo­niste. L’argent lui est avan­cé par son nou­vel agent, Nor­man Weiss, et par la Co­lum­bia, avec qui il vient de si­gner. La ru­meur veut que ce soient des membres de la ma­fia, des potes de Frank, qui contraignent Tom­my à ne plus ré­cla­mer son pour­cen­tage.

Le 22 oc­tobre de la même an­née, le chan­teur doit ré­pondre à la convo­ca­tion d’un mé­de­cin de l’ad­mi­nis­tra­tion lo­cale de la US Ar­my. Il peut être ap­pe­lé dans les jours qui suivent pour se joindre à l’ef­fort de guerre amé­ri­cain contre le Ja­pon et l’Al­le­magne. D’abord ju­gé apte au ser­vice, il est fi­na­le­ment dé­cla­ré in­apte à cause d’une per­fo­ra­tion du tym­pan gauche, d’une mas­toï­dite chro­nique et d’une in­sta­bi­li­té émo­tion­nelle. «Lors de l’en­tre­tien psy­chia­trique, le pa­tient a dé­cla­ré être pa­ra­no, avoir peur de la foule, des as­cen­seurs, avoir en­vie de s’en­fuir en cou­rant quand il est en­tou­ré de gens», dé­clare le mé­de­cin en chef. Le FBI en­quête sur les condi­tions de

l’exa­men. Se­lon le New York Mir­ror, le bu­reau fé­dé­ral s’in­té­resse plu­tôt à une somme de 40 000 $ que Frank au­rait re­mise aux doc­teurs qui l’ont exa­mi­né, mais il n’ar­rive pas à le prou­ver.

Sa car­rière se pour­suit en­vers et contre tout, et Si­na­tra est main­te­nant «bien en­tou­ré». Il est do­ré­na­vant so­lo et en plein contrôle. En­fin, so­lo... ce­la ne l’em­pêche pas, dans les an­nées 1950, de se joindre au Rat Pack, le «Club des rats», une bande de potes qui se pro­duit à Ve­gas. Ce pro­jet réunit quelques-uns des chan­teurs les plus dans l’air du temps: Dean Mar­tin, Sam­my Da­vis Jr., Joey Bi­shop et Pe­ter Law­ford. De grandes ac­trices sont in­vi­tées à y chan­ter comme spe­cial guest stars, no­tam­ment Shir­ley MacLaine, Lau­ren Ba­call et Judy Gar­land.

Fran­kie connaît une belle car­rière. Il vient même à Mont­réal pour une sé­rie de spec­tacles Chez Pa­ré en fé­vrier 1953. On le sur­nomme The Voice. Par­mi ses cé­lèbres suc­cès en chan­son, il y a un tube du chan­teur Claude Fran­çois qu’il re­prend et qui fait état de son la­men­table quo­ti­dien, Comme d’ha­bi­tude. La ver­sion de Frank, My Way, est le bi­lan d’une vie. Bien plus in­tense, elle sur­passe en po­pu­la­ri­té la ver­sion ori­gi­nale. Tant et si bien qu’on croit que c’est Claude Fran­çois qui a re­pris My Way en fran­çais. Ce titre, pa­ru en 1969, se veut une tom­bée de ri­deau. Mais il s’agit d’adieux à la Jean-Pierre Fer­land, puis­qu’il chan­te­ra en­core cette chan­son du­rant 25 ans. L’his­toire veut que le pauvre n’en pou­vait plus d’in­ter­pré­ter ce titre, qui est par­mi ses plus cé­lèbres, car le texte parle de lui et sup­pose qu’il n’a au­cun re­gret. Si­na­tra le ré­pète sou­vent au pu­blic, mais ce­lui-ci ne cesse de le lui de­man­der. Il lui ar­rive de l’in­tro­duire en di­sant: «C’est le mo­ment de la séance de tor­ture... pas pour vous, mais pour moi!»

SES LIENS AVEC LE CRIME OR­GA­NI­SÉ

Dans la bio­gra­phie Si­na­tra: Sa vie, les au­teurs An­tho­ny Sum­mers et Rob­byn Swan avancent que non seu­le­ment le chan­teur a de très bons liens

avec le crime or­ga­ni­sé

— qui lui offre du mé­cé­nat et de la pro­tec­tion —, mais qu’il lui est même ar­ri­vé de ser­vir de trans­por­teur de fonds. C’est Jer­ry Le­wis qui confie ce­la dans l’ou­vrage. Il pa­raît que Si­na­tra se porte vo­lon­taire pour ser­vir de cour­sier. Et qu’une fois, en 1946, il manque de se faire ar­rê­ter en pos­ses­sion d’une va­lise conte­nant 3,5 mil­lions de dol­lars amé­ri­cains en li­quide, à la douane, à New York. Mais l’at­trou­pe­ment pro­vo­qué par la pré­sence de la ve­dette fait re­non­cer les doua­niers à fouiller sa va­lise. Si tout ce­la est vrai, il a dû avoir quelques sueurs froides...

Des do­cu­ments du FBI ren­dus pu­blics après sa mort (oui, John Ed­gar Hoo­ver lui avait ou­vert un dos­sier), en dé­cembre 1998, disent, se­lon ce qu’on peut y lire, qu’il est proche de Sam Gian­ca­na, le par­rain pré­su­mé de la ma­fia de Chi­ca­go.

Tou­jours se­lon ces do­cu­ments, lors d’un voyage à Cu­ba en 1947, il est vu et pho­to­gra­phié en com­pa­gnie du cé­lèbre ma­fieux Lu­cky Lu­cia­no. On y dit aus­si qu’à ses dé­buts, le ban­dit du New Jer­sey Willie Mo­ret­ti le sou­tient fi­nan­ciè­re­ment.

Il semble qu’il en­tre­tienne des liens ami­caux avec plu­sieurs par­rains, dont Car­los Gam­bi­no. Et que c’est lui, Si­na­tra, qui a ins­pi­ré le per­son­nage du croo­ner John­ny Fon­tane dans le film Le Par­rain. Toute sa vie, le chan­teur dé­ment être lié à la ma­fia.

Mais pour contre­ba­lan­cer ses mau­vaises fré­quen­ta­tions, l’homme, qui est un grand ami de Sam­my Da­vis Jr., un «frère», com­bat le ra­cisme toute sa vie. Et il s’im­plique po­li­ti­que­ment au­près de John F. Ken­ne­dy et dans la cam­pagne de ré­élec­tion de Ro­nald Rea­gan comme gou­ver­neur de la Ca­li­for­nie.

KID­NAP­PING DE SON FILS

Quelle drôle d’his­toire que celle de l’en­lè­ve­ment du fils de Si­na­tra, Frank Jr., en 1963! Le 8 dé­cembre de cette an­née-là, le jeune homme de 19 ans, ten­tant de suivre les traces de son pa­pa (même s’il n’a pas son ta­lent), se trouve à Sta­te­line, au Ne­va­da, pour y of­frir une pres­ta­tion. Dans sa chambre d’hô­tel, il at­tend qu’on lui livre un re­pas. Toc, toc! Il ouvre. Les li­vreurs lui sautent des­sus. Ils le portent jusque dans le coffre de leur voi­ture et prennent la di­rec­tion de la Ca­li­for­nie. Les ban­dits, Barry Kee­nan, Jo­seph Am­sler et leur com­plice John Ir­win, ont l’air d’ama­teurs: Frank leur pro­pose un mil­lion de dol­lars amé­ri­cains en échange de son fils, eux ne de­mandent que... 240 000 $! Le trio troque Frank Jr. contre l’argent, et l’otage est li­bé­ré. Ils sont ar­rê­tés quelques jours plus tard. Pour ajou­ter au drame de Si­na­tra, des ru­meurs veulent qu’il ait or­ga­ni­sé l’en­lè­ve­ment afin de mous­ser sa car­rière.

UN HOMME À FEMMES

Si­na­tra pro­fite bien de son suc­cès pour ap­pâ­ter les femmes. Il aime sé­duire. En 1934, il ren­contre une se­cré­taire, Nan­cy Bar­ba­to, 18 ans, et se case avec elle. Leur ma­riage est pré­vu le 4 fé­vrier 1938. Mais le père de la fu­ture n’aime pas l’idée que sa fille épouse un ar­tiste. Et puis Frank conti­nue de flir­ter avec d’autres belles. D’ailleurs, en no­vembre 1938, il est trou­vé au lit avec une cer­taine An­toi­nette Del­la Pente. Ac­cu­sé de sé­duc­tion et bris de pro­messe de ma­riage, il est je­té en taule. Quand la po­lice ap­prend que la femme est ma­riée, l’ac­cu­sa­tion en de­vient une d’adul­tère. Fi­na­le­ment, l’af­faire est ra­pi­de­ment clas­sée, et le chan­teur en est quitte pour un sé­jour de 16 heures en cel­lule.

Comme l’his­toire est re­prise dans les mé­dias, elle vient évi­dem­ment aux oreilles de Nan­cy. Mais cette der­nière passe l’éponge, et le couple se ma­rie de­vant Dieu en 1939. Ils ont trois en­fants: Frank Jr., Nan­cy Jr. et Ti­na. Les deux pre­miers suivent les traces de leur cé­lèbre pa­pa.

Les époux se sé­parent of­fi­ciel­le­ment en 1951... non sans qu’il y ait eu des in­fi­dé­li­tés de la part de Frank!

L’an­née de la sé­pa­ra­tion d’avec Nan­cy coïn­cide avec son ma­riage avec Ava Gard­ner. Car c’est pour cette der­nière qu’il rompt avec la pre­mière. «Je suis dé­jà rui­né, qu’est-ce que ce­la peut bien me faire?» lâche-t-il aux mé­dias en 1950, alors qu’il ne cache même plus sa re­la­tion ex­tracon­ju­gale avec l’ac­trice. Comment dé­crire la re­la­tion qu’ils ont en­semble du­rant six ans? Tu­mul­tueuse n’est peut-être pas un qua­li­fi­ca­tif as­sez fort! Dans son livre Si­na­tra: Be­hind the Le­gend, l’au­teur et jour­na­liste Ran­dy Ta­ra­bor­rel­li ré­vèle quelques anec­dotes de cette idylle in­tense et dé­vo­rante.

Quand Frank la voit en cou­ver­ture du ma­ga­zine Pho­to­play en dé­cembre 1944, il a le coup de foudre. Se­lon le bio­graphe, il lance à un ami: «Tu sais quoi? Je vais épou­ser cette fille!» Il est alors en­core ma­rié à Nan­cy. Il tombe sur Ava lors d’un sou­per, deux ans plus tard. Elle a alors 26 ans, il en a presque 31. Ils fi­nissent dans l’ap­par­te­ment se­cret de Si­na­tra, mais elle se dé­file avant qu’ils aient le temps de consom­mer. Un an passe avant qu’ils se croisent à nou­veau. Cette fois, Gard­ner laisse tom­ber sa ré­serve. Plus tard, elle fait sa­voir en en­tre­vue: «Oh! mon Dieu! C’était ma­gique! Cette nuit-là, nous sommes de­ve­nus des amants pour tou­jours, éternellement!»

Le 14 fé­vrier 1950, il an­nonce à Nan­cy qu’il veut rompre. Il ob­tient un ac­cord de sé­pa­ra­tion un an plus tard. Nan­cy gagne son pro­cès et ob­tient 2750 $US de pen­sion ali­men­taire par mois. Ava le pré­vient: «Si tu me traites comme Nan­cy, je te tue!» L’ac­trice re­çoit des lettres de bê­tises de fans parce qu’elle est ce qu’ils ap­pellent une «bri­seuse de mé­nage».

Le nou­veau couple s’aime. Les tour­te­reaux s’unissent ci­vi­le­ment le 7 no­vembre 1951. Mais leur amour est en dents de scie. Un soir, elle pique une crise au Co­pa­ca­ba­na Club parce qu’il flirte avec une autre femme. En­ra­gée, elle court chez son ex-ma­ri, Ar­ty Shaw, et le fait sa­voir à Frank. Ce der­nier dé­barque chez son ri­val quelques mi­nutes plus tard, les re­garde sans dire un mot et re­part. L’ap­pel qu’il lui fait, une fois qu’elle est de re­tour à leur hô­tel, est à gla­cer le sang: «Je n’en peux plus, je vais me tuer. Pas plus tard que main­te­nant!» Il est dans la chambre voi­sine. Deux coups de feu se font en­tendre. Ava ac­court, Si­na­tra gît au sol. Il ouvre les yeux. C’est le ma­te­las qui a re­çu les balles. Elle pique une crise. Une autre fois, alors qu’ils se dis­putent et qu’elle se ré­fu­gie à Los An­geles, Ava re­çoit un coup de fil de l’agent de Frank. Il a fait une sur­dose de som­ni­fères. Un autre jour, en co­lère, l’ac­trice jette sa bague de fiançailles, une éme­raude de six ca­rats ser­tie de dia­mants, par la fe­nêtre. Elle n’est ja­mais re­trou­vée.

Et alors qu’il s’em­balle, ap­pre­nant qu’elle est en­ceinte, elle avorte.

Ça, c’est le quo­ti­dien peu ba­nal du couple. Ils s’aiment à mou­rir, mais ne sont pas ca­pables de vivre en­semble. Leur amour ne meurt vrai­ment ja­mais, mais doit s’éteindre. Six ans après leur ma­riage, elle le laisse. Il la pleure long­temps. De son cô­té, elle re­con­naît, sur son lit de mort: «J’ai l’im­pres­sion que c’était hier que je ren­dais la vie im­pos­sible à Fran­cis. Mais, bon Dieu, je l’ai vrai­ment ai­mé! Où sont pas­sées ces an­nées?!»

Il trouve du ré­con­fort dans les bras de plu­sieurs femmes, mais sa pro­chaine re­la­tion stea­dy est celle qu’il en­tre­tient trois ans du­rant avec Mia Far­row. C’est en 1965 qu’ils se ren­contrent. Elle a 20 ans, lui, 49. C’est lui qui la dé­flore, au dire de la jeune femme. Ils s’épousent ci­vi­le­ment un an plus tard. Ils achètent une mai­son à Bel Air et passent leur temps entre ce quar­tier de L.A. et

Palm Springs. La ca­dette de Si­na­tra adore sa belle-mère et la sur­nomme Mam­ma Mia.

La dif­fé­rence d’âge a rai­son du couple. Deux ans après, leur ma­riage bat de l’aile. Mia se sent étouf­fée. Dans son au­to­bio­gra­phie, l’ac­trice af­firme qu’il la traite de la même fa­çon que sa fille, comme si elle était son en­fant.

Au fil des an­nées, ils conti­nuent de se voir et d’avoir des re­la­tions sexuelles, même si la co­mé­dienne est en couple avec le ci­néaste Woo­dy Al­len. Son fils Ro­nan, né en 1987, est le por­trait cra­ché de Frank! Les soup­çons planent quant à l’iden­ti­té de son pa­pa. Et Mia vient ajou­ter aux doutes, en 2013, lors d’une en­tre­vue à Vanity Fair. À la ques­tion: «Est-ce que Frank Si­na­tra est le père de Ro­nan?» elle ré­pond: «Pro­ba­ble­ment.»

Le croo­ner re­fait sa vie avec Bar­ba­ra Marx. Il fait la connais­sance de la man­ne­quin le jour de la Saint-Syl­vestre, en 1972.

Ils se disent oui le 11 juillet 1975. À 60 ans, Si­na­tra a en­vie de se ran­ger. Ils res­tent en­semble jus­qu’à la mort du chan­teur, en 1998.

À NE PAS IN­VI­TER AU MÊME PAR­TY...

La der­nière femme de Si­na­tra n’en­tre­tient pas de bonnes re­la­tions avec la fa­mille de ce­lui-ci. D’au­tant plus quand le chan­teur fait an­nu­ler son ma­riage ca­tho­lique d’avec Nan­cy pour ju­rer son amour éter­nel à Bar­ba­ra de­vant Dieu. Les en­fants de Frank croient que c’est Bar­ba­ra qui a fait pres­sion sur lui pour l’an­nu­la­tion avec l’ex et le ma­riage avec elle. On as­siste donc à une cat fight! Plus par­ti­cu­liè­re­ment entre les filles de l’ar­tiste, Nan­cy et Ti­na, et la belle-mère. Et ce, jus­qu’à la mort de cette der­nière. Lors du 20e an­ni­ver­saire de ma­riage du couple, en 1996, alors qu’il dé­cide de re­nou­ve­ler ses voeux, les soeurs Si­na­tra ne se pointent pas. Elles n’as­sistent pas non plus aux fu­né­railles de Bar­ba­ra, en juillet 2017. Elles ne lui par­don­ne­ront ja­mais qu’elle ne les ait pas ap­pe­lées quand leur père a ren­du son der­nier souffle...

Avec sa pre­mière de femme, la mère ses trois en­fants, Nan­cy.

Le jour de son ma­riage avec l’ac­trice Ava Gard­ner, le 7 no­vembre 1951.

Un por­trait de fa­mille.

Le 14 dé­cembre 1963, les jour­naux titrent que les kid­nap­peurs de Frank Jr. sont en­fin der­rière les bar­reaux.

Aux cô­tés de Grace Kel­ly, dans Haute so­cié­té.

Avec le fa­meux Rat Pack.

Frank Si­na­tra at­ti­rait les foules. C’est d’ailleurs ce qui l’a sau­vé d’une fouille aux douanes de New York, en 1946, alors qu’il ten­tait de pas­ser de l’argent sale.

de peur que de mal. Kid­nap­pé Plus 1963, le fils de Si­na­tra, le 8 dé­cembre de temps Frank Jr., est li­bé­ré peu père a payé une ran­çon après que son $. Le 11 dé­cembre, il de 240 000 de presse. donne une confé­rence

en 1965, Ici, la mère de Si­na­tra com­pa­gnie de l’amou­reuse en de son fils à cette époque, Mia Far­row.

Si­na­tra et le trom­bo­niste Tom­my Dor­sey, en 1940.

La po­chette du disque All or No­thing at All, sur le­quel le chan­teur est ac­com­pa­gné du mu­si­cien Har­ry James et de son or­chestre.

Le jeune Fran­cis Si­na­tra avec sa ma­man.

Avec sa troi­sième femme, Mia Far­row.

Celle avec qui il a fi­ni ses jours, Bar­ba­ra.

Le doute plane sur l’iden­ti­té du Ro­nan père de Far­row... Est-ce bien Woo­dy Al­len? La res­sem­blance avec Frank Si­na­tra est frap­pante!

Frank avec ses en­fants, Ti­na, Nan­cy et Frank Jr. Les trois ne se sont ja­mais en­ten­dus avec leur der­nière belle-mère.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.