Mi­chèle Au­dette pour­rait quit­ter l’En­quête

Acadie Nouvelle - - CANADA - Sté­pha­nie Ma­rin La Presse ca­na­dienne My­lène Crête La Presse ca­na­dienne

Le cy­be­rhar­cè­le­ment touche 8% des femmes et 6% des hommes qui uti­lisent in­ter­net. Au to­tal, ce­la re­pré­sente en­vi­ron 2,5 mil­lions de per­sonnes au pays qui ont dé­cla­ré avoir été vi­sées au cours des cinq an­nées pré­cé­dant l'étude.

Par contre, les jeunes sont plus sus­cep­tibles d'être vic­times de cette forme d'in­ti­mi­da­tion: la pro­por­tion hausse à 14% lorsque les jeunes femmes de 15 à 24 ans ont été éva­luées, alors qu'elle n'est que de 7% chez les 45 à 54 ans. Pa­ral­lè­le­ment, 9% des hommes de 15 à 24 ans ont dé­cla­ré avoir su­bi du cy­be­rhar­cè­le­ment par rap­port à moins de 5% des 45 à 54 ans.

Sta­tis­tique Ca­na­da a uti­li­sé les don­nées de l'En­quête so­ciale gé­né­rale (vic­ti­mi­sa­tion) de 2014 pour ti­rer ces conclu­sions.

Dans l'étude, le cy­be­rhar­cè­le­ment a été me­su­ré en de­man­dant aux ré­pon­dants si, au cours des cinq der­nières an­nées, ils avaient été la cible d'une at­ten­tion ré­pé­tée et non sou­hai­tée leur ayant fait craindre pour leur sé­cu­ri­té. Plus pré­ci­sé­ment, s'ils avaient re­çu des mes­sages im­por­tuns au moyen de cour­riels, de tex­tos, ou d'un ré­seau so­cial, et si une per­sonne avait pu­blié des pho­tos ou des ren­sei­gne­ments in­ap­pro­priés ou in­dé­si­rables d'eux sur un site de ré­seau so­cial. Seules les per­sonnes ayant in­di­qué avoir uti­li­sé in­ter­net au moins une fois au cours des cinq an­nées pré­cé­dant l'en­quête ont été com­prises dans cette étude, avise l'or­ga­nisme.

Le cy­be­rhar­cè­le­ment – dis­tin­gué dans l'ana­lyse de la cy­be­rin­ti­mi­da­tion, une autre forme de vic­ti­mi­sa­tion en ligne – im­plique que le ré­pon­dant a dé­cla­ré éprou­ver de la peur. Et ce­la va­rie se­lon la ré­gion du pays.

Chez les femmes, la pré­va­lence du cy­be­rhar­cè­le­ment au Qué­bec (5%) était si­gni­fi­ca­ti­ve­ment in­fé­rieure à celle ob­ser­vée dans les pro­vinces de l'At­lan­tique (8%, comme en On­ta­rio), et dans les pro­vinces de l'Ouest (9%). Chez les hommes, la pré­va­lence du cy­be­rhar­cè­le­ment était aus­si plus faible au Qué­bec que dans les autres ré­gions.

Cette vic­ti­mi­sa­tion en ligne a de nom­breuses consé­quences, rap­porte Sta­tis­tique Ca­na­da: par exemple, les femmes ayant fait l'ob­jet de cy­be­rhar­cè­le­ment dé­clarent avoir une moins bonne san­té men­tale. Elles étaient aus­si moins sus­cep­tibles d'être «sa­tis­faites» ou «très sa­tis­faites» de leur sé­cu­ri­té per­son­nelle.

Chez les hommes, il n'y avait au­cune re­la­tion entre avoir su­bi du cy­be­rhar­cè­le­ment et la sa­tis­fac­tion en ma­tière de sé­cu­ri­té re­la­tive à la cri­mi­na­li­té, est-il écrit dans le rap­port de l'or­ga­nisme na­tio­nal de sta­tis­tiques.

L'état ma­tri­mo­nial a aus­si un im­pact: les femmes ma­riées étaient moins sus­cep­tibles d'être vic­times que celles dans tout autre type de re­la­tion. La com­mis­saire Mi­chèle Au­dette songe à quit­ter l'En­quête na­tio­nale sur les femmes et les filles au­toch­tones dis­pa­rues et as­sas­si­nées.

Dans un court com­mu­ni­qué, elle a ré­agi à la dé­ci­sion du gou­ver­ne­ment fé­dé­ral d'ac­cor­der une pro­lon­ga­tion de six mois à l'En­quête, alors que les com­mis­saires de­man­daient deux ans sup­plé­men­taires.

«Je suis pré­sen­te­ment ha­bi­tée par un sen­ti­ment d'in­com­pré­hen­sion et de pro­fonde dé­cep­tion, écrit-elle. Mes pen­sées sont tour­nées vers les membres des fa­milles, les sur­vi­vantes de vio­lence et les es­prits des êtres chers alors que je consi­dère que le gou­ver­ne­ment du Ca­na­da vient de les lais­ser tom­ber une fois de plus…»

«Je m'ac­corde les pro­chaines se­maines pour ré­flé­chir, ana­ly­ser la dé­ci­sion, émettre mon opi­nion per­son­nelle et va­li­der ma fu­ture par­ti­ci­pa­tion aux tra­vaux de l'En­quête na­tio­nale», conclut-elle en pro­met­tant de te­nir un point de presse au terme de sa ré­flexion.

Les autres com­mis­saires ont éga­le­ment ex­pri­mé «leur pro­fonde dé­cep­tion» à l'en­droit d'Ot­ta­wa par com­mu­ni­qué.

«L'an­nonce d'au­jourd'hui nous porte à croire que des consi­dé­ra­tions po­li­tiques l'ont em­por­té sur la sé­cu­ri­té des femmes, des filles et des per­sonnes 2ELGBTQ au­toch­tones», a écrit la com­mis­saire en chef Ma­rion Bul­ler.

TER­MI­NER AVANT L'ÉLEC­TION

Le gou­ver­ne­ment fé­dé­ral a an­non­cé mar­di ma­tin qu'il ac­cep­tait d'al­lon­ger de six mois la du­rée de l'En­quête na­tio­nale sur les femmes et les filles au­toch­tones dis­pa­rues et as­sas­si­nées sans pré­ci­ser com­bien d'ar­gent il al­loue­ra pour fi­nan­cer cette pro­lon­ga­tion.

La mi­nistre des Re­la­tions Cou­ronne-Au­toch­tones, Ca­ro­lyn Ben­nett, a fait va­loir qu'ac­cor­der un dé­lai en­core plus long au­rait me­na­cé l'exis­tence même de l'En­quête.

«Les dé­crets des pro­vinces et des ter­ri­toires ex­pirent le 31 dé­cembre et si une pro­vince ou un ter­ri­toire avait dé­ci­dé de ne pas pro­lon­ger la du­rée de son dé­cret, nous n'au­rions plus d'en­quête na­tio­nale pu­blique», a-t-elle ex­pli­qué.

Ces dé­crets donnent le pou­voir aux com­mis­saires de dis­tri­buer des as­si­gna­tions à com­pa­raître pour pou­voir ob­te­nir cer­tains té­moi­gnages qu'ils jugent per­ti­nents.

L'échéan­cier élec­to­ral est aus­si en­tré en ligne de compte, a re­con­nu la mi­nistre. La pro­chaine élec­tion fé­dé­rale est pré­vue le 21 oc­tobre 2019.

«Nous croyons qu'il est très im­por­tant pour le gou­ver­ne­ment du Ca­na­da d'avoir le temps de ré­agir au rap­port fi­nal avant de nous lan­cer dans une élec­tion», a-t-elle in­di­qué.

La mi­nistre n'a pas vou­lu in­di­quer com­bien d'ar­gent sup­plé­men­taire le gou­ver­ne­ment pour­rait ver­ser pour la pro­lon­ga­tion de l'En­quête se conten­tant de dire qu'elle au­rait ces dis­cus­sions avec les com­mis­saires.

Néo-dé­mo­crates et conser­va­teurs ont dé­non­cé la dé­ci­sion du gou­ver­ne­ment.

«On a l'im­pres­sion que ce pro­ces­sus-là que les li­bé­raux ont mis sur pied dé­rape com­plè­te­ment et c'est dom­mage parce que l'en­jeu est tel­le­ment im­por­tant qu'on au­rait dû faire un tra­vail beau­coup plus so­lide», a af­fir­mé le dé­pu­té du NPD, Alexandre Bou­le­rice.

«Les gens qui vivent quo­ti­dien­ne­ment l'En­quête sou­hai­taient que ce soit deux ans et le gou­ver­ne­ment a vou­lu fer­mer ça en de­dans de six mois, a re­mar­qué le dé­pu­té conser­va­teur Gé­rard Del­tell. Est-ce que c'est par agen­da po­li­tique? Mal­heu­reu­se­ment ça sent ça.»

UNE AUTRE DÉ­MIS­SION ?

Le dé­part de Mi­chèle Au­dette se­rait un autre coup dur pour l'En­quête qui a connu une sé­rie de dé­mis­sions de­puis sa mise sur pied.

La mi­nistre des Re­la­tions Cou­ronne-Au­toch­tones, Ca­ro­lyn Ben­nett, es­père qu'elle choi­si­ra de pour­suivre son man­dat. «Elle est vrai­ment très im­por­tante pour l'ave­nir de ce dos­sier, alors j'es­père qu'elle dé­ci­de­ra de res­ter», a-t-elle dit à sa sor­tie de la Chambre des com­munes en après-mi­di.

Les quatre com­mis­saires res­tants avaient de­man­dé 24 mois de plus et 50 mil­lions $ au gou­ver­ne­ment pour me­ner à bien leurs tra­vaux. L'En­quête, dont le man­dat vise à iden­ti­fier les causes sys­té­miques de la vio­lence en­vers les femmes au­toch­tones, a dé­bu­té le 1er sep­tembre 2016 et de­vait se ter­mi­ner le 31 dé­cembre 2018. Elle dis­pose d'un bud­get de 53,8 mil­lions $.

Son rap­port fi­nal était at­ten­du le 1er no­vembre 2018. Les com­mis­saires au­ront main­te­nant jus­qu'au 30 avril 2019 pour le ré­di­ger. Ils au­ront en­suite deux mois, soit jus­qu'au 30 juin 2019, pour fer­mer les livres.

Des fonc­tion­naires fé­dé­raux ont in­di­qué aux jour­na­listes que 600 fa­milles sont tou­jours en­re­gis­trées pour par­ti­ci­per aux au­diences com­mu­nau­taires de l'En­quête. Deux autres au­diences, l'une avec des ex­perts sur le ra­cisme, l'autre sur les pra­tiques po­li­cières en­vers les femmes au­toch­tones, sont pré­vues en juin.

Les com­mis­saires en­tendent se concen­trer sur ces ac­ti­vi­tés. Ils font va­loir que le nou­vel échéan­cier li­mite les com­mis­saires qui vou­laient s'at­tar­der à la vio­lence su­bie par les femmes au­toch­tones mar­gi­na­li­sées. Ils ne pour­ront pas non plus me­ner des au­diences ré­gio­nales sur la pré­sence de ra­cisme sys­té­mique dans les ins­ti­tu­tions gou­ver­ne­men­tales.

Mi­chelle Au­dette – Ar­chives

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