7 Jours

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une li­ber­té qu’il n’avait pas avant. Ç’a aus­si été dif­fi­cile ce prin­temps pour ma fille qui n’a pas eu son bal des fi­nis­sants. Quant à mon plus jeune, c’est un spor­tif; avant, il jouait au soc­cer trois fois par se­maine.

Même si la si­tua­tion est en­core in­stable, tu as pu re­com­men­cer à tra­vailler avec les der­niers Di­rects de La Voix et l’en­re­gis­tre­ment de ta nou­velle émis­sion, En stu­dio; un show qui semble avoir une grande va­leur pour toi.

Oui, c’est écoeu­rant! C’est ex­tra­or­di­naire, les par­ti­ci­pants sont tel­le­ment gé­né­reux! Ce sont des gens qui viennent par­ta­ger l’his­toire de leur vie en mu­sique avec une chan­son rat­ta­chée à un mo­ment mar­quant de leur exis­tence. C’est fou le pou­voir que la mu­sique peut avoir sur l’être hu­main. La mu­sique, pour cer­tains, ça peut être une bouée de sau­ve­tage et pour d’autres, un élé­ment dé­clen­cheur qui va leur res­ter toute leur vie. Ou en­core, c’est sur cette chan­son que tu as ren­con­tré quel­qu’un qui va de­ve­nir le père de tes en­fants. On ne se rend pas compte à quel point il y a des gens ins­pi­rants dans la vie, qui ont vé­cu des af­faires qui ne se peuvent pas et qui ont été sau­vés par la mu­sique. Il y a tel­le­ment d’his­toires!

En par­ti­ci­pant à ton émis­sion, ils vivent un mo­ment qui leur fait un bien im­mense.

Oui, et je me dis que c’est nous qui de­vrions leur don­ner un ca­deau! Ils viennent par­ta­ger, se li­bé­rer, re­mer­cier. Je suis un gars qui a de l’écoute et de l’em­pa­thie, et je ne suis pas là pour po­ser des ques­tions crève-coeur. Je suis là pour les écou­ter, com­prendre et faire en sorte qu’ils re­partent avec un sou­ve­nir in­ou­bliable d’un mo­ment ex­cep­tion­nel. Ces gens-là nous ouvrent leur vie, et ce qu’ils viennent chan­ter, ça va ins­pi­rer les gens. S’ils ont réus­si à pas­ser à tra­vers un mo­ment dif­fi­cile et qu’au­jourd’hui ils vont bien, cette ex­pé­rience-là leur a per­mis de gran­dir et nous aus­si on en sort gran­dis. Même ceux qui ont vé­cu des choses vrai­ment dif­fi­ciles ne viennent pas se plaindre, ils sont là pour ré­gler quelque chose, re­mer­cier quel­qu’un qui les a ai­dés dans leur vie. Ils viennent par­ler de quel­qu’un qui a été une ins­pi­ra­tion et pour of­frir un ca­deau.

Y a-t-il des his­toires qui t’ont par­ti­cu­liè­re­ment tou­ché?

Beau­coup! Je t’en ra­conte une: il y a un couple de près de 70 ans dont le ma­ri est mé­de­cin pour la Croix-Rouge et qui a tra­vaillé par­tout à tra­vers le monde. Il est al­lé en Irak, en Af­gha­nis­tan, il en a vu des choses et il a tout don­né pour sauver le plus de gens pos­sible. Pen­dant plu­sieurs an­nées, sa conjointe était à la mai­son avec les en­fants. Il s’en­nuyait de sa femme, elle s’en­nuyait de lui, et quand il est re­ve­nu après ces guerres, il avait un trau­ma­tisme, il ne pou­vait plus pra­ti­quer ce mé­tier-là. Alors, ima­gine: ils sont tous les deux ve­nus à l’émis­sion pour chan­ter une chan­son, parce qu’ils se sont at­ten­dus toute leur vie. Ils in­ter­prètent en­semble J’at­ten­drai. C’est tel­le­ment tou­chant!

Quand on vieillit, on com­prend que l’im­por­tant, ce sont les gens qu’on croise et qui peuvent chan­ger nos vies…

Oui, je suis tel­le­ment d’ac­cord. En dehors du train-train de la vie, on croise des per­sonnes qui nous font réa­li­ser à quel point on est chan­ceux. On ren­contre des gens qui nous ins­pirent et qui sont vrai­ment faits fort. On se dit qu’à leur place, on n’au­rait ja­mais été ca­pable de pas­ser à tra­vers les mêmes épreuves.

Ça te fait réa­li­ser que tu peux tou­jours t’amé­lio­rer en tant qu’être hu­main?

Dans toutes les ren­contres que je fais, je re­tiens quelque chose qui va me servir dans ma vie, même quand ce sont de mau­vaises ren­contres. Il m’ar­rive de me dire: «Quelle belle per­sonne!», et à d’autres mo­ments: «Je ne vou­drais donc pas être de même!» C’est une le­çon, je ne ferme la porte à rien ni à per­sonne. Dans la vie, je suis un gars qui garde la porte grande ou­verte et j’ai ten­dance à faire confiance aux gens. Ce n’est pas parce que j’ai eu de mau­vaises ex­pé­riences et fait de mau­vaises ren­contres que je ne vais pas conti­nuer de faire confiance aux gens. Je ne veux pas me ren­fer­mer, parce que ça m’em­pê­che­rait de ren­con­trer des per­sonnes ex­cep­tion­nelles. Je n’ai pas peur d’ou­vrir la porte, mais je n’ai pas peur de la re­fer­mer non plus.

Tu as ap­pris à tran­cher, à voir ce qui est bon pour toi?

Avant, j’avais de la dif­fi­cul­té à le faire, mais main­te­nant, je vois quand une per­sonne brûle mon éner­gie. Je pense que mon an­xié­té ve­nait beau­coup de là, dans le fait de prendre le poids des pro­blèmes de tout le monde sur mes épaules. J’ai tou­jours pen­sé que si quel­qu’un était dans ma vie, il fal­lait ab­so­lu­ment que je l’aide tout le temps. Mais il y a des gens pour qui on fait juste se brû­ler. Ils ne veulent pas s’ai­der et nous, on constate qu’on veut plus les ai­der qu’eux-mêmes. Ça m’est beau­coup ar­ri­vé dans mes ami­tiés, et j’ai sou­vent vou­lu réa­li­ser les rêves de cer­tains amis. Ç’a tou­jours été im­por­tant pour moi de réa­li­ser les rêves des autres, peut-être plus que les miens. De­puis que je suis tout pe­tit, quand je voyais une de mes tantes ou un de mes cou­sins pleu­rer, je vou­lais tou­jours les faire rire. La base de mon mé­tier a tou­jours été de ne pas être bien avec le mal­heur, donc je m’ar­ran­geais pour que ça aille mieux. Quand on est jeune et naïf, ça va et on ap­prend, mais quand on a une fa­mille, une femme et des en­fants, une job et des comptes à payer, on se rend compte qu’on ac­corde beau­coup trop d’at­ten­tion à des gens qui ne le mé­ritent pas tant que ça. C’est beau­coup de temps per­du qu’on pour­rait don­ner à notre propre monde. J’ai beau­coup don­né, mais là, j’es­saie de do­ser.

Tu donnes beau­coup, sans doute parce que tu as beau­coup re­çu...

Oui, tous les jours, je me dis que je suis chan­ceux. Je me dis qu’on ré­colte ce qu’on sème. C’est ma phrase pré­fé­rée dans la vie. J’ai se­mé de belles choses

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