Ti­na Tur­ner: des­tin tra­gique

L’AέNÉ DE TI­NA TUR­NER VIENT DE METTRE FIN À SES JOURS. CE­LA VIENT S’AJOU­TER AUX DRAMES QU’A VÉ­CUS LA CHAN­TEUSE AU COURS DE SA VIE. RE­TOUR SUR UNE EXIS­TENCE QUI CONTIENT SES CHA­PITRES TRA­GIQUES...

Échos vedettes - - SOMMAIRE - Ti­na Tur­ner PAR SA­BIN DESMEULES

Drame: le fils aî­né de Ti­na Tur­ner, Craig Ray­mond Tur­ner, est trou­vé mort le 3 juillet 2018 à son do­mi­cile de Los An­geles. Il s’est tué à l’aide d’une arme à feu. Au mo­ment où l’agent im­mo­bi­lier ca­li­for­nien de 59 ans met fin à ses jours, sa ma­man se trouve à Pa­ris pour la Se­maine de la mode. Elle as­siste au dé­fi­lé Gior­gio Ar­ma­ni. Le re­tour en sol amé­ri­cain est pré­ci­pi­té et dif­fi­cile pour la star de 78 ans.

ABAN­DON­NÉE PAR SES PA­RENTS

Avant d’être Ti­na Tur­ner, elle s’ap­pelle An­na Mae Bul­lock. Elle naît dans une fa­mille pauvre, à Nut­bush, un trou per­du au Ten­nes­see, le 26 no­vembre 1939. Elle est la fille de Zel­ma Cur­rie, une em­ployée d’usine, et de Floyd Ri­chard Bul­lock, un métayer, éga­le­ment em­ployé d’usine. La fa­mille est d’as­cen­dance afro-amé­ri­caine, eu­ro­péenne et amé­rin­dienne (Che­ro­kee et Na­va­jos). An­na est donc Afro-Amé­rin­dienne.

Alors qu’elle n’est en­core qu’une en­fant, son père quitte le do­mi­cile fa­mi­lial. Puis, c’est au tour de sa mère de l’aban­don­ner. Du­rant plu­sieurs an­nées, sa grande soeur, Al­line Bul­lock, et elle sont éle­vées par leur grand-ma­man, qui vit dans des condi­tions éco­no­miques très dif­fi­ciles. La fillette doit tra­vailler dans des champs de co­ton. Elle fré­quente la Flagg Grove School à Hay­wood Coun­ty (Ten­nes­see).

Un jour, les deux soeurs peuvent en­fin re­joindre leur mère à St-Louis et s’ins­tal­ler avec elle. Cette ville du Mis­sou­ri est «la ca­pi­tale du Blues». Très vite, An­na se met à fré­quen­ter les clubs mu­si­caux.

UNE CAR­RIÈRE EN AS­CEN­SION

Elle n’a que 16 ans lors­qu’elle com­mence à se pro­duire dans des boîtes mi­teuses. En 1956, elle tombe en­ceinte du saxo­pho­niste de Kings of Rhythm, Ray­mond Hill. Sa mère la chasse de la mai­son à cause de cette gros­sesse. C’est le lea­der de Kings of Rhythm, Ike

Tur­ner, qui l’hé­berge. Il lui donne aus­si sa pre­mière chance comme chan­teuse; elle est cho­riste dans son groupe. Il flaire en elle beau­coup de ta­lent. Grand fan de la BD Shee­na, reine de la jungle, Ike sur­nomme sa «reine de la scène» Ti­na.

En 1960, elle rem­place au pied le­vé une chan­teuse qui a fait faux bond pour l’en­re­gis­tre­ment du titre A Fool in Love. La voi­là pro­pul­sée sur le de­vant de la scène. En­semble, Ike et elle créent The Ike & Ti­na Tur­ner Re­vue.

Elle a 18 ans lorsque Craig naît. Entre-temps, une his­toire d’amour s’est tis­sée entre elle et Ike. En oc­tobre 1960, ils ont un en­fant en­semble, Ron­nie. Quand Ti­na épouse Ike en 1962 (à Mexi­co), il adopte son fils Craig. De son cô­té, en plus de ses deux en­fants, la chan­teuse s’oc­cupe des deux en­fants que son homme a eus d’un ma­riage pré­cé­dent avec Lorraine Tay­lor, Ike Jr. et Mi­chael.

TEN­TA­TIVE DE SUI­CIDE ET VIO­LENCE CONJU­GALE

Les tubes se mul­ti­plient: Ri­ver Deep Moun­tain High, Proud Ma­ry, Nut­bush Ci­ty Li­mits... Tou­te­fois, alors que le couple connaît un suc­cès monstre sur la scène in­ter­na­tio­nale, sa re­la­tion amou­reuse bat de l’aile. Sous l’em­prise de la drogue — no­tam­ment de la co­caïne, qui le rend agres­sif, pa­ra­noïaque et ja­loux —, Ike de­vient de plus en plus violent avec Ti­na. À cause des di­verses sub­stances qu’il prend quo­ti­dien­ne­ment, il se montre pos­ses­sif en­vers sa femme et lui dis­tri­bue sans gêne des claques. Un jour, alors qu’elle doit se pro­duire à Dal­las et qu’elle s’ap­prête à mon­ter sur scène, il lui casse une côte avec un cintre.

En 1968, l’une des ex-Ikettes — c’est ain­si que se nomment les cho­ristes et dan­seuses du duo — a une aven­ture avec le ma­ri de la chan­teuse. Lorsque Ti­na l’ap­prend, elle avale 50 com­pri­més de Va­lium. Heu­reu­se­ment, elle est trou­vée à temps et sur­vit à cette ten­ta­tive de sui­cide.

Mais le spec­tacle conti­nue, comme on dit... Dans les an­nées 1970, elle mul­ti­plie les ap­pa­ri­tions té­lé en so­lo et elle sort son pre­mier al­bum

sans Ike (mais pro­duit par lui), Ti­na Turns the Coun­try on!. Elle in­ter­prète la chan­son Acid Queen dans le film mu­si­cal des Who, Tom­my, et sort un se­cond al­bum so­lo... Elle s’éman­cipe. Mais ce­la ne fait pas l’af­faire de son ma­ri, qui re­double de vio­lence en­vers elle. Il la sé­questre de plus en plus.

Fait trou­blant: en 2005, la chan­teuse confie à Oprah Win­frey que son fils Craig, «un en­fant très sen­sible», se­lon elle, était té­moin des vio­lences que Ike lui a fait su­bir. «Il re­gar­dait tou­jours vers le sol avec tris­tesse, ra­conte-t-elle alors. Un jour, pen­dant que Ike me frap­pait, Craig a co­gné à la porte et m’a de­man­dé: “Ma­man, tu vas bien?” J’ai pen­sé: “Pi­tié, ne me bats pas à la mai­son.” Je ne vou­lais pas que mes en­fants en­tendent...»

En 1976, alors qu’elle est en pleine tour­née, Ti­na n’en peut plus. Une nuit, elle at­tend qu’il s’en­dorme et fuit le do­mi­cile fa­mi­lial avec les en­fants et peu d’ar­gent en poche. Des mois du­rant, elle doit se ca­cher chez des amis, es­pé­rant que Ike ne la trouve pas. Alors que Ike la traque avec un re­vol­ver en poche, elle est hé­ber­gée par l’ac­trice Ann-Mar­gret (l’ex-fian­cée d’El­vis).

Pe­tit à pe­tit, Ti­na re­prend sa vie en main et trouve en­fin la force de de­man­der le di­vorce. Il est of­fi­ciel­le­ment pro­non­cé en 1978. Dans les pa­piers, il est sti­pu­lé que la chan­teuse a le droit de conti­nuer à chan­ter en uti­li­sant le nom de scène sous le­quel on la connaît. En re­vanche, c’est elle qui doit as­su­mer les lourdes dettes contrac­tées par le couple à cause de l’an­nu­la­tion de sa tour­née.

LE DIF­FI­CILE PAR­DON

Au fil de sa car­rière, Ti­na mul­ti­plie les tour­nées en Eu­rope et confie être très at­ta­chée au vieux conti­nent. Quand on lui de­mande pour­quoi, elle ré­pond: «Parce que Ike Tur­ner n’y est pas...»

En dé­cembre 2007, quelques jours après la mort d’Ike Tur­ner, sa veuve, Jea­nette, im­plore pu­bli­que­ment Ti­na de par­don­ner au chan­teur les vio­lences qu’il lui a fait su­bir. L’équipe de la chan­teuse pu­blie un com­mu­ni­qué. «Ti­na n’a pas eu de contact avec Ike pen­dant plus de 35 ans. Au­cun autre com­men­taire ne se­ra fait.»

Mais dans une en­tre­vue ac­cor­dée au Times, un peu plus de 10 ans plus tard (en mars 2018), elle

ac­cepte de re­ve­nir sur son his­toire avec Ike. Dans l’in­ter­view, elle dé­clare pu­bli­que­ment pour la toute pre­mière fois qu’elle lui par­donne ses actes. Ti­na Tur­ner au­ra donc mis nombre d’an­nées — et qui sait?, peut-être des thé­ra­pies — avant d’ar­ri­ver à l’étape du par­don.

RU­MEURS DE SAN­TÉ DÉ­FAILLANTE

En 2017, des ru­meurs vou­laient que la chan­teuse ait de graves en­nuis de san­té. En en­tre­vue au Pa­ri­sien, alors qu’il vient de sor­tir un al­bum de duos, le chan­teur Ed­dy Mit­chell ré­vèle que Ti­na de­vait en faire un avec lui. «Elle a su­bi une grosse opé­ra­tion et elle est en conva­les­cence pour un mo­ment.» Il n’en faut pas plus pour que la ma­chine à ru­meurs s’em­balle sur les ré­seaux so­ciaux. «Ti­na Tur­ner est-elle gra­ve­ment ma­lade?» se de­mande-t-on. Mais au­cune pré­ci­sion n’est ja­mais don­née quant à ces en­nuis de san­té. Et, au­jourd’hui, on n’a plus beau­coup de nou­velles de la star, qui a pris sa re­traite.

ELLE RE­FAIT SA VIE

Le di­manche 21 juillet 2013. Cette date est celle d’un nou­veau dé­part pour Ti­na Tur­ner. La chan­teuse épouse son com­pa­gnon de longue date, le cadre al­le­mand de l’in­dus­trie du disque Er­win Bach, de 13 ans son ca­det. Ils sont en­semble de­puis les an­nées 1980. La cé­ré­mo­nie se dé­roule à Kus­nacht, en Suisse, pays dont elle a ob­te­nu la ci­toyen­ne­té quelques mois plus tôt. Les tour­te­reaux se disent oui sur les rives du lac de Zu­rich. Le ma­riage se dé­roule de­vant 120 convives. Par­mi eux, Oprah Win­frey et Bryan Adams. Le code ves­ti­men­taire est «tout le monde en blanc». La ma­riée, elle, porte une robe noir et vert bro­dée de cris­taux Swa­rovs­ki, si­gnée Gior­gio Ar­ma­ni. Une robe de rêve aper­çue à un dé­fi­lé à Pé­kin. «J’ai pen­sé: “Je dois l’ob­te­nir, même si je ne la porte ja­mais.” Puis j’ai pen­sé: “Ce se­ra ma robe de ma­riée!”» confie-t-elle dans les pages du ma­ga­zine Hel­lo!.

Il s’agit d’une cé­ré­mo­nie tra­di­tion­nelle boud­dhiste. Quelques jours avant, le couple s’unit ci­vi­le­ment. «C’est de ce bon­heur que tout le monde parle, quand vous ne sou­hai­tez rien, quand fi­na­le­ment vous pou­vez prendre une pro­fonde ins­pi­ra­tion et dire: “Tout est par­fait.” C’est un mer­veilleux en­droit où être!» dé­clare la nou­velle ma­riée en en­tre­vue.

Il est de ces êtres qui n’ont pas le bon­heur fa­cile. Alors qu’elle ar­rive en­fin à être heu­reuse, ces der­nières an­nées, Ti­na Tur­ner vit le pire cau­che­mar d’une mère: la perte de son fils. Cette femme, qui a connu une grande car­rière en­vers et contre tout, ar­ri­ve­ra-t-elle à re­trou­ver la paix? On le lui sou­haite...

En 2013, le dé­funt, Craig, avait l’air heu­reux au ma­riage de sa mère, Ti­na, avec Er­win Bach. Ils po­saient aux côtés d’Oprah Win­frey et de son amie et as­sis­tante, Gayle King.

VIALAPAGEFACEBOOKOFFICIELLEDEJEFFLEATHAM PHO­TO: Ti­na n’a que 16 ans lors­qu’elle fait la connais­sance d’Ike Tur­ner, qui lui donne sa chance... puis l’épouse! C’était la belle époque! En jan­vier 1969, deux grandes voix se sont fait en­tendre en har­mo­nie. Ti­na a chan­té avec Ja­nis Jo­plin.

Rares sont les pho­tos de Ti­na avec ses fils. Ici, en 1972, Ike et la chan­teuse posent avec eux. Dans la ran­gée de der­rière, de gauche à droite, Mi­chael (le fils d’Ike et Lorraine Tay­lor), Ike Tur­ner et Ike Jr. (le fils d’Ike et Lorraine Tay­lor), puis de­vant, Craig (le dé­funt fils de Ti­na et Ray­mond Hill), Ti­na et Ron­nie (le fils d’Ike et Ti­na).

Ti­na et Ike en 1966, époque où il la bat­tait. Ils sont en com­pa­gnie du pro­duc­teur Phil Spec­tor. En 2003, Spec­tor se­ra ac­cu­sé du meurtre d’une jeune ac­trice.

En 1975 dans Tom­my, le film des Who. Après sa pé­riode avec Ike, Ti­na ar­rive à re­bon­dir et connaît un suc­cès in­es­pé­ré. En 1984, elle ob­tient un disque pla­tine et, l’an­née d’après, des Gram­mys (aux côtés de Lio­nel Ri­chie) et une ré­com­pense aux Ame­ri­can Mu­sic Awards. La chan­teuse avec les Ikettes, en 1971.

Sur cette pho­to prise en 1971, Ti­na semble si triste.

Ti­na, à la Se­maine de la mode à Pa­ris, avec son ma­ri, Er­win Bach. C’est le 3 juillet 2018. Elle ne le sait pas en­core, mais son fils met­tra bien­tôt fin à ses jours.

En 1986, elle pu­blie son autobiographie I, Ti­na (Moi, Ti­na). On y ap­prend alors qu’elle a été vic­time de vio­lences de la part d’Ike Tur­ner des an­nées du­rant.

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