«L’HEP­TADE A ÉLE­VÉ LES SPEC­TACLES QUÉ­BÉ­COIS À UN AUTRE NI­VEAU»

Échos vedettes - - TÉLÉVISION SUGGESTIONS - — SYL­VAIN MÉ­NARD

En mai 1977, l’ani­ma­teur et ch­ro­ni­queur a as­sis­té à l’une des trois my­thiques re­pré­sen­ta­tions de L’Hep­tade au Centre spor­tif de l’Uni­ver­si­té de Mont­réal. «Avant, un show se fai­sait avec un éclai­ra­giste et un so­no­ri­sa­teur. Souvent, le même gars com­bi­nait les deux jobs. L’Hep­tade a éle­vé les spec­tacles qué­bé­cois à un autre ni­veau. On n’avait ja­mais vu des éclai­rages comme ceux qu’avait réa­li­sés Pierre La­bon­té. Il y avait aus­si des pro­jec­tions de chaque cô­té de la scène, mais aus­si sur un tulle dis­po­sé de­vant celle-ci. Pen­dant Comme un sage, on pro­je­tait des nuages à tra­vers les­quels on voyait le band. En plus, il y avait de la glace sèche qui fai­sait de la bou­cane. Je ne pre­nais pas de dope, mais ceux qui en pre­naient ont dû po­gner de quoi en mau­dit!» illustre-t-il en riant.

À cette époque, Harmonium était au sum­mum de sa po­pu­la­ri­té. On s’ar­ra­chait lit­té­ra­le­ment les places. «Il y avait tel­le­ment de monde que des spec­ta­teurs de­vaient s’as­seoir dans les es­ca­liers. Si le feu po­gnait, on mou­rait. C’était im­pos­sible de se le­ver, même pour al­ler à la toi­lette.»

Le dis­po­si­tif scé­nique, qui était im­po­sant, im­pli­quait une équipe gi­gan­tesque et, par consé­quent, des frais très im­por­tants. Syl­vain Mé­nard es­time qu’Harmonium a éle­vé les stan­dards de l’in­dus­trie. Mais il fait aus­si va­loir un autre point de vue: «Gilles Va­li­quette avait une drôle d’in­ter­pré­ta­tion de l’in­fluence d’Harmonium dans le mi­lieu du spec­tacle. Il di­sait que le groupe n’avait pas re­lan­cé le mar­ché du spec­tacle, mais l’avait plu­tôt tué, parce que, au prix que ça coû­tait aux po­ly­va­lentes et aux cé­geps pour le pré­sen­ter, il ne leur res­tait plus d’ar­gent pour payer d’autres ar­tistes.» Il donne un exemple de l’am­pleur du pro­jet: «Pour ins­tal­ler le ma­té­riel du cla­vié­riste Serge Lo­cat, il y avait un gars qui était ex­clu­si­ve­ment af­fec­té aux bran­che­ments des fils, et ça lui pre­nait une de­mi-jour­née! Les gars al­laient loin et pre­naient énor­mé­ment de risques.» Mais le jeu en va­lait la chan­delle.

UN TRISTE 9 SEP­TEMBRE

Si Syl­vain Mé­nard a connu le meilleur d’Harmonium, il a aus­si été té­moin du pire. «J’ai vu ce qui a été l’une de leurs toutes der­nières per­for­mances. C’était le 9 sep­tembre 1978, au Parc Jar­ry, dans le cadre de l’évé­ne­ment Sur le ga­zon, sous les étoiles en ville. Le show avait été in­ter­mi­nable parce qu’il y avait plu­sieurs ar­tistes au pro­gramme. Ça avait com­men­cé à mi­di avec Jo­ce­lyn Bé­ru­bé et ça avait du­ré jus­qu’à 23 h. Il ne fai­sait pas froid, mais frette! Quand Harmonium est ar­ri­vé sur scène, on n’était plus ca­pables de s’en­du­rer. Ça fai­sait dé­jà 10 heures qu’on était là. Je me sou­viens que le groupe avait joué du ma­té­riel de Fio­ri-Sé­guin, dont Ça fait du bien.»

À cette époque, le lea­der du groupe n’al­lait pas bien. Vrai­ment pas bien. C’était le dé­but de la fin. Mais ce soir-là, les spec­ta­teurs n’en sa­vaient rien. «On les avait at­ten­dus toute la jour­née et on les avait trou­vés chiches. On pen­sait que c’était parce qu’ils se pen­saient au-des­sus de leurs af­faires mais, avec tout ce qu’on a ap­pris par la suite, on a com­pris que c’est parce que le groupe s’ap­prê­tait à se dis­soudre. On ne sa­vait pas que c’était l’un des der­niers concerts du groupe.»

Puis est pa­ru en 1980 l’al­bum live Harmonium en tour­née. «On croyait que c’était pour nous faire pa­tien­ter en at­ten­dant du nou­veau ma­té­riel...» Il s’est avé­ré qu’il s’agis­sait plu­tôt du tes­ta­ment du groupe-culte.

ANI­MA­TEUR AU 98,5, SYL­VAIN MÉ­NARD EST UN OB­SER­VA­TEUR PRI­VI­LÉ­GIÉ DE LA SCÈNE MU­SI­CALE DE­PUIS LES AN­NÉES 1970. AU-DE­LÀ DE L’INESTIMABLE CONTRI­BU­TION MU­SI­CALE D’HARMONIUM, IL RAP­PELLE À QUEL POINT SES SPEC­TACLES ONT ÉLE­VÉ LES STAN­DARDS.

J.-F. B.

En 1977, le groupe sa­lue à la fin d’un spec­tacle de la tour­née L’Hep­tade. Dans l’ordre ha­bi­tuel: Serge Lo­cat, Li­bert Su­bi­ra­na, Mo­nique Fau­teux, Serge Fio­ri, Louis Va­lois, Ro­bert Stan­ley et De­nis Far­mer.

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