24 Heures

Le cam­ping Notre-dame éva­cué

Le cam­pe­ment de per­sonnes iti­né­rantes si­tué le long de la rue Notre-dame a fi­na­le­ment été éva­cué hier, deux jours après qu’un in­cen­die y eut ra­va­gé une tente, heu­reu­se­ment sans faire de bles­sés.

- LOUIS-PHI­LIPPE MESSIER ET CA­MILLE LALANCETTE – AVEC L’AGENCE QMI

La Ville n’a pas lé­si­né sur les moyens pour dé­man­te­ler le cam­pe­ment de for­tune de la rue Notre-dame et en évin­cer les iti­né­rants qui y lo­geaient de­puis le prin­temps der­nier.

Plu­sieurs cen­taines de po­li­ciers, dont quatre agentes à cheval et la bri­gade an­ti­émeute, ont bou­clé un vaste pé­ri­mètre en blo­quant la rue Sainte-ca­the­rine de la rue Mo­reau jus­qu’à la rue Da­vid­son, ain­si que toutes les rues et ruelles at­te­nantes.

Rap­pe­lons que les cam­peurs avaient re­çu di­manche un avis d’évic­tion de la part du Ser­vice de sé­cu­ri­té in­cen­die de Mon­tréal. Sa­me­di, un feu créé par une bou­gie avait ra­va­gé une tente et les flammes avaient lé­ché une bom­bonne de pro­pane, qui au­rait pu prendre feu et pro­vo­quer une ca­tas­trophe.

Dans le calme

Plu­sieurs po­li­ciers étaient sur place dès l’aube hier. Les évic­tions se sont dé­rou­lées dans le calme à par­tir de 9 h, et les cam­peurs avaient le droit d’ap­por­ter deux sacs d’ef­fets per­son­nels avec eux au YMCA d’ho­che­la­ga, qui a été amé­na­gé en re­fuge pour l’oc­ca­sion (voir texte en page 4). Le reste de leurs biens qu’ils sou­hai­taient conser­ver al­laient être en­tre­po­sés par la Ville.

« J’étais sor­tie quand le pé­ri­mètre a été éta­bli tôt ce ma­tin, alors je ne pou­vais plus re­tour­ner à ma tente et je voyais au loin les po­li­ciers qui fouillaien­t dans mes af­faires », ra­conte France, une femme de 61 ans qui lo­geait au cam­pe­ment Notre-dame de­puis plu­sieurs se­maines.

« J’ai fran­chi le cor­don et ils ont fi­na­le­ment ac­cep­té que je me ra­masse. Une di­zaine de po­li­ciers m’en­tou­raient en me re­gar­dant sans m’ai­der. L’un d’eux me ré­pé­tait de me dé­pê­cher. J’avais quinze mi­nutes, qu’il me ré­pé­tait. J’ai été obli­gée de m’en al­ler sans sa­voir quel nu­mé­ro ils al­laient don­ner à mes af­faires pour pou­voir les re­trou­ver plus tard quand ils les au­ront sto­ckées », nous a-t-elle ra­con­té.

Ma­ni­fes­tants

Une cin­quan­taine de ma­ni­fes­tants se sont dé­pla­cés pour té­moi­gner leur sou­tien aux cam­peurs. Par­mi eux, Jé­ré­mie La­marche, qui se dé­so­lait de voir au­tant d’ef­fec­tifs po­li­ciers for­cer le dé­man­tè­le­ment du cam­pe­ment. Il se dé­so­lait de l’évic­tion, car, se­lon lui, la meilleure mé­thode pour ve­nir en aide à des per­sonnes en si­tua­tion d’iti­né­rance, c’est d’ex­po­ser leur réa­li­té au lieu de créer un stig­mate.

« On a deux choix, soit que l’on re­con­naît et qu’on s’at­taque aux causes struc­tu­relles de ce pro­blème-là ou qu’on en­voie la po­lice et qu’on sort tout le monde et qu’on es­saie de ca­cher ces per­sonnes-là. Vi­si­ble­ment, c’est la deuxième op­tion qui a été choi­sie », lance ce­lui qui étu­die en tech­niques de tra­vail so­cial.

« Je pense que le ser­vice in­cen­die a l’ex­per­tise pour les ac­com­pa­gner pour qu’ils puissent res­ter et qu’ils chauffent leur tente sé­cu­ri­tai­re­ment. Je pense que c’est la mau­vaise fa­çon de tout dé­mo­lir, ils vont de­voir tout re­com­men­cer », ajoute-t-il.

Or­ga­nismes en co­lère

Des re­pré­sen­tants du Ser­vice de po­lice de la Ville de Mon­tréal (SPVM) se sont en­tre­te­nus, en avant-mi­di, avec des in­ter­ve­nants so­ciaux fâ­chés de ne pas pou­voir ai­der les cam­peurs à dé­mé­na­ger vu le pé­ri­mètre de sé­cu­ri­té.

« Ce n’est pas du tout comme ça que ça de­vait se dé­rou­ler », dé­plore Mi­chel Mo­nette, le di­rec­teur de Care, l’or­ga­nisme qui doit prendre en charge les évin­cés dans les lo­caux de l’an­cien YMCA d’ho­che­la­ga. Il n’a fi­na­le­ment eu ac­cès au site qu’à par­tir de 13 h 45, après le dé­part de la ma­jo­ri­té des cam­peurs.

Une ving­taine de bé­né­voles ve­nus prê­ter main-forte pour le dé­mé­na­ge­ment se sont aus­si re­trou­vés blo­qués en de­hors du pé­ri­mètre. Fri­go­ri­fiés après plu­sieurs heures d’at­tente à pa­tien­ter, cer­tains étaient ren­trés chez eux en mi­lieu de ma­ti­née.

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– PHO­TOS MAXIM EDE LAN DE TM ARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI
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1. L e sr ési­dents du cam­ping ont pu em­por­ter deux sacs cha­cun au re­fuge. 2. Des ma­ni­fes­tants sont ve­nus montre rl eur sou­tien aux cam­peurs. 3. Les ob­jets que les cam­peurs n’ont pas vou­lu faire en­tre­po­ser ont été je­tés par des cols bleus de la Ville.

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