7 Jours

- Montreal

Qu’est-ce qui vous fas­cine chez les cri­mi­nels?

L’in­ter­dit. Je veux sa­voir ce qui se passe du cô­té le plus obs­cur de l’hu­main. J’ai à coeur de com­prendre l’es­prit cri­mi­nel plus que le cri­mi­nel lui-même ou son crime. La concré­ti­sa­tion de cette dé­marche est sû­re­ment le livre La source, que j’ai écrit après ma col­la­bo­ra­tion avec le cri­mi­nel An­drew Scop­pa.

Qu’est-ce que les cri­mi­nels ont à ga­gner en se confiant à vous?

Il y a une constante chez les cri­mi­nels: la plu­part sont va­ni­teux. Con­trai­re­ment à ce qu’on pour­rait pen­ser, ils sont fiers de leurs ex­ploits cri­mi­nels, voire de leurs meurtres. Par­ler à quel­qu’un qui n’est ni un po­li­cier ni un confes­seur sert bien leur ego, par­fois dé­me­su­ré. Leur deuxième rai­son de me par­ler est qu’ils ont des buts obliques, c’est-à-dire qu’ils croient que, stra­té­gi­que­ment, s’ils peuvent plan­ter telle ou telle in­for­ma­tion, ça pour­ra ai­der leur po­si­tion­ne­ment sur l’échi­quier cri­mi­nel. Comme je suis très au fait de cette deuxième in­ten­tion, je ne vais pas là. Je sors uni­que­ment les in­for­ma­tions vé­ri­fiées.

Il faut lan­cer beau­coup de lignes à l’eau pour at­tra­per un pois­son, dans votre mé­tier. Vous ar­rive-t-il d’être par­ti­cu­liè­re­ment dé­cou­ra­gé?

Je suis beau­coup plus sou­vent dé­cou­ra­gé qu’autre chose! Les gens ne se doutent pas du nombre de ten­ta­tives qu’on fait dans une jour­née pour ob­te­nir de l’in­for­ma­tion pri­vi­lé­giée. Je di­rais que 90 % du temps, nos ten­ta­tives sont un échec.

Com­ment votre tra­vail in­flue-t-il sur votre vie fa­mi­liale?

Il in­flue énor­mé­ment, parce qu’il y a plein de choses dont je ne peux pas par­ler avec ma fa­mille. Il m’est ar­ri­vé de par­tir pen­dant une se­maine en di­sant seule­ment le lieu où j’al­lais dans le monde, mais ja­mais le su­jet. Il y a des su­jets dont je n’ai pas pu par­ler à ma blonde pen­dant des an­nées. L’af­faire Scop­pa en est un bon exemple. Dans ma tête, je fais un job tout à fait nor­mal, mais je vois bien que la ma­jo­ri­té de mes amis le trouvent anor­mal…

Qu’est-ce qui vous aide à faire une cou­pure entre l’adré­na­line du bu­reau et votre foyer?

Je fais le tra­jet entre la Rive-Sud et Mont­réal en cou­rant pour al­ler et re­ve­nir du bu­reau. On di­rait qu’en tra­ver­sant le pont, je laisse un rôle der­rière moi pour en prendre un autre.

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