« J’ai gran­di avec le mythe de Ma­rie Cu­rie » - Mar­jane Sa­tra­pi

La bé­déiste et réa­li­sa­trice de Per­se­po­lis, Mar­jane Sa­tra­pi, se penche dé­sor­mais sur Ma­rie Cu­rie dans Ra­dio­ac­tive. Avec le franc-par­ler qui la ca­rac­té­rise, la ci­néaste s’ex­prime sur le film et les femmes au grand écran.

24 Heures Montreal - - Weekend - - Isa­belle Hon­te­bey­rie, Agence QMI Ra­dio­ac­tive est pré­sen­té dans les salles du Qué­bec dès au­jourd’hui.

Ra­dio­ac­tive, avec Ro­sa­mund Pike dans le rôle de Ma­rie Cu­rie, est l’adap­ta­tion du ro­man gra­phique épo­nyme de Lau­ren Red­niss, pa­ru en 2010, une oeuvre dans la­quelle on suit sa car­rière de scien­ti­fique et sa vie.

« J’ai gran­di avec le mythe de Ma­rie Cu­rie, a in­di­qué Mar­jane Sa­tra­pi lors d’une en­tre­vue à l’agence QMI. Il y a dé­jà beau­coup de films sur Ma­rie Cu­rie, mais dans les­quels elle était tou­jours la muse de Pierre Cu­rie et c’était tou­jours le cô­té sen­ti­men­tal de sa vie. »

« Sou­dain [avec Ra­dio­ac­tive], il y avait un scé­na­rio dans le­quel elle n’était la muse de per­sonne et si elle était la muse de Pierre Cu­rie, lui était au­tant la sienne. C’était un scé­na­rio qui par­lait de la science – et pas seule­ment de l’as­pect agni­fique qui a été de trou­ver un trai­te­ment contre le can­cer –, mais aus­si de l’usage qu’en a fait l’être hu­main après. Ça fai­sait­com­meu­ne­his­toi­re­qui en­glo­bait tout. C’était un film bio­gra­phique sans réel­le­ment en être un. »

In­cur­sion dans l’ave­nir

Car le long mé­trage est émaillé à la fois d’in­cur­sions dans l’ave­nir avec les ap­pli­ca­tions di­verses (et par­fois étranges) du po­lo­nium et du ra­dium, et d’ef­fets vi­suels per­met­tant au spec­ta­teur de voir la ra­dio­ac­ti­vi­té sous forme de lueur verte.

« Je trou­vais que c’était un bio­pic aty­pique, a sou­li­gné la ci­néaste. J’ai en­vie de faire quelques films et je veux ex­plo­rer un peu toutes sortes de films. »

« Ce qui fait que j’ai en­vie de réa­li­ser un scé­na­rio, c’est que ce sont des his­toires qui me touchent. Après, je m’al­longe et je ferme les yeux. Des fois, comme pour Les Voix ou Ra­dio­ac­tive, j’ai des flashs ou des images qui me viennent et où je peux ima­gi­ner vi­suel­le­ment gros­so mo­do ce que je dois faire. »

« Dans Ra­dio­ac­tive, ce qui était dif­fi­cile, c’était de par­ler de­ce­qui­se­passe,mai­saus­side mon­trer le fu­tur. Il fal­lait aus­si mon­trer la science – qui, par es­sence, est in­té­res­sante, mais hy­per chiante à mon­trer parce que c’est ré­pé­ti­tif – en la ren­dant in­té­res­sante. Comment rendre l’in­vi­sible vi­sible ? »

Jus­qu’où le fé­mi­nin ?

Puisque le film suit une scien­ti­fique – et non des moindres – au dé­but du siècle der­nier, comment Mar­jane Sa­tra­pi voit-elle l’ave­nir des pro­chaines gé­né­ra­tions de femmes ?

« Je pense que le com­bat des femmes n’est pas tout le temps en train d’avan­cer. Juste pour prendre Ma­rie Cu­rie, elle a eu beau­coup moins de dif­fi­cul­tés à faire son tra­vail scien­ti­fique que sa fille, Irène. Pour­quoi ? Parce qu’entre 1900 et 1910, vous avez une es­pèce de pa­ren­thèse en­chan­tée où les moeurs se sont beau­coup li­bé­rées. Irène Cu­rie vient après la Pre­mière Guerre mon­diale et donc là, tout se re­ferme. […] Il y atou­jours­ce­re­tou­re­nar­rière.»

« Non. Ça, c’est des conne­ries»,de­ré­pon­dre­mar­ja­ne­sa­tra­pi quand on lui de­mande s’il fal­lait que ce soit une femme qui réa­lise ce long mé­trage.

« Dire qu’une femme sait mieux par­ler d’une femme, c’est re­mettre en ques­tion toute l’oeuvre de Flau­bert. […] Ma­dame Bo­va­ry est quand même un mo­nu­ment sur la condi­tion fé­mi­nine au­quel je peux m’iden­ti­fier. […] Après, la réa­li­té de la chose, c’est que vous avez, dans le ci­né­ma, très peu de femmes qui ont une exis­tence par el­les­mêmes, elles sont tou­jours as­so­ciées à quel­qu’un. Quand elles com­mencent, elles sont la fille de quel­qu’un, après, la fian­cée, l’épouse, l’épouse trom­pée, la mère, après… je ne sais pas quoi et elles fi­nissent tou­jours en ma­mie qui fait des gâ­teaux. J’ai­mais bien que Ma­rie Cu­rie ait une exis­tence propre. Elle n’est pas la quelque chose de quel­qu’un, c’est plu­tôt l’in­verse. »

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