24 Heures

Les dénonciati­ons de violence conjugale en forte hausse

- Anne-sophie Ro y e t Élise Jetté

Si vou sê tes victime de violence conjugale, contactez SOS violence conjugale au 18 003 63-9010 et consultez le sosviolenc­econjugale.ca pour trouver des outils e tp our remplir u nq uestionnai­re sur votre situation.

Une série noire de féminicide­s et une tendance à la hausse de la violence conjugale en pleine pandémie ont marqué les premiers mois de 2021. Les acteurs du milieu voient cependant dans la hausse de dénonciati­ons une véritable bonne nouvelle : la sensibilis­ation semble avoir porté ses fruits, alors que les victimes dénoncent la situation en plus grand nombre.

Le nombre d’agressions sexuelles a connu une raide augmentati­on de 157 % entre 2013 et 2019, d’après les dernières statistiqu­es du ministère de la Sécurité publique du Québec en matière d’infraction­s commises dans un contexte conjugal. Les voies de fait de tout type sont passées de 12 802 en 2013 à 14 858 en 2019, selon des données préliminai­res, une hausse de 16 %.

Des intervenan­ts du milieu croient cependant qu’une bonne nouvelle se cache derrière ces statistiqu­es : si le nombre de cas monte, c’est que les femmes sont plus nombreuses à parler de ce qu’elles vivent.

« Dans les années 1980-1990, on parlait à des femmes qui se sortaient de leur union violente après 10, 15 ou même 20 ans de souffrance », explique Louise Riendeau, du Regroupeme­nt des maisons pour femmes victimes de violence conjugale. « Aujourd’hui, plus de 50 % des femmes qui demandent à être hébergées sont en relation depuis moins de 5 ans. »

MOUVEMENTS DE DÉNONCIATI­ON

Cette hausse des cas pourrait donc être encouragea­nte pour la suite, d’après Louise Riendeau.

« Les mouvements de dénonciati­on ont marché. Avant, si une femme avait vécu des voies de fait et des agressions sexuelles, elle se faisait dire par la police qu’avec les autres crimes [en omettant les crimes sexuels], on en avait assez pour pogner le gars. C’est rendu moins tabou qu’avant. Même dans les maisons, les femmes se confient plus sur les agressions sexuelles qu’avant », se réjouit la porte-parole.

LA PANDÉMIE MONTRÉE DU DOIGT

Même si des organisati­ons se réjouissen­t du nombre croissant de dénonciati­ons, elles laissent présager des données en forte hausse coïncidant avec la période pandémique.

« La pandémie a fait escalader les cas de violence conjugale », estime Claudine

Thibaudeau, travailleu­se sociale et responsabl­e de la formation et du soutien clinique chez SOS violence conjugale. « Le déconfinem­ent peut aussi entraîner une escalade : après un an de grand contrôle dans la famille et à mesure que la population entrevoit plus de liberté, plusieurs conjoints pourraient vouloir maintenir ce pouvoir entretenu pendant la pandémie. »

La travailleu­se sociale dit avoir eu beaucoup de raisons de craindre une remontée de la violence conjugale l’an dernier. Un an plus tard, ses craintes sont confirmées.

« Des situations de violence, on en voit tous les jours, mais ça a été exacerbé par la pandémie. Pour certaines personnes, [le confinemen­t] est devenu de la séquestrat­ion. Plusieurs personnes ont remis en question leur réflexion de quitter leur relation parce que c’était pas le bon moment pendant la pandémie », déplore Claudine Thibaudeau.

LES JEUNES FORTEMENT TOUCHÉS

Si on dénonce plus rapidement aujourd’hui, on dénonce également de plus en plus jeune. Le Regroupeme­nt des maisons pour femmes victimes de violence conjugale a noté en 2019-2020 que 30 % des femmes hébergées dans les 43 maisons avaient de 18 à 30 ans et 31,5 % avaient de 31 à 40 ans. Pour ce qui est des femmes ayant bénéficié de leurs services externes, 26 % avaient de 18 à 30 ans et 30,5 % avaient de 31 à 40 ans durant la même période.

« Les jeunes ont toujours été les plus affectés par la violence, croit Claudine Thibaudeau, de SOS violence conjugale. La violence est souvent exacerbée dans les moments de la vie où l’engagement augmente, et c’est souvent dans les jeunes âges que ça se produit. »

Les grandes étapes de la vie amoureuse comme la création du couple, les déménageme­nts, les fiançaille­s, les mariages et les enfants peuvent être des moments plus propices à la violence conjugale, d’après l’intervenan­te.

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PHOTOMONTA­G EA LEXANDRE PELLET

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