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Pour­quoi les vê­te­ments lo­caux coûtent si cher ?

- CA­THE­RINE GENEST ca­the­rine.genest @que­be­cor­me­dia.com China · Montreal · Canada

Pour 220 $ avant taxes, vous pou­vez ache­ter une robe Ève Gra­vel fa­bri­quée à Mon­tréal ou sept robes H&M confec­tion­nées en Chine. Pour­quoi les vê­te­ments conçus et pro­duits ici coûtent-ils si cher ? Qu’est-ce qui peut ex­pli­quer un tel écart de prix ? On en dis­cute avec deux créa­trices d’ici.

Il faut d’abord dis­tin­guer les com­pa­gnies mont­réa­laises qui en­voient leurs pa­trons dans des usines à l’étran­ger de celles qui font le choix de pro­duire ici, mal­gré un net désa­van­tage sur le plan des pro­fits. L’en­tre­prise d’ève Gra­vel ap­par­tient à la deuxième ca­té­go­rie. La de­si­gner mont­réa­laise fait ex­clu­si­ve­ment af­faire avec des cou­tu­rières et cou­tu­riers du 514.

« De tra­vailler avec la Chine, avec quel­qu’un que je ne connais pas et qui ne parle pas la même langue, pour moi, c’était un gros casse-tête. En plus, il y a l’as­pect de la ré­mu­né­ra­tion qui me tra­cas­se­rait [si je fai­sais af­faire avec la Chine]. Je me de­man­de­rais tou­jours qui fait mes vê­te­ments, si ce sont des en­fants.

« Là, ce que j’aime, c’est que mes cou­tu­rières sont à Mon­tréal. C’est tel­le­ment plus agréable d’ana­ly­ser les cor­rec­tions en­semble et d’être face à face. C’est à échelle hu­maine. Je le sais, aus­si, que je par­ti­cipe à l’éco­no­mie lo­cale. »

Ar­ti­sa­nal

À l’ins­tar d’ève Gra­vel, qui em­ploie­ra bien­tôt neuf per­sonnes à temps plein, Noé­mie Vaillan­court en­tre­tient un lien pri­vi­lé­gié avec celles et ceux qui lui prêtent leur ta­lent.

Dans son cas, le mode de pro­duc­tion est en­core plus ar­ti­sa­nal. Le coût de ses vê­te­ments, 319 $ pour cette robe de la plus ré­cente col­lec­tion par exemple, en té­moigne.

« Je tra­vaille avec une illus­tra­trice, un bro­deur, une dame qui m’aide à coudre de­puis le dé­but et un cou­peur pour les tis­sus.

« Entre Ève et moi, c’est quand même très dif­fé­rent. Pour ma part, j’es­saie vrai­ment de mi­ser sur le fait que les robes sont ajus­tées sur me­sure, ex­plique la créa­trice. Les mor­ceaux passent tou­jours entre mes mains avant d’être li­vrés. »

Na­ger à contre-cou­rant

Dix-huit ans après la créa­tion de la marque qui porte son nom, Ève Gra­vel confie qu’il est en­core très dif­fi­cile de trou­ver de la main-d’oeuvre. Et il n’y a pas beau­coup de re­lève.

« C’est une in­dus­trie qui n’est pas tel­le­ment sou­te­nue par les gou­ver­ne­ments. L’in­dus­trie de la ma­nu­fac­ture a été aban­don­née dans les années 19801990. Tout le monde s’est mis à pro­duire en Chine et des ate­liers de cou­ture, il n’y en avait presque plus.

« Nous, les de­si­gners du Qué­bec ou même du Ca­na­da, on s’est mis à sous-trai­ter avec des pe­tites équipes. Des cou­tu­rières qui tra­vaillent de chez elles, par exemple. Avoir une cou­tu­rière, c’est presque comme trou­ver une épingle dans une botte de foin. »

Après coup, for­cé­ment, il faut payer ces perles rares au juste prix.

In­ter­ro­gée sur cette ques­tion, Ève Gra­vel ré­pond que l’une de ses mis­sions comme de­si­gner est d’évi­ter toute forme de « cheap la­bor ».

« Je tra­vaille en sous-trai­tance, donc je ne sais pas exac­te­ment quel est leur taux ho­raire. Moi, je ne les paie pas à l’heure, mais au vê­te­ment.

Si je paie 23 $ pour une robe et qu’une cou­tu­rière met une heure pour la faire, elle se­ra payée 23 $ par heure. En même temps, ça peut aus­si lui prendre une heure et quart ou 45 mi­nutes.

« On es­saie d’être quand même as­sez pré­cis [dans notre éva­lua­tion du temps de pro­duc­tion], mais après, eux, ils sont en­core plus ex­pé­ri­men­tés que nous à l’in­terne. En plus, à la chaîne, tu gagnes du temps. »

Qu’elle soit ar­ti­sa­nale ou sim­ple­ment éthique, la confec­tion lo­cale gagne du ter­rain dans le coeur des gens. Une ob­ser­va­tion que par­tagent les deux créa­trices. Mal­gré la crise éco­no­mique pro­vo­quée par la CO­VID-19, leurs en­tre­prises se portent bien.

« C’est sûr que de­puis le dé­but, je vends plus aux État­sU­nis à cause du taux de change et parce que j’uti­lise la pla­te­forme Et­sy, dé­taille Noé­mie. En même temps, le confi­ne­ment a ame­né beau­coup de Qué­bé­cois [à s’in­té­res­ser à son en­tre­prise], de gens qui se disent de­puis long­temps qu’ils veulent ache­ter une robe Noe­miah. »

« Je pense qu’il reste en­core de l’édu­ca­tion à faire sur la consom­ma­tion », nuance Ève, ajou­tant que la pan­dé­mie a pu, d’une cer­taine ma­nière, mettre les vê­te­ments pro­duits ici en lu­mière. « Les gens sont plus ou­verts que ja­mais, on le voit dans nos ventes en ligne. »

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– PHO­TO JOËL LE­MAY/AGENCE QMI Noé­mie Vaillan­court dans son ate­lier de créa­tion de vê­te­ments à Mon­tréal.
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– PHO­TO COURTOISIE ÈVE GRA­VEL Un haut si­gné Ève Gra­vel qui se dé­taille à 184 $ avant taxes.

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