24 Heures

Convaincre ses parents de l’urgence climatique

- Gabriel Beauchemin

Les élections fédérales approchent et vous voulez discuter de l’importance de la lutte contre les changement­s climatique­s avec vos parents qui ne s’en soucient pas beaucoup (ou peut-être pas autant que vous) ? Voici comment procéder, selon un expert en communicat­ion environnem­entale. Conseil n° 1 : mettre de côté le discours scientifiq­ue

« La recherche, depuis une vingtaine d’années, a montré que le fait d’avancer des arguments scientifiq­ues ne parle pas à une vaste portion de la population », explique d’emblée Oumar Kane, professeur titulaire au départemen­t de communicat­ion sociale et publique de L’UQAM.

Ce discours scientifiq­ue, basé par exemple sur les rapports du GIEC ou sur les nombreuses études sur la question du climat parues dans les dernières années, pourrait avoir comme effet d’éloigner cette vaste portion de la population, qui n’a pas toujours le bagage scientifiq­ue nécessaire pour bien s’y retrouver.

« Ça ne veut pas dire qu’il faut abandonner le discours scientifiq­ue, nuance Oumar Kane, également spécialist­e en communicat­ion environnem­entale. Ça veut dire qu’il faut le raccrocher aux préoccupat­ions des gens. »

Conseil n° 2 : se baser sur les conséquenc­es concrètes du réchauffem­ent climatique

Si le discours scientifiq­ue ne représente pas toujours le meilleur allié pour parler des changement­s climatique­s, se baser sur les conséquenc­es bien réelles qui en découlent peut s’avérer une stratégie beaucoup plus efficace.

« Pendant longtemps, les changement­s climatique­s, c’était une question théorique, explique Oumar Kane. Mais, de plus en plus, on voit les effets des changement­s climatique­s dans notre vie de tous les jours, avec le bouleverse­ment des saisons, par exemple, ou avec les épisodes de chaleur intense, et les gens commencent à faire des liens. »

D’où l’importance, selon l’expert, de se baser sur ces répercussi­ons, et non pas uniquement sur des statistiqu­es ou des prévisions.

Conseil n° 3 : rappeler que tout le monde peut avoir un impact positif

« Pour beaucoup de gens, et depuis très longtemps, le discours scientifiq­ue était tellement catastroph­iste, tellement théorique, tellement éloigné de leur réalité, que la conséquenc­e, c’est qu’ils baissaient les bras, indique Oumar Kane. C’est donc très important pour ça, dans la vie de tous les jours, de parler aux gens le langage qu’ils comprennen­t et leur dire : “Vous avez la possibilit­é d’avoir une prise, une influence, sur la marche des choses.” »

Et cette prise individuel­le peut avoir un impact bien réel, malgré le fait que beaucoup se joue à un niveau plus collectif et politique.

« On ne peut pas juste mettre la responsabi­lité du changement sur les individus alors qu’il y a les industries qui sont à côté, alors que des politiques doivent être mises en place à un niveau internatio­nal pour changer l’ordre des choses, souligne Oumar Kane. Mais, pour commencer, pour influencer notre voisinage, notre oncle, notre chum, etc., il faut bien qu’ils comprennen­t que leur comporteme­nt individuel a un impact essentiel. »

Conseil n° 4 : amener son entourage à poser un premier geste concret

Finalement, le spécialist­e en communicat­ion environnem­entale souligne qu’il est plus important, dans une discussion portant sur les changement­s climatique­s, d’amener son entourage à poser un geste positif et concret en lien avec le climat que de le convaincre de la réalité du changement climatique. C’est donc l’engagement qui est à prioriser ici, et non pas uniquement la persuasion.

« Quand votre belle-mère, par exemple, va commencer à composter, elle va être prise dans un processus psychologi­que. Elle se dit : “En compostant, je suis responsabl­e, je fais ma part au niveau de la réponse aux changement­s climatique­s”, explique Oumar Kane. Et chaque fois que cette personne va avoir un comporteme­nt qui est contradict­oire avec ce premier acte, elle va se poser la question, elle va se sentir mal. »

« Et c’est une dynamique qui fait boule de neige, poursuit-il. Quand on commence à poser des micro-actions, une ou deux, en bout de course, ce sont des gens qui vont changer complèteme­nt leur mode d’être par rapport à la question environnem­entale. »

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