24 Heures

Les bars pour­raient être désa­van­ta­gés

Des te­nan­ciers de bars craignent que les nou­velles ré­gle­men­ta­tions sur la vente d’al­cool les désa­van­tagent et créent une plus grande com­pé­ti­tion entre les res­tau­ra­teurs et eux.

- – ALEX PROTEAU, AGENCE QMI

Le pro­jet de loi 72, adop­té ven­dre­di, per­met aux res­tau­ra­teurs de ser­vir de l’al­cool dans leurs éta­blis­se­ments sans que les consom­ma­teurs ne doivent com­man­der de re­pas.

Fran­cis Ro­drigue, pro­prié­taire de cinq bars et res­tau­rants dans le grand Mon­tréal, voit se pro­fi­ler da­van­tage de concur­rence entre res­tau­rants et bars.

Même si leur cui­sine ne fonc­tionne pas à plein ré­gime pas­sé une cer­taine heure, les res­tau­rants pour­ront quand même gar­der leurs portes ou­vertes et se com­por­ter es­sen­tiel­le­ment comme un bar, où les gens iront en­chaî­ner les consom­ma­tions al­coo­li­sées, tant qu’un cui­si­nier est sur place.

« Vous com­pre­nez que le com­mer­çant qui a un pe­tit lo­cal avec un cui­si­nier a le droit de rem­plir sa place, car c’est un res­tau­rant. Tant et aus­si long­temps que tu as un cui­si­nier et un per­mis de la MAPAQ, tu as le droit. Tant que ta cui­sine est ou­verte, tu as le droit », a-t-il dit.

Autre pro­blème : dans cer­taines villes qué­bé­coises, des règles li­mitent le nombre de per­mis de bars pour ne pas créer de sa­tu­ra­tion. M. Ro­drigue s’in­quiète que s’il est trop dif­fi­cile d’ob­te­nir un per­mis de bar, plu­sieurs en­tre­pre­neurs ou­vri­raient des res­tau­rants qu’ils gé­re­raient comme des bars.

Li­vrai­son d’al­cool

Les res­tau­rants peuvent do­ré­na­vant vendre de l’al­cool ac­com­pa­gné d’ali­ments même en pas­sant par un tiers-ser­vice (par exemple, Uber Eats), ce que les bars ne peuvent pas faire s’ils n’ont pas de per­mis de res­tau­rant.

« Le gou­ver­ne­ment a com­plè­te­ment ex­clu les per­mis de bar du pro­jet de loi 72. Nous de­vons pou­voir vendre du vin, de la bière et des cock­tails sans nour­ri­ture pour em­por­ter im­mé­dia­te­ment, si­non toute cette in­dus­trie risque de ne pas sur­vivre à la pan­dé­mie », dé­plore An­drew Whi­bley, le pro­prié­taire du bar à cock­tail le Cloak Room, dans le Vieux­port de Mon­tréal.

Ke­vin De­mers, pro­prié­taire des bars El Pe­queño et le Cold Room, à proxi­mi­té du Cloak Room, ne com­prend pas pour­quoi il est pos­sible de li­vrer de l’al­cool sans re­pas en On­ta­rio, mais pas au Qué­bec. Après 20 ans dans le do­maine, ce­lui-ci sent que l’in­dus­trie des bars est mal vue par le gou­ver­ne­ment. M. De­mers, M. Whi­bley, tout comme M. Ro­drigue, sont tou­te­fois una­nimes : le per­mis de bar et de res­tau­rant de­vrait n’être qu’un.

Pour ai­der

Se­lon la porte-pa­role de la RACJ, Joyce Trem­blay, ce pro­jet de loi est réa­li­sé pour ai­der et non pour nuire. « On n’a pas fait ça pour tuer l’in­dus­trie des bars ! », a-t-elle men­tion­né. C’est la RACJ qui a écrit ce pro­jet de loi dé­po­sé par la vice-pre­mière mi­nistre Ge­ne­viève Guil­bault.

« Le but de la Ré­gie n’a pas été de trans­for­mer les ti­tu­laires de per­mis de res­tau­rants en per­mis de bar. Ça a été d’as­sou­plir la ri­gi­di­té, car ils ne pou­vaient pas ser­vir [d’al­cool] », a-t-elle sou­li­gné.

Mme Trem­bla y croit aus­si que les ti­tu­laires d’un per­mis de bar dé­tiennent des avan­tages uniques à leur per­mis, tel l’ ac­cès aux ap­pa­reils de lo­te­rie vi­déo.

Elle ajoute que des me­sures ont été prises afin d’ai­der les te­nan­ciers de bars à ob­te­nir un per­mis de res­tau­rant ra­pi­de­ment. « Il faut qu’il y ait une cui­sine », a-t-elle te­nu à rap­pe­ler.

 ?? – PHO­TO AGENCE QMI/ALEX PROTEAU ?? Le pro­prié­taire du bar le Cloak Room, An­drew Whi­bley (à gauche), et le pro­prié­taire des bars El Pe­queño et Cold Room, Ke­vin De­mers.
– PHO­TO AGENCE QMI/ALEX PROTEAU Le pro­prié­taire du bar le Cloak Room, An­drew Whi­bley (à gauche), et le pro­prié­taire des bars El Pe­queño et Cold Room, Ke­vin De­mers.

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