Ré­vo­lu­tion

7 Jours - - Sommaire - PAR PA­TRICK DELISLE-CREVIER

Da­niel Boa a com­plè­te­ment ren­ver­sé les maîtres de la danse avec sa pres­ta­tion, à un point tel que Jean-Marc Gé­né­reux a sen­ti le be­soin d’aler­ter les autres dan­seurs que la com­pé­ti­tion ve­nait de mon­ter de quelques crans. Mais qui est ce jeune homme qui tra­vaille à temps plein pour le gou­ver­ne­ment et qui rêve un jour de pou­voir vo­ler? En­tre­vue avec Da­niel Boa.

Da­niel, qu’est-ce qui t’a ame­né à Ré­vo­lu­tion?

L’une des rai­sons pour les­quelles j’ai com­men­cé à dan­ser, c’était juste- ment pour un jour faire une com­pé­ti­tion de danse té­lé­vi­sée. Pour moi, Ré­vo­lu­tion, c’était l’oc­ca­sion. En­fant et ado­les­cent, j’écou­tais beau­coup So You Think You Can Dance et je rê­vais de m’y ins­crire. Mais l’émis­sion s’est ar­rê­tée avant que j’aie l’âge de par­ti­ci­per.

Que re­tiens-tu de ton au­di­tion de­vant les maîtres?

Avoir dan­sé de­vant des pro­fes­sion­nels a été toute une ex­pé­rience. Je sais main­te­nant que le tra­vail achar­né, ça paye. Les com­men­taires de ceux-ci m’ont sur­pris, je ne m’at­ten­dais pas à ça. Je suis très cri­tique en­vers moi- même, et re­ce­voir de si beaux éloges m’a fait du bien.

As-tu été sur­pris de leur réaction?

Oui, et en­core plus quand Jean-Marc a dit que j’avais tout pour al­ler loin dans la com­pé­ti­tion.

Tu rêves de vo­ler dans la vie, mais tu sembles vrai­ment le faire dans ton mo­ment Ré­vo­lu­tion. Parle-moi de cet ins­tant?

J’ai été vrai­ment sur­pris, je ne m’at­ten­dais pas à ce ré­sul­tat. C’était mieux que ce que je vou­lais. Pour moi, être dans les airs, ça ex­prime la li­ber­té. C’est ça, le pou­voir de vo­ler.

C’était ta pre­mière pres­ta­tion de­vant les ca­mé­ras?

Oui, et di­sons que ç’a été un stress sup­plé­men­taire. J’ai fait de la com­pé­ti­tion de danse pen­dant deux ou trois ans, j’ai par­ti­ci­pé à quelques spec­tacles et j’ai dan­sé dans mon église, mais dan­ser de­vant les ca­mé­ras, c’est fou!

Tu danses de­puis quand?

Je danse de­puis que j’ai 15 ans. Dans ma culture, en Côte d’Ivoire, dan­ser, c’est une fa­çon de s’ex­pri­mer, mais ce n’est pas une fa­çon de ga­gner sa vie. C’est en écou­tant re­li­gieu­se­ment So You Think You Can Dance que j’ai eu la pi­qûre. J’ap­pre­nais les cho­ré­gra­phies par coeur et, à tra­vers tout ça, j’ai com­pris qu’il y avait un

«Je me pas­sionne au­tant pour mon tra­vail de bu­reau que pour la danse.»

art dans la danse.

Com­ment as-tu ap­pris à dan­ser?

À 17 ans, après une pres­ta­tion à Cé­gep en spec­tacles, un stu­dio m’a of­fert des cours gra­tui­te­ment. Ça m’a ou­vert le monde des stu­dios et des com­pé- ti­tions. Ce­la m’a per­mis aus­si de me per­fec­tion­ner et de pous­ser plus loin dif­fé­rents styles de danse.

Tu as eu une for­ma­tion en bal­let?

Oui, c’est le pre­mier cours que j’ai sui­vi. Il n’y avait que des filles avec des chi­gnons, et moi, le grand Black en short, je dé­bar­quais sans trop sa­voir où je m’en al­lais. Je me re­trou­vais dans un cours de bal­let avan­cé. Je n’avais ja­mais fait de bal­let de ma vie et je suis tom­bé en amour avec ce style de danse qui m’a fi­na­le­ment beau­coup ap­pris et ins­pi­ré.

Tu as un bac en ad­mi­nis­tra­tion et tu tra­vailles dans un bu­reau gou­ver­ne­men­tal. Est-ce dif­fi­cile pour toi de ga­gner ta vie au­tre­ment qu’avec la danse?

Sé­rieu­se­ment, j’ai une job per­ma­nente et ce­la me per­met de faire des voyages avec la danse et de ju­me­ler mes deux pas­sions. J’aime l’idée de ga­gner ma vie avec un em­ploi stable... Si un jour j’ar­rive à ga­gner ma vie grâce à la danse, eh bien, ce se­ra tant mieux! Mais je me pas­sionne au­tant pour mon tra­vail de bu­reau que pour la danse. J’aime nour­rir mes dif­fé­rentes pas­sions.

Ré­vo­lu­tion est une com­pé­ti­tion de danse. Es-tu un gars com­pé­ti­tif dans la vie?

C’est drôle, je ne me pen­sais pas du tout com­pé­ti­tif. Mais je me rends compte que, dans un contexte de com- pé­ti­tion, je le de­viens un peu. J’en suis le pre­mier sur­pris. Mais je pense que je suis avant tout en com­pé­ti­tion avec moi-même pour de­ve­nir meilleur. Je di­rais que j’ap­prends et que je m’ins­pire des autres.

Tu es aus­si mu­si­cien et, ap­pa­rem­ment, ce­la t’aide à construire tes cho­ré­gra­phies?

C’est vrai. J’ai une bonne re­la­tion avec la mu­sique, et lorsque je mets au point mes danses, je tente de créer un mou­ve­ment sur chaque note, de créer une sym­biose entre la mu­sique et la danse.

Tu es né en Côte d’Ivoire. Quels sou­ve­nirs gardes-tu de cet en­droit de ton en­fance?

J’en garde de beaux sou­ve­nirs. C’est beau­coup plus un en­vi­ron­ne­ment de com­mu­nau­té. Il y a beau­coup d’en­traide dans mon pays d’en­fance. C’est un beau sen­ti­ment. Tout le monde passe du temps en­semble et s’en­traide. Je tente de gar­der ça au­jourd’hui dans ma vie au Ca­na­da. Je ne suis pas al­lé là-bas de­puis quelques an­nées. Toute ma fa­mille, sauf ma mère, est là-bas. Ils me manquent tous et je compte bien re­tour­ner les voir pro­chai­ne­ment.

Qu’ai­me­rais-tu faire dé­cou­vrir de toi à tra­vers les pro­chaines étapes de Ré­vo­lu­tion?

Que j’ai en­core beau­coup plus à don­ner, et je veux aus­si prou­ver qu’il n’est ja­mais trop tard pour com­men­cer à dan­ser. J’ai dé­bu­té à 15 ans et non à 3 ans. Mais tout est pos­sible quand même.

«Dans ma culture, en Côte d’Ivoire, dan­ser, c’est une fa­çon de s’ex­pri­mer, mais ce n’est pas une fa­çon de ga­gner sa vie.»

«J’ai eu un mi­ni contrat de danse à Van­cou­ver pour les célébrations du 150e an­ni­ver­saire du Ca­na­da.»

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