24 Heures

Le siège d’ap­point, ce contra­cep­tif mé­con­nu

- LOUIS-PHI­LIPPE MESSIER Family · Parenting · Kids · David M. Solomon

Les lois qui obligent l’uti­li­sa­tion de sièges d’ap­point de plus en plus long­temps dans la vie des en­fants sont for­te­ment cor­ré­lées à la di­mi­nu­tion des fa­milles de trois en­fants et plus, puisque ce­la équi­vaut presque à une obli­ga­tion de se pro­cu­rer une four­gon­nette, ré­vèle une étude scien­ti­fique amé­ri­caine pu­bliée en sep­tembre der­nier par des cher­cheurs du Mas­sa­chu­setts Ins­ti­tute of Tech­no­lo­gy et du Col­lège de Bos­ton.

De 2007 à 2018 aux État­su­nis, se­lon la plu­part des mo­dèles de va­ria­tions dé­mo­gra­phiques dé­ve­lop­pés au cours du XXE siècle, le taux de fé­con­di­té au­rait dû aug­men­ter. Or, il a chu­té. De 2,12 en 2007, il est tom­bé à 1,78 en 2018. Les scien­ti­fiques cherchent donc à ex­pli­quer ce dé­clin en uti­li­sant de nou­velles hy­po­thèses.

Par­mi les fac­teurs à consi­dé­rer, se­lon les cher­cheurs, il y a la contrainte sé­cu­ri­taire très coû­teuse pour qui­conque veut agran­dir sa fa­mille au-de­là du deuxième en­fant : celle de four­nir un siège d’ap­point à chaque en­fant… dans cer­tains États amé­ri­cains jus­qu’à l’âge de 12 ans. Car elle est fi­nie, l’époque in­sou­ciante des cinq en­fants al­lè­gre­ment en­tas­sés à qui mieux sur la ban­quette ar­rière.

Coû­teux

« Ces lois ont consi­dé­ra­ble­ment aug­men­té le coût d’avoir des en­fants pour les femmes qui ont dé­jà deux jeunes en­fants, et qui en­vi­sagent d’en avoir un troi­sième, écrivent Ni­cker­son et So­lo­mon. […] Plu­sieurs voi­tures ne peuvent pas fa­ci­le­ment ac­cueillir trois sièges pour en­fants sur la ban­quette ar­rière. […] Ce­la fait aug­men­ter tout spé­cia­le­ment le coût du troi­sième en­fant pour plu­sieurs fa­milles, en né­ces­si­tant l’achat d’un vé­hi­cule plus grand. Les choix les plus com­modes, comme les ca­mion­nettes, posent les pro­blèmes ad­di­tion­nels d’être dis­pen­dieux et peu à la mode. »

En fonc­tion des États, des dif­fé­rentes lois et de leur évo­lu­tion, les cher­cheurs ont pu me­su­rer sta­tis­ti­que­ment l’ef­fet « contra­cep­tif » du siège pour en­fant. Les pro­fes­seurs Jor­dan Ni­cker­son et Da­vid So­lo­mon ne se sont pas conten­tés d’éva­luer les en­fants sau­vés par l’obli­ga­tion du siège, mais aus­si ceux qui, en rai­son du siège, ne sont ja­mais nés. « Nous es­ti­mons que ces lois n’ont pré­ve­nu que 57 morts d’en­fants au cours d’ac­ci­dents de voi­ture par­tout au pays en 2017. Si­mul­ta­né­ment, elles ont conduit à une ré­duc­tion per­ma­nente d’ap­proxi­ma­ti­ve­ment 8000 nais­sances la même an­née, ain­si qu’à 145 000 nais­sances en moins de­puis 1980, avec 90 % de ce dé­clin sur­ve­nu de­puis 2000. »

Far­fe­lu

Et « ré­tro­pro­je­tant » leurs es­ti­ma­tions, Ni­cker­son et So­lo­mon cal­culent que si les contrainte­s sé­cu­ri­taires ac­tuelles avaient été en vi­gueur de­puis 1980, elles au­raient pré­ve­nu 350 000 nais­sances. Ils en concluent que l’obli­ga­tion du siège n’est pas so­cia­le­ment dé­si­rable puisque chaque vie sau­vée par ces me­sures coûte de 55 à 147 « vies pré­ve­nues ».

Si ce rai­son­ne­ment très « sta­tis­ti­co-sta­tis­ti­cien » vous dé­con­certe, vous n’êtes pas seul : le ma­ga­zine The Eco­no­mist qua­li­fie cette fa­çon de pla­cer sur les pla­teaux op­po­sés d’une ba­lance les vies sau­vées d’en­fants réels et les vies d’en­fants non nés de « cal­cul mo­ral étrange ». Ali­sa Baer, une pé­diatre new-yor­kaise spé­cia­li­sée dans les sièges pour en­fants, juge far­fe­lue cette par­tie du tra­vail de Ni­cker­son et So­lo­mon.

Ce­la dit, leur hy­po­thèse cen­trale, le fait que l’obli­ga­tion du siège d’au­to en­traîne une baisse de na­ta­li­té, semble bel et bien fon­dée.

 ??  ??

Newspapers in French

Newspapers from Canada