Phi­lippe-au­drey Lar­rue-st-jacques mise sur la culture

Le sens de l’hu­mour de Phi­lippe-au­drey Lar­rue-st-jacques est re­le­vé, voire so­phis­ti­qué, tout comme son nom l’in­dique. Hé­las, ce n’est qu’un spec­tacle d’hu­mour est un hom­mage à la culture.

24 Heures Montreal - - La Une - - Ma­ri­ka Si­mard, 24h

Dès les pre­mières se­condes du spec­tacle, il grimpe sur scène en fre­don­nant un pas­sage ti­ré du ré­per­toire d’émile Nel­li­gan, ce poète dont la plume a lais­sé une trace in­dé­lé­bile dans la culture qué­bé­coise. Il au­rait été tout aus­si per­ti­nent de ci­ter Vic­tor Hu­go ou n’im­porte quel autre grand dra­ma­turge de notre his­toire.

Il le fait avec une telle ai­sance qu’on ou­blie – du­rant quelques se­condes seule­ment – qu’on a af­faire à un hu­mo­riste et non à un co­mé­dien. La confu­sion vient peut-être du fait qu’il a choi­si le Con­ser­va­toire d’art dra­ma­tique de Mon­tréal en 2010 avant de pré­fé­rer l’école na­tio­nale de l’hu­mour en 2014.

Si cer­tains hu­mo­ristes choi­sissent la po­li­tique comme che­val de ba­taille, il n’en a pas été ain­si pour Phi­lippe-au­drey Lar­rue-st-jacques. Il a choi­si la culture comme lo­co­mo­tive ou plu­tôt, c’est la culture qui l’a choi­si. Ce­lui qui vient d’une fa­mille d’in­tel­lec­tuels, dont les pa­rents sont tous deux pro­fes­seurs d’uni­ver­si­té, au­ra tôt fait de per­pé­tuer ce riche ba­gage cultu­rel.

« J’ai re­gret­té pen­dant un mo­ment de ne pas être un hu­mo­riste po­li­ti­sé, j’ai beau­coup d’ad­mi­ra­tion pour Fred Du­bé ou Guillaume Wa­gner, qui as­sument leurs prises de po­si­tion. Il n’y a pas si long­temps que j’ai as­su­mé que ce n’était pas mon rôle », confie le prin­ci­pal in­té­res­sé.

Son rôle, il est main­te­nant clair. Convain­cu que les ar­tistes – et les hu­mo­ristes, dans son cas – ont une res­pon­sa­bi­li­té so­ciale, Phi­lippe-au­drey Lar­rue-st-jacques se sert de son art pour dé­mo­cra­ti­ser et va­lo­ri­ser la culture, sous toutes ses cou­tures.

Pour lui, il est ca­pi­tal que le pu­blic s’amuse du­rant ses re­pré­sen­ta­tions, mais il est tout aus­si im­por­tant qu’il sache que Vic­tor Hu­go a écrit Notre-dame-de-pa­ris. Dans ses nu­mé­ros d’hu­mour, il in­tègre des no­tions d’his­toire et de lit­té­ra­ture. Son épi­pha­nie, c’est l’ac­teur fran­çais Fa­brice Lu­chi­ni. C’est d’ailleurs lui qui l’a convain­cu de faire de l’hu­mour in­tel­ligent.

«Fa brice luc hi ni uti­lise la lit­té­ra­ture et la poé­sie avec une telle ai­sance qu’il les rend ac­ces­sibles, pour­suit-il. Ça m’a hap­pé la pre­mière fois que je l’ ai vu. j’ ai com­pris que je de­vais uti­li­ser l’ hu­mour pour trans­mettre et vul­ga­ri­ser mon sa­voir ».

Un pu­blic aver­ti en vaut deux

Signe qu’ il y a un pu­blic or­phe­lin pour ce genre de pro­po­si­tion ar­tis­tique, quatre sup­plé­men­taires de son one-man-show étaient an­non­cées un peu avant le temps des fêtes. Il fou­le­ra les planches de la Cin­quième salle de la Place des arts les 20 et 21 fé­vrier pro­chain, avant de prendre la route pour Qué­bec, Ga­ti­neau, Sher­brooke, Sut­ton et Trois-ri­vières.

« J’ai com­pris qu’il y avait un pu­blic qui s’in­té­res­sait à ce genre d’hu­mour lors de mon pre­mier spec­tacle au Zoo­fest, re­late l’hu­mo­riste. Dans la salle, ce soir-là, j’ai vu des gens que je n’avais ja­mais vus dans un fes­ti­val d’hu­mour avant. J’ai vu des gens de tous les âges, de toutes les ori­gines et de toutes les classes so­ciales, et pas seule­ment des mil­lé­niaux, friands d’hu­mour ».

Les quelque 400 billets de sa pre­mière pré­sence au Zoo­fest s’étaient d’ailleurs en­vo­lés en un seul après-mi­di, for­çant l’ajout de trois sup­plé­men­taires.

Né en 1987

Bien qu’il soit né en sep­tembre 1987, il au­rait bien pu sur­gir au dé­but du siècle der­nier. On n’a qu’à ob­ser­ver son style ves­ti­men­taire : tou­jours ti­ré à quatre épingles, l’hu­mo­riste et co­mé­dien ne fait au­cune ap­pa­ri­tion pu­blique sans son com­plet-ves­ton.

« Je ne suis pas nos­tal­gique au point de vou­loir vivre en 1912, je tiens beau­coup à la pé­ni­cil­line », s’ex­clame-t-il avec la touche d’hu­mour qu’on lui connaît.

Mal­gré tout, il re­con­naît qu’il n’est pas tou­jours de son époque. Ce n’est pas seule­ment parce qu’il adore les boi­se­ries et les bâ­ti­ments riches en his­toire, mais c’est sur­tout parce qu’il pose un re­gard cri­tique sur le trai­te­ment cultu­rel qu’en fait la gé­né­ra­tion ac­tuelle.

« Au­jourd’hui, on as­siste à une dé­mo­cra­ti­sa­tion de la culture et des mé­dias, c’est bien parce qu’il ne faut pas que ça reste éli­tiste, mais le pro­blème, c’est qu’on a une sur­abon­dance de vide sur les ré­seaux so­ciaux et ça me met mal à l’aise », confie-t-il.

Comme pour faire un pied de nez à cette culture de masse, Phi­lippe-au­drey Lar­rue-st­jacques est l’un des sept co­mé­diens de la po­pu­laire sé­rie hu­mo­ris­tique Like-moi !, dif­fu­sée à Té­lé-qué­bec. La sé­rie aborde, avec fi­nesse, la quête fré­né­tique de l’amour et du bon­heur des mil­lé­niaux sur les ré­seaux so­ciaux. Elle a d’ailleurs re­çu un Oli­vier au der­nier ga­la dans la ca­té­go­rie co­mé­die té­lé de l’an­née.

« En­core une fois, ce qui m’im­pres­sionne avec

Like-moi !, c’est qu’on réus­sit à re­joindre des gens de tous les ho­ri­zons. Au dé­part, je pen­sais qu’on al­lait s’adres­ser seule­ment aux jeunes de notre gé­né­ra­tion – parce qu’il s’agit de pro­blèmes qui les touchent –, mais ça va plus loin », conclut-il.

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