FRAN­ÇOISE ENGUEHARD: LA PAIX PAR LE CHO­CO­LAT

Acadie Nouvelle - - LA UNE -

Il y a deux mois en­vi­ron j’ai eu le pri­vi­lège de vi­si­ter la cho­co­la­te­rie Peace By Cho­co­late à An­ti­go­nish, en Nou­velle-Écosse. L’en­tre­prise flo­ris­sante ap­par­tient à la fa­mille Ha­dad, des ré­fu­giés sy­riens qui sont ar­ri­vés dans la pe­tite ville grâce au par­rai­nage de ci­toyens sou­cieux de leur don­ner un meilleur ave­nir que ce­lui du camp de ré­fu­giés, en Jor­da­nie, dans le­quel ils déses­pé­raient de­puis quatre ans. Cette se­maine, on ap­pre­nait que l’en­tre­prise al­lait pas­ser de 25 à 50 em­ployés, fai­sant ain­si de la cho­co­la­te­rie un des plus gros em­ployeurs de la ville!

Si je men­tionne ce fait divers, c’est que la der­nière fois que j’ai évo­qué, ici, la ques­tion des ré­fu­giés, j’ai re­çu un cour­riel hai­neux blâ­mant les ré­fu­giés et les im­mi­grants pour tous les maux de notre pays et de notre région. C’est aus­si parce que, de­puis quelques se­maines main­te­nant, cer­tains élé­ments po­li­tiques au pays, semblent dé­ter­mi­nés à bran­dir le spectre d’une im­mi­gra­tion, dite illé­gale, si mas­sive qu’elle vien­drait me­na­cer les em­plois des Ca­na­diens («pure laine», je sup­pose!).

Au mo­ment de dou­bler le nombre de ses em­ployés, le fils Ha­dad a dé­cla­ré: «Notre res­pon­sa­bi­li­té, comme im­mi­grants, n’est pas de prendre mais de contri­buer. Tou­jours. Nous ne sommes pas ve­nus prendre le tra­vail de qui­conque, nous sommes ve­nus créer de l’em­ploi. »

C’est vrai à An­ti­go­nish, à Monc­ton, à Fredericton, à Ha­li­fax ou à Saint-Jean. Les exemples abondent, par­tout. Ils re­montent à hier, à l’an der­nier, à vingt ou trente ans de ce­la, lorsque les Chi­nois, les Viet­na­miens, les In­diens ou les Bul­gares sont ve­nus four­nir des ser­vices qui nous man­quaient: res­tau­rants, blan­chis­se­ries et autres.

Quand com­pren­drons-nous que nos pro­vinces at­lan­tiques, af­fai­blies par la dé­na­ta­li­té et le vieillis­se­ment de la po­pu­la­tion, dé­pendent di­rec­te­ment de l’ar­ri­vée de sang nou­veau pour leur sur­vie? Pour­quoi la peur de l’autre conti­nue-t-elle à faire re­cette, ici même, en Aca­die?

Lorsque je suis en­trée dans le la­bo­ra­toire des Ha­dad, à An­ti­go­nish, le pa­triarche com­men­çait son cours quo­ti­dien d’an­glais avec un tu­teur lo­cal. La gé­rante, une fille de la région, al­lait com­men­cer sous peu ses cours d’arabe, «comme plu­sieurs d’entre nous», a-t-elle ajou­tée. Une chose est sûre: per­sonne à Peace by Cho­co­late ne sem­blait in­quiet de tra­vailler pour des gens ve­nus de Sy­rie! ■

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