24 Heures

Il y a un urgent be­soin pour des « vrais cours » d’édu­ca­tion sexuelle

- Maxime Au­ger Sex Education · Education · Quebec Solidaire · Véronique Hivon · Montreal

De­puis le dé­but des an­nées 2000, le gou­ver­ne­ment compte sur les profs du Qué­bec pour pas­ser des no­tions d’édu­ca­tion sexuelle à leurs élèves à tra­vers le conte­nu des autres cours. Par­ler de condoms entre deux règles de gram­maire, c’est pas évident, et pour­tant on ne semble pas près d’ins­tau­rer des cours consa­crés à ce su­jet et don­nés par des pro­fes­sion­nels.

« On est dus pour une re­fonte du pro­gramme en gé­né­ral. Une chose qui est cer­taine : le cours d’édu­ca­tion à la sexua­li­té doit être don­né par des pro­fes­sion­nels », men­tionne la dé­pu­tée Christine La­brie, res­pon­sable en ma­tière d’édu­ca­tion pour Qué­bec solidaire, qui croit que da­van­tage d’heures de­vraient être consa­crées au su­jet.

Ses ho­mo­logues des autres par­tis d’op­po­si­tion sont d’ac­cord : les cours d’édu­ca­tion à la sexua­li­té sont per­ti­nents, mais le pro­gramme ac­tuel n’est pas adé­quat.

« En ce mo­ment, c’est vrai­ment un échec. C’est une bonne chose que l’édu­ca­tion à la sexua­li­té re­vienne dans les écoles, mais en­core faut-il que ce soit fait cor­rec­te­ment », af­firme la dé­pu­tée pé­quiste Vé­ro­nique Hi­von.

« Il se­rait temps de s’as­su­rer de la for­ma­tion des en­sei­gnants et voir si ce n’est pas pos­sible d’avoir une aide ex­terne [in­ter­ve­nant ou sexo­logue] pour leur prê­ter main-forte », in­dique pour sa part la li­bé­rale Mar­wah Riz­qy, même si elle es­time qu’il n’y a pas ur­gence d’agir dans un contexte où les écoles doivent avant tout gé­rer les im­pacts de la pan­dé­mie.

SI­LENCE DU MI­NISTRE

Im­pos­sible de sa­voir si le mi­nistre de l’édu­ca­tion, Jean-françois Ro­berge, par­tage ces pré­oc­cu­pa­tions : il n’a pas don­né suite à nos de­mandes d’en­tre­vues.

Le mi­nis­tère s’est conten­té de nous dire que les conte­nus sont obli­ga­toires tant au pri­maire qu’au se­con­daire et qu’ils sont « mis à jour en conti­nu et s’ap­puient sur la lit­té­ra­ture la plus à jour sur le su­jet ».

LES PROFS MAL OUTILLÉS

De­puis 2018, un pro­gramme d’édu­ca­tion sexuelle plus pré­cis, d’une du­rée de 5 à 15 heures et in­cluant des no­tions sur les agres­sions sexuelles, doit être dis­pen­sé chaque an­née au­tant au pri­maire qu’au se­con­daire.

Il peut être dif­fi­cile de trou­ver ce temps. « On n’a pas 15 heures à don­ner », qu’on soit en pan­dé­mie ou pas, in­siste une en­sei­gnante de la Rive-sud de Mon­tréal qui a pré­fé­ré conser­ver son ano­ny­mat.

Le pro­gramme va­rie aus­si d’une école à l’autre : cer­tains centres de ser­vices offrent plus d’ou­tils à leurs en­sei­gnants, comme des for­ma­tions, mais le tout reste sur une base vo­lon­taire.

Et les no­tions qui visent à pré­ve­nir des agres­sions sexuelles sont louables, mais peuvent créer des si­tua­tions dif­fi­ciles à gé­rer.

« Si on a un élève qui dé­voile [ce qu’il a vé­cu], on nous dit de l’en­voyer chez la psy­cho­logue. Mais [les psy­cho­logues] ne sont pas tou­jours dans l’école », ex­plique une en­sei­gnante en 5e an­née du pri­maire, Nathalie Ray­mond.

De plus, ce ne sont pas tous les en­sei­gnants qui sont à l’aise de dis­cu­ter de sexua­li­té avec leurs élèves. Ceux-ci ne sont pas tous à la même place, puisque le contexte so­cio­fa­mi­lial n’est pas le même. « On nous a four­ni un conte­nu as­sez dé­taillé. Mais d’avoir un en­ca­dre­ment pour nous dire quoi ré­pondre dans cer­tains cas, d’avoir une in­fir­mière avec nous dans la classe, ça se­rait l’idéal », ex­plique Mme Ray­mond, qui a 25 ans d’ex­pé­rience.

DES OR­GA­NISMES PRÊTS À AI­DER

Pour Vé­ro­nique Hi­von, il faut mieux sou­te­nir les écoles et les en­sei­gnants sur cet en­jeu, alors qu’ils en ont « dé­jà beau­coup sur les épaules ». Plu­sieurs or­ga­nismes spé­cia­li­sés se­raient prêts à contri­buer, alors qu’ils ne sont pas né­ces­sai­re­ment mis à contri­bu­tion comme ils pour­raient l’être, pré­cise-t-elle.

D’ailleurs, des di­zaines d’or­ga­nismes sont réunis dans le re­grou­pe­ment Édu­sex, qui re­ven­dique une meilleure édu­ca­tion à la sexua­li­té au Qué­bec. On peut si­gner leur pé­ti­tion et s’in­for­mer de leur mis­sion sur leur site web.

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