7 Jours

Jo­sé Gau­det

«Il n’y a pas d’âge pour af­fron­ter ses peurs»

- PAR Pas­cale Wil­hel­my

S’il a ap­pris une chose du­rant la pan­dé­mie, c’est que la vie est faite de sur­prises. De belles sur­prises. Au mo­ment où il pen­sait que le show­biz était peut-être fi­ni pour lui, Jo­sé Gau­det s’est vu of­frir un nou­veau dé­fi avec Ca­mé­ra ca­fé. À 50 ans, l’hu­mo­riste et ani­ma­teur de­vient co­mé­dien, un rêve qu’il ca­res­sait de­puis long­temps.

De­puis long­temps, il rê­vait d’un rôle à la té­lé­vi­sion. Après des an­nées de suc­cès en tant qu’ani­ma­teur à la ra­dio, puis à la té­lé­vi­sion avec Ça fi­nit bien la se­maine, il sou­hai­tait élar­gir ses ho­ri­zons. Eh bien, c’est fait! De­puis jan­vier, on peut le voir dans la se­conde mou­ture de l’émis­sion Ca­mé­ra ca­fé, à TVA. Pour ses pre­miers pas dans cette co­mé­die té­lé­vi­sée ô com­bien po­pu­laire, Jo­sé est bien en­tou­ré: An­neÉ­li­sa­beth Bos­sé, Syl­vie Léo­nard, Di­dier Lu­cien et plu­sieurs autres font par­tie de cette équipe avec la­quelle il adore tra­vailler et, sur­tout, ap­prendre. «C’est le plus beau ca­deau que je pou­vais avoir à 50 ans: conti­nuer d’ap­prendre!»

Jo­sé, il t’ar­rive de belles choses sur le plan pro­fes­sion­nel!

Tel­le­ment! De­puis quelques mois, c’est com­plè­te­ment fou! Au prin­temps der­nier, quand tout s’est ar­rê­té à cause de la co­vid, j’ai pen­sé que le show­biz était fi­ni pour moi. Je pen­sais prendre ma re­traite et al­ler vendre des chars, une job qui touche une autre grande pas­sion et qui me tente sou­vent! Fi­na­le­ment, non. Je tra­vaille plus que ja­mais!

Tu as eu 50 ans le 19 jan­vier. On di­rait que ça t’ap­porte plein de belles choses dans ta vie...

Oui. J’en suis à la fois sur­pris et re­con­nais­sant. Pour la pre­mière fois, j’in­ter­prète un vrai rôle à la té­lé­vi­sion. J’avais eu la chance de faire Les pê­cheurs avec Mar­tin Pe­tit, et des ca­méos dans des pe­tits trucs, mais je n’avais ja­mais eu un rôle à moi. C’est vrai­ment tout nou­veau. J’ai tra­vaillé sur une quo­ti­dienne à la ra­dio pen­dant 23 ans et je n’avais ja­mais eu l’oc­ca­sion de rê­ver au jeu. Quand ar­ri­vait l’été, j’étais trop fa­ti­gué pour em­bar­quer dans une sé­rie. Mais là, j’étais prêt. Je ne vou­lais pas me faire don­ner un rôle; je vou­lais sim­ple­ment au­di­tion­ner, ten­ter ma chance comme tout le monde. Lors­qu’on a an­non­cé le re­tour de Ca­mé­ra ca­fé, un ami m’a en­voyé un tex­to pour me dire qu’il me ver­rait bien dans cette émis­sion. Je me suis ma­ni­fes­té et, un mois plus tard, j’ai re­çu une convo­ca­tion pour une au­di­tion.

Cette au­di­tion était donc une pre­mière pour toi…

Je vou­lais mou­rir! J’étais très ner­veux, parce que je n’ai ja­mais fait ça. Je me rap­pelle avoir confié aux réa­li­sa­teurs que dans la voi­ture, en me ren­dant à l’au­di­tion, je m’étais dit: «Pour­quoi tu fais ça? T’as des REER!» J’étais tel­le­ment stres­sé! Mais ils ont été très cools, et j’ai sen­ti qu’il y avait une bonne éner­gie qui pas­sait entre nous. Ç’a su­per bien été. Je leur avais de­man­dé, au dé­but, s’ils avaient une idée en tête ou si j’y al­lais avec ce que moi j’avais per­çu du per­son­nage. Ils m’ont lais­sé al­ler avec mon idée.

Avais-tu re­gar­dé des épi­sodes de la pre­mière sé­rie pour t’ins­pi­rer?

Non, je ne vou­lais pas me lais­ser tein­ter par l’an­cienne éner­gie. C’est une toute nou­velle équipe main­te­nant. Par contre, je sa­vais que le rythme était très ra­pide, car j’avais fait une ap­pa­ri­tion dans l’émis­sion à l’époque. J’ai sur­tout pré­pa­ré mon per­son­nage. C’est un gars spé­cial, Ri­chard... C’est un con­cierge com­plo­tiste, mais un com­plo­tiste at­ta­chant! Mon look pour ce rôle est tel­le­ment dif­fé­rent de tout ce que j’ai mon­tré jus­qu’à main­te­nant! J’ai tou­jours été le pe­tit gars propre. Pour moi, la té­lé­vi­sion, ça ve­nait avec le fait d’être bien ha­billé et bien ra­sé, d’avoir les dents propres... (rires) Là, mon Ri­chard est tou­jours cer­né, il a des rides dans le front et des che­veux co­ton­neux laids. Di­sons que la pe­tite face de Jo­sé n’est pas la même dans cette émis­sion! (rires)

Si tu as eu le rôle, c’est donc que l’au­di­tion a été concluante...

Oui, mais j’ai aus­si ap­pris qu’en au­di­tion, on pou­vait t’ame­ner ailleurs! On m’a de­man­dé de faire un pa­quet de trucs qui n’avaient rien à voir avec ce que j’avais pro­po­sé. On m’a fait jouer

Ri­chard triste, Ri­chard dé­çu, Ri­chard avec toutes sortes d’émo­tions. J’étais en grande pa­nique. Et j’étais vi­dé. En même temps, je sen­tais que ça se pas­sait bien. Quelques jours après, j’ai re­çu un ap­pel pour une deuxième au­di­tion. C’était bon signe. Cette fois-là, il fal­lait jouer les dia­logues. J’avais des conver­sa­tions avec les autres ac­teurs. Après cette se­conde au­di­tion, les deux réa­li­sa­teurs m’ont dit que j’étais leur pre­mier choix, mais ils m’ont aus­si dit ne pas sor­tir le cham­pagne, car il fal­lait que leur choix soit ap­prou­vé par la pro­duc­tion, par TVA, par tout le monde en fait! Ça se passe tou­jours comme ça. Moi, je n’ai pas dor­mi de la fin de se­maine!

C’est stres­sant d’être si proche d’un rêve…

An­gois­sant même! Mais c’était dé­jà une vic­toire pour moi. J’ai dit aux réa­li­sa­teurs de ne pas s’in­quié­ter si je n’étais pas choi­si. Pour moi, j’avais ga­gné. J’étais ve­nu faire des au­di­tions et on m’avait rap­pe­lé. J’avais ap­pris à me pré­pa­rer et, sur­tout, j’avais sur­mon­té ma peur. C’était dé­jà beau­coup.

«Au prin­temps der­nier, quand tout s’est ar­rê­té à cause de la co­vid, j’ai pen­sé que le show­biz était fi­ni pour moi. Je pen­sais prendre ma re­traite.»

«C’est le plus beau ca­deau que je pou­vais avoir à 50 ans: conti­nuer d’ap­prendre!»

Fi­na­le­ment, j’ai eu la job. J’étais très content.

Tu rê­vais de jouer, et ce rôle n’est pas pas­sa­ger. Tu vas in­ter­pré­ter un per­son­nage au­quel nous al­lons avoir le temps de nous at­ta­cher.

Dans Ca­mé­ra ca­fé, même si c’est un plan fixe, il y a beau­coup d’ac­tion et plu­sieurs per­son­nages prin­ci­paux, et Ri­chard en fait par­tie. Il y a des per­son­nages qui ont plus de temps à l’écran que Ri­chard, mais peu im­porte qui se­ra mis en scène, ça va être un ren­dez-vous à ne pas man­quer chaque épi­sode. Il m’ar­rive par­fois de li­vrer un sketch seul. Ça s’est pro­duit dans les pre­mières jour­nées de tour­nage; je vou­lais mou­rir! Je m’étais pré­pa­ré avec les ou­tils que j’avais, mais di­sons que la pre­mière scène que j’ai jouée, ç’a été un cours ra­pide et in­ten­sif. Sur­tout à cause de toutes les in­di­ca­tions qu’on nous donne. Tu ar­rives de­vant la ma­chine à ca­fé, tu t’ap­prêtes à jouer et on te dit de bais­ser ton Ther­mos car on ne te voit pas as­sez, ou en­core de re­cu­ler un peu quand un autre va ren­trer. Bref, c’était trop de consignes pour moi! J’ai pen­sé que je n’al­lais pas y ar­ri­ver! Puis je me suis dit: «OK! Une consigne à la fois.» Et ça a fonc­tion­né. J’ai trou­vé la ma­nière de faire.

Pour quel­qu’un qui a connu de très grands suc­cès comme toi, pas­ser des au­di­tions, ça doit quand même de­man­der une pe­tite dose d’hu­mi­li­té…

Pas du tout. Je suis ar­ri­vé à l’au­di­tion en sa­chant très bien que ce n’était pas parce que j’avais connu de gros hits dans ma car­rière que j’avais de l’ex­pé­rience dans le jeu. J’avais dé­jà ré­flé­chi à ça avant. Ça fai­sait un an ou deux que j’y pen­sais, et je me di­sais: «Câ­line, si j’ai la chance de pas­ser une au­di­tion un jour, je n’ar­ri­ve­rai pas là en frais chié.» De toute fa­çon, ce n’est pas mon genre. Par contre, ce que ces au­di­tions m’ont ap­pris, c’est qu’il n’y a pas d’âge pour af­fron­ter ses peurs. D’ailleurs, comme j’ai 50 ans, je me di­sais aus­si: «C’est main­te­nant ou ja­mais.» On peut pen­ser que j’exa­gère, mais la pre­mière jour­née, j’ai vrai­ment failli m’éva­nouir! Quand on m’a don­né les in­di­ca­tions, j’avais tel­le­ment la pres­sion dans le ta­pis que je me suis sen­ti mal. Mais j’étais bien

«Chez nous, quand j’étais en­fant, le plus grand com­pli­ment qu’on pou­vait faire à quel­qu’un, c’était de lui dire qu’il était tra­vaillant.»

en­tou­ré et j’ai réa­li­sé que même les plus ha­bi­tués vivent cette pres­sion-là. Je par­lais avec Anne-Éli­sa­beth Bos­sé dans la salle de ma­quillage, et elle m’a dit com­bien elle était ner­veuse, elle aus­si, la pre­mière jour­née.

On dit que la co­mé­die est tout un art. Une frac­tion de se­conde peut faire tom­ber un gag…

Le rythme est tel­le­ment ra­pide! Tu dois t’in­té­grer dans les ré­pliques de l’autre, mais sans l’in­ter­rompre. Tu dois être ul­tra-pré­pa­ré. C’est vrai­ment un jeu d’équipe. Tu ne peux pas jouer juste pour toi en pen­sant que tu vas être bon et ne pas te sou­cier des autres. Dans Ca­mé­ra ca­fé, tu es aus­si bon que l’autre à cô­té. Tu n’as pas le choix d’être concen­tré, parce que c’est un plan sé­quence. Ça nous a ra­pi­de­ment ame­nés à être so­li­daires. Nous sommes ci­men­tés toute la gang, ça n’a pas de bon sens! Ça fai­sait long­temps que je n’avais pas vé­cu ce fee­ling-là. Ça me rap­pelle quand je jouais dans la ligue d’im­pro­vi­sa­tion au cé­gep. Nous étions toute une gang et nous vou­lions ga­gner la coupe! C’est un peu ce que nous vi­vons en ce mo­ment sur le pla­teau, et c’est fan­tas­tique!

C’est sti­mu­lant, aus­si, d’ap­prendre…

J’étais ren­du là. J’ai ren­con­tré le pro­duc­teur de Ça fi­nit bien la se­maine et je lui ai dit que j’ai­mais ce que nous fai­sions en­semble. J’aime la job. Chaque se­maine, nous avons un beau ren­dez-vous que le pu­blic et les ar­tistes aiment. Ces der­niers sont tou­jours heu­reux de ve­nir à l’émis­sion. Je lui ai aus­si ex­pli­qué que j’avais en­vie de faire autre chose. Je lui ai dit: «Laisse-moi faire ça, et je vais t’ame­ner une éner­gie dif­fé­rente sur le pla­teau.» Il m’a com­plè­te­ment ap­puyé dans ma dé­marche.

Le dé­but de ta cin­quan­taine est donc bien par­ti!

Je n’en re­viens pas! Tu sais, ce n’est pas des blagues: j’ai vrai­ment pen­sé prendre ma re­traite au prin­temps. Et quand je dis re­traite, je ne veux pas avoir l’air pré­ten­tieux en sous-en­ten­dant que j’ai tel­le­ment de sous et que je peux ar­rê­ter de tra­vailler de­main. Ce n’était pas ça. Pour moi, la re­traite, c’était de me re­ti­rer du show­biz, parce que j’ai 50 ans. J’ai plein de chums qui ont de bonnes com­pa­gnies et qui vont peu­têtre m’en­sei­gner un nou­veau mé­tier. Je n’ai ja­mais eu peur d’ap­prendre un nou­vel em­ploi et de tra­vailler. Chez nous, quand j’étais en­fant, le plus grand com­pli­ment qu’on pou­vait faire à quel­qu’un, c’était de lui dire qu’il était tra­vaillant. J’ai été éle­vé avec cette va­leur. Pour moi, que les gens consi­dèrent quel­qu’un de tra­vaillant, c’est une belle preuve d’af­fec­tion, de com­pré­hen­sion et de res­pect. Donc, au prin­temps, je me di­sais: «Par chance, j’ai un pe­tit cous­sin pour me vi­rer de bord, mais je fais quoi après? Est-ce que je veux vendre des au­tos? Est-ce que j’en pro­fite pour de­man­der à mon frère, qui a une bonne com­pa­gnie, si je peux faire quelque chose pour lui?» J’étais vrai­ment dans cet état d’es­prit. Puis, fi­na­le­ment, je me re­trouve avec une an­née rem­plie de contrats!

De belles sur­prises, donc…

Oui. Sin­cè­re­ment, je pen­sais qu’à

50 ans, c’était fi­ni. Mais je n’étais pas en pa­nique. Sais-tu pour­quoi? Parce que je me dis que j’ai eu une belle ride. J’ai été choyé. Je fais par­tie des pri­vi­lé­giés du show­biz qué­bé­cois. J’ai bien ga­gné ma vie, j’ai eu des contrats sti­mu­lants, j’ai ren­con­tré plein de gens que j’aime. Je me dis tout le temps: «Jo­sé, si ça ar­rête, ferme ta gueule!» (rires) Mais ce n’est pas en­core fi­ni, faut croire!

Sur­tout pas! Je te sou­haite que cette belle lan­cée dure long­temps, comme ta re­la­tion avec ton amou­reuse, An­dréa Babb…

Oui, ça va bien de ce cô­té-là aus­si. On rit beau­coup. On aime s’amu­ser. On pu­blie sur Ins­ta­gram juste pour par­ta­ger nos rires. Le rire, ça nous lie. C’est sans doute lié à l’âge, mais on sait qu’on n’a pas de temps à perdre. Elle a vé­cu des choses im­por­tantes dans sa vie, et moi aus­si. Là, on veut juste en pro­fi­ter et être bien. Je ne te dis pas qu’il n’y a pas d’ajus­te­ments à faire. On fait des blagues avec son cô­té an­glo­phone, mais c’est vrai que c’est toute une culture dif­fé­rente. Le plus dif­fi­cile, pour nous deux, c’est de trou­ver des com­pro­mis. Pas sur l’es­sen­tiel, mais sur les pe­tits dé­tails. Ce n’est vrai­ment rien et on ar­rive à rire de ça aus­si. Par exemple, elle aime chan­ger la dé­co­ra­tion dans la mai­son en fonc­tion des sai­sons. Moi, à la base, ça me va, mais pas be­soin de chan­ger les cous­sins. Lâche les cous­sins! (rires) Puis, dans la salle de bains, il y a un sa­von d’au­tomne, un sa­von de Noël, un sa­von de Saint-Va­len­tin… Au dé­but, je ne com­pre­nais pas, mais fi­na­le­ment je la laisse al­ler. Si on passe à tra­vers l’épreuve des sa­vons, je pense qu’on est bien pour un bon bout! (rires) Et la vie va être belle…

«Le rire, ça nous lie, An­dréa et moi. C’est sans doute lié à l’âge, mais on sait qu’on n’a pas de temps à perdre. Elle a vé­cu des choses im­por­tantes dans sa vie, et moi aus­si. Là, on veut juste en pro­fi­ter!»

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PHO­TOS: BRU­NO PETROZZA MA­QUILLAGE-COIF­FURE: VA­LÉ­RIE QUEVILLON STYLISME: AN­NIE RI­CHARD
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Après deux au­di­tions, Jo­sé a ob­te­nu le rôle de Ri­chard dans Ca­mé­ra ca­fé. «Je ne vou­lais pas me faire don­ner un rôle; je vou­lais sim­ple­ment au­di­tion­ner, ten­ter ma chance comme tout le monde.»
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L’hu­mour est au coeur de sa belle re­la­tion avec son amou­reuse, An­dréa Babb.

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