LE RA­CISME AU QUO­TI­DIEN

Acadie Nouvelle - - LA UNE - Brett Bun­dale

Faire ses em­plettes quand on est Noir au Ca­na­da est une ex­pé­rience par­ti­cu­lière, se­lon la consul­tante To­mee Eli­za­beth So­jour­ner-Camp­bell.

La per­sonne noire entre dans un ma­ga­sin et réa­lise ra­pi­de­ment qu’elle est sui­vie, di­telle. Un em­ployé est à quelque pas der­rière, sur­veillant cha­cun des mou­ve­ments du client et vé­ri­fiant l’in­ven­taire chaque fois qu’il fait une pause dans une al­lée. Le client noir achète quelque chose, mais est in­ter­cep­té à la sor­tie pour mon­trer son re­çu. Per­sonne d’autre ne l’est.

C’est souvent sub­til, mais ça peut dé­gé­né­rer, comme on l’a consta­té le mois der­nier dans un ca­fé de Phi­la­del­phie lorsque deux hommes noirs ont été ar­rê­tés en at­ten­dant un par­te­naire d’af­faires.

La vi­déo vi­rale de l’in­ci­dent chez Star­bucks est une illus­tra­tion cho­quante du «ra­cisme or­di­naire» aux États-Unis. Mais pour les Noirs, les Au­toch­tones et plu­sieurs autres per­sonnes des mi­no­ri­tés vi­sibles au Ca­na­da, ce­la fait par­tie de la vie de tous les jours, se­lon Mme So­jour­ner-Camp­bell, une ex­perte en pro­fi­lage ra­cial des consom­ma­teurs.

«C’est une si­tua­tion que vivent quo­ti­dien­ne­ment des gens qui vaquent à leurs oc­cu­pa­tions, sou­ligne-t-elle. Ce­la peut sem­bler in­croyable pour les gens qui ne le vivent pas, mais pour les Noirs et les Au­toch­tones, ce­la fait par­tie de la vie quo­ti­dienne.»

Le pro­blème n’existe pas qu’aux ÉtatsU­nis. Le mois der­nier, un res­tau­rant de To­ron­to a été condam­né à payer 10 000$ après avoir de­man­dé à des clients noirs de payer à l’avance un re­pas en 2014, tan­dis que Shop­pers Drug Mart a dû payer 8000$ en 2015 lors­qu’un em­ployé a faus­se­ment ac­cu­sé une femme noire de vol.

En Sas­kat­che­wan, un em­ployé du dé­taillant Tigre Géant à Re­gi­na a été sus­pen­du après des al­lé­ga­tions de pro­fi­lage ra­cial, après qu’un homme au­toch­tone a mis en ligne une vi­déo le mon­trant être sui­vi à plu­sieurs re­prises dans le ma­ga­sin. Une autre vi­déo mon­trait un em­ployé de Ca­na­dian Tire ac­cu­sant un Au­toch­tone de vol à l’éta­lage et l’ex­pul­sant phy­si­que­ment du ma­ga­sin.

«Ce­la peut se pro­duire dans de pe­tites col­lec­ti­vi­tés ou dans de grandes ré­gions ur­baines, af­firme Mme So­jour­ner-Camp­bell. Les Noirs et les Au­toch­tones sont vic­times de pro­fi­lage ra­cial et sont trai­tés in­jus­te­ment par­tout au Ca­na­da.»

En Nou­velle-Écosse, la com­mis­sion pro­vin­ciale des droits de la per­sonne a conclu que le per­son­nel d’un ma­ga­sin So­beys de la ré­gion de Ha­li­fax avait fait preuve de dis­cri­mi­na­tion en­vers une femme noire qui a été faus­se­ment ac­cu­sée de vol à plu­sieurs re­prises.

An­drel­la Da­vid ache­tait de la crème gla­cée en mai 2009 lors­qu’un membre du per­son­nel s’est ap­pro­ché d’elle et l’a pu­bli­que­ment ac­cu­sée d’être une «vo­leuse à l’éta­lage connue». Le géant de l’épi­ce­rie a tout d’abord fait ap­pel de la dé­ci­sion de la com­mis­sion, af­fir­mant que même si la si­tua­tion n’avait pas été gé­rée cor­rec­te­ment, il ne s’agis­sait pas de pro­fi­lage ra­cial.

So­beys a fi­na­le­ment ac­cep­té de s’ex­cu­ser et d’of­frir de la for­ma­tion au per­son­nel sur la dis­cri­mi­na­tion et le pro­fi­lage ra­cial après qu’un tol­lé gé­né­ral eut pro­vo­qué un boy­cot­tage de plu­sieurs mois.

- Ar­chives

Une per­sonne noire qui entre dans un ma­ga­sin est gé­né­ra­le­ment sur­veillée de très près.

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