IMMIGRER EN S’AMU­SANT

Acadie Nouvelle - - LA UNE - Mar­tin Roy mar­tin.roy@aca­die­nou­velle.com

Immigrer dans un nou­veau pays n’est pas une mince tâche. En plus de de­voir ap­prendre une nou­velle langue, de s’ha­bi­tuer à un nou­veau climat et à un nou­veau mi­lieu so­cial où plus au­cun re­père ne tient la route, cer­tains nou­veaux ar­ri­vants doivent aus­si em­por­ter avec eux un lourd ba­gage de bles­sures.

Mais pas seule­ment. Comme Ca­na­diens de souche, nous avons par­fois ten­dance à voir chaque im­mi­grant comme une per­sonne to­ta­le­ment désoeu­vrée, que l’on ima­gine tout droit sor­ti de la guerre, que l’on prend sou­vent en pi­tié. Or, ce n’est pas tou­jours le cas. Cer­tains d’entre eux, pi­qués par la mouche de l’aven­ture, tra­versent l’océan pour étu­dier, pour se don­ner de nou­velles pers­pec­tives d’em­plois ou tout sim­ple­ment, plus glo­ba­le­ment, pour se re­faire une nou­velle vie.

Par­lez-en à Mo­ni­ka Kim­mel, d’ori­gine rou­maine, et à Dou­nia Daoud, li­ba­no-tu­ni­sienne pour sa part. Les deux femmes, ain­si que d’autres im­mi­grants - Oli­vier D’Amaio, Clo­thilde Hei­bing, Pierre Em­ma­nuel Nyope, Ma­thias Ma­wous­si, tous d’ori­gines di­verses et éta­blis de­puis quelque temps au Nou­veau-Bruns­wick fe­ront état tout en hu­mour de leur ar­ri­vée en sol ca­na­dien dans le cadre d’un spec­tacle in­ti­tu­lé His­toires drôles, Ca­na­da: Jour

1, qui se­ra pré­sen­té jeu­di, à 19h, à la Place Re­sur­go à Monc­ton.

Car oui, en plus de per­mettre un échange entre eux et le pu­blic et ain­si faire tom­ber quelques bar­rières ou idées re­çues, cha­cun des hu­mo­ristes en herbe en ont long à dire sur leurs pre­miers jours en sol ca­na­dien. Et il y a ef­fec­ti­ve­ment de quoi rire.

«Le pre­mier obs­tacle, du moins pour moi, ç’a été la langue», sou­ligne Mo­ni­ka Kim­mel au cours d’un en­tre­tien par vi­déo­con­fé­rence.

«J’ai choi­si de vivre en fran­çais ici au Ca­na­da, mais c’est une langue un peu com­pli­quée à ap­prendre. Au dé­but, j’avais par­fois de la dif­fi­cul­té à bien pro­non­cer, je mé­lan­geais les mots, ou j’en créais de nou­veaux», ajoute-t-elle dans un lé­ger fou rire.

Pour Dou­nia Daoud, la langue n’était pas un pro­blème, puis­qu’avant de ve­nir étu­dier – puis fi­na­le­ment res­ter au Ca­na­da –, elle avait pas­sé quelques an­nées en France. Le choc fut plu­tôt na­tu­rel, dans le sens en­vi­ron­ne­men­tal du terme.

«En Eu­rope, je m’étais ha­bi­tuée à voir de grands es­paces verts très fa­ciles d’ac­cès. Je pen­sais donc que ça al­lait être la même chose au Ca­na­da et que j’al­lais pou­voir cam­per où je vou­lais sans tra­cas. Or, je me suis vite aper­çue que les fo­rêts d’ici sont beau­coup plus denses. La na­ture n’est pas aus­si ac­ces­sible que je pen­sais. Et en plus, il y a beau­coup de bi­bittes!», lance-t-elle, mi-figue, mi-rai­sin.

Autre choc, cu­li­naire ce­lui-là: son pre­mier «bar­be­cue ca­na­dien».

«Par ailleurs, il y a aus­si cer­tains mots qui ont fait sour­ciller mes amis ca­na­diens. Quand je leur par­lais des “gosses”, cer­tains d’entre eux me re­gar­daient d’un air bi­zarre ou pouf­faient de rire. J’ai com­pris pour­quoi par après», ajoute Dou­nia, ten­tant de ré­pri­mer à son tour un pe­tit ri­ca­ne­ment. Le spec­tacle His­toires drôles, Ca­na­da: Jour 1, se­ra pré­sen­té au même en­droit où une ex­po­si­tion iti­né­rante nom­mée

Ca­na­da: Jour 1 est en montre, jus­qu’au 9 sep­tembre. L’ani­ma­trice aca­dienne Anne Go­din, qui as­sure en outre la di­rec­tion ar­tis­tique ain­si que la mise en scène de la pres­ta­tion, a eu cette idée d’un spec­tacle d’hu­mour jus­te­ment après avoir vi­si­té l’ex­po­si­tion.

«J’ai été très tou­chée par le pro­pos vé­hi­cu­lé par Ca­na­da: Jour 1. Ça m’a aus­si fait pen­ser à mon ma­ri, qui est lui-même un im­mi­grant d’ori­gine viet­na­mienne. Quand il est ar­ri­vé au Ca­na­da il y a plu­sieurs an­nées, il fai­sait très froid. Il avait de­man­dé à quel­qu’un où il pou­vait trou­ver des “mi­taines”. La per­sonne a alors ac­cou­ru à un ma­ga­sin tout près et lui est re­ve­nue avec des mi­taines… de four! Connais­sant cette anec­dote, j’ai alors pen­sé que d’autres im­mi­grants avaient pu vivre des his­toires sem­blables. L’idée du spec­tacle m’est donc ve­nue tout na­tu­rel­le­ment en tête», ex­plique Anne Go­din.

Après dis­cus­sions avec l’agente de dé­ve­lop­pe­ment du pa­tri­moine de la Place Re­sur­go, So­phie Auf­fray, les res­pon­sables de l’ex­po­si­tion – réa­li­sée par le Mu­sée ca­na­dien de l’im­mi­gra­tion du Quai 21 avec le sou­tien de la Fon­da­tion RBC et pré­sen­tée par le Mu­sée ca­na­dien de l’his­toire – ont ra­pi­de­ment em­bar­qué dans le pro­jet.

«Ça fait de l’ex­po­si­tion une oeuvre vi­vante. Comme je voyage beau­coup, j’ai sou­vent vu ce type d’amal­game entre arts vi­suels et pres­ta­tions scé­niques, no­tam­ment en Eu­rope. Ici, c’est plus rare, mais je pense que dans ce cas-ci, ce genre de spec­tacle al­lait de soi. Et tous les im­mi­grants que j’ai in­vi­tés ont sau­té à pieds joints dans l’aven­ture», sou­ligne la com­mu­ni­ca­trice et bou­li­mique d’art et d’hu­mour sous le regard ap­pro­ba­teur de ses deux aco­lytes. Le spec­tacle His­toires drôles, Ca­na­da:

Jour 1, re­çoit éga­le­ment le sou­tien du Centre d’ac­cueil fran­co­phone pour les im­mi­grants, mieux connu sous son acro­nyme CAFi. n

«En Eu­rope, les BBQ sont in­ter­mi­nables, car ils sont faits sur du charbon de bois et avec beau­coup de dé­co­rum. Ici, tu pèses sim­ple­ment sur un pi­ton et le tour est joué!»

– Gra­cieu­se­té

Le spec­tacle His­toires drôles, Ca­na­da: Jour 1, pré­sen­té jeu­di, à 19h, à la Place Re­sur­go de Monc­ton, met­tra en ve­dette des im­mi­grants de divers ho­ri­zons. Dans la photo, la met­teure en scène Anne Go­din (au centre, por­tant une coiffe égyp­tienne) est flan­quée de deux par­ti­ci­pantes: Mo­ni­ka Kim­mel (à gauche, ar­bo­rant un cha­peau es­pa­gnol) et Dou­nia Daoud (coif­fée d’un cha­peau viet­na­mien).

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