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Pré­pa­rez-vous : les po­li­ti­ciens ar­rivent sur Tiktok

Pré­pa­rez-vous men­ta­le­ment : Tiktok de­vrait être inon­dé de conte­nus po­li­tiques lors des élec­tions ca­na­diennes, qui pour­raient se te­nir dès ce prin­temps.

- Ca­mille La­lan­cette Politics · Canada · New Democratic Party (Canada) · Jagmeet Singh · Ottawa · Fleetwood Mac · Justin Trudeau · James Jones

« La pro­chaine cam­pagne élec­to­rale de­vrait se jouer sur Tiktok », croit carrément Daniella John­son-meneghini, stratège en com­mu­ni­ca­tion nu­mé­rique qui a tra­vaillé au­près de po­li­ti­ciens, d’agences et d’en­tre­prises.

La fa­çon dont Tiktok fait cir­cu­ler le conte­nu est par­faite pour per­mettre aux po­li­ti­ciens d’al­ler at­ti­rer l’at­ten­tion d’un nou­vel au­di­toire.

« Le conte­nu que tu vois n’est pas ba­sé sur qui tu suis. Alors, du cô­té des ré­per­cus­sions po­li­tiques, on vient dé­truire les chambres à écho et ou­vrir les ho­ri­zons. Évi­dem­ment, l’al­go­rithme va al­ler cher­cher un peu de ce que tu aimes, mais on va tou­jours te pré­sen­ter un point de vue plus nou­veau », ex­plique-t-elle.

En plus, au Ca­na­da et sur­tout au Qué­bec, le champ est libre. « Le pro­chain po­li­ti­cien qué­bé­cois ou mont­réa­lais qui va in­ves­tir la pla­te­forme de la bonne fa­çon va avoir une lon­gueur d’avance sur tous les autres, j’en suis cer­taine », ajoute-t-elle.

C’est vrai que les po­li­ti­ciens se­raient fous de se pri­ver de cet au­di­toire. Le nombre d’abon­nés à Tiktok a bon­di en 2020 et re­joint évi­dem­ment une tranche d’âge convoi­tée par les par­tis.

Le chef du NPD, Jag­meet Singh, s’est lan­cé sur la pla­te­forme à l’été 2019. Son compte cu­mule près de 547 000 abon­nés et ses vi­déos les plus po­pu­laires ont ré­col­té entre 3 et 5 mil­lions de vi­sion­ne­ments.

JUS ET PRO­JETS DE LOI

Ses vi­déos sur Tiktok sont va­riées : il danse, il dif­fuse des ex­traits de ses dis­cours à Ot­ta­wa, il re­prend des mèmes, il s’adresse di­rec­te­ment à la caméra pour abor­der des en­jeux sé­rieux...

Et le plus im­por­tant : il suit les ten­dances et a clai­re­ment com­pris les codes de Tiktok. « Il fait les chal­lenges, les danses, les duets... toutes ces choses-là qu’on voit pas­ser, il les fait. Il uti­lise les mo­ments, les trends et il ne les adapte pas tou­jours à son mes­sage po­li­tique, il y a un cer­tain équi­libre dans son conte­nu », re­marque Daniella John­son-meneghini.

Quand il a fait sa ver­sion de la po­pu­laire vi­déo de Na­than Apo­da­ca qui rou­lait sur son ska­te­board en bu­vant du jus de can­ne­berges au son de Dreams de Fleet­wood Mac, Singh ne fai­sait pas ex­pli­ci­te­ment de po­li­tique, c’était juste drôle. Quand il a col­la­bo­ré avec le cé­lèbre tik­to­keur James Jones (alias@no­to­rious­cree), il n’était pas ques­tion des po­li­tiques du NPD.

Mais quand il fait des vi­déos ex­pli­ca­tives pour cri­ti­quer le pre­mier mi­nistre Jus­tin Tru­deau, pas de doute : on est à fond dans la po­li­tique. C’est sur cette fine ligne que de­vront mar­cher les po­li­ti­ciens qui se lancent sur Tiktok, croit la spé­cia­liste.

Tiktok n’est pas une pla­te­forme fa­cile pour les po­li­ti­ciens. Le conte­nu po­pu­laire est ce­lui qui re­prend les concepts du mo­ment en y ajou­tant sa propre cou­leur. Mais même avec de la créa­ti­vi­té, c’est dif­fi­cile de par­ler de fi­nances pu­bliques en re­pre­nant des in­side jokes.

Et le conte­nu qui ne cor­res­pond pas à ça risque d’être lais­sé pour compte par l’al­go­rithme. Aus­si, beau­coup de per­sonnes sur Tiktok n’ont pas l’âge lé­gal pour vo­ter. « Les jeunes entre 14 et 16 ans qui sont sur Tiktok, ce sont les élec­teurs de de­main. Ils consomment du conte­nu de po­li­ti­ciens, d’ac­ti­vistes, d’or­ga­ni­sa­tions di­verses et ils échangent entre eux. C’est la gé­né­ra­tion Z qui est en train de s’in­for­mer, de for­mer sa pen­sée po­li­tique et qui ouvre ses ho­ri­zons », ex­plique Daniella John­son-meneghini.

BON POUR LES PRO­GRES­SISTES

Le suc­cès d’un po­li­ti­cien sur Tiktok dé­pend aus­si de son al­lé­geance po­li­tique. Jag­meet Singh est im­pli­qué dans plu­sieurs mou­ve­ments so­ciaux qui car­tonnent sur Tiktok et qui sont chers à ses abon­nés ; c’est entre autres pour­quoi il per­forme si bien sur cette pla­te­forme, ex­plique Nel­lie Brière, aus­si stratège en com­mu­ni­ca­tion nu­mé­rique.

Se­lon elle, la plu­part du conte­nu qui fonc­tionne bien sur Tiktok en ce mo­ment prône la jus­tice so­ciale et des idées de gauche. Les par­tis conser­va­teurs ris­que­raient d’y être moins bien ac­cueillis par le pu­blic, et leurs vi­déos pour­raient four­nir des mu­ni­tions à leurs ad­ver­saires, qui s’en mo­que­raient, sou­lève la spé­cia­liste.

« Ce se­rait contre-pro­duc­tif, les gens vont se ser­vir de ces vi­déos-là pour faire l’ef­fet in­verse. À par­tir du mo­ment où tu crées du conte­nu, il de­vient ac­ces­sible à tous et peut être réuti­li­sé pour faire des vi­déos vi­rales », dit-elle.

« Le pro­chain po­li­ti­cien qué­bé­cois ou mont­réa­lais qui va in­ves­tir la pla­te­forme de la bonne fa­çon va avoir une lon­gueur d’avance sur tous les autres, j’en suis cer­taine »

– DANIELLA JOHN­SON-MENEGHINI,

STRATÈGE EN COM­MU­NI­CA­TION NU­MÉ­RIQUE

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