UN VE­NOM QUI MANQUE DE SUB­STANCE

Acadie Nouvelle - - LA UNE - Pa­trice.cote@aca­die­nou­velle.com

Le per­son­nage de Ve­nom n'a pas connu la meilleure en­trée en ma­tière ci­né­ma­to­gra­phique, il y a 11 ans, dans Spi­der-Man 3. Le voi­là main­te­nant avec sa propre aven­ture. Un film qui, mal­heu­reu­se­ment, n'ap­porte pas grand-chose de nou­veau au ci­né­ma de su­per­hé­ros.

Pour ceux qui l'igno­re­raient, Ve­nom est un per­son­nage de l'uni­vers Mar­vel.

Il s'agit d'un vi­cieux ex­tra-ter­restre (un sym­biote, se­lon la my­tho­lo­gie) qui doit pa­ra­si­ter un hu­main afin de pou­voir sur­vivre sur Terre.

Une fois «pos­sé­dé», l'hôte garde une par­tie de sa conscience, mais est for­cé de de­ve­nir l'ou­til de la bête et de ses vi­sées san­gui­naires.

Ve­nom a fait sa pre­mière ap­pa­ri­tion dans une bande des­si­née de Spi­der-Man en 1988. De­puis, le pre­mier s'est im­po­sé comme un des plus co­riaces ad­ver­saires du se­cond.

La po­pu­la­ri­té de Ve­nom est de­ve­nue telle qu'il s'est éle­vé au rang d'an­ti­hé­ros culte et qu'il pos­sède sa propre sé­rie de bande des­si­nées qui com­prend des cen­taines de nu­mé­ros.

Le réa­li­sa­teur Sam Rai­mi a été le pre­mier a don­ner vie à l'ex­tra-ter­restre aux dents longues au ci­né­ma (en 2007, dans Spi­der-Man 3).

Un scé­na­rio ab­ject, un temps d'écran li­mi­té et une in­ter­pré­ta­tion dés­in­té­res­sée de To­pher Grace ont fait en sorte que le per­son­nage est ra­pi­de­ment tom­bé dans l'ou­bli des ci­néastes.

Mais c'est connu, à Hol­ly­wood, rien ou per­sonne n'est ja­mais vrai­ment mort. L'avan­cée des nou­velles tech­no­lo­gies ai­dant, So­ny (qui dé­tient les droits ci­né­ma­to­gra­phiques de la créature) a pris le pa­ri de ra­con­ter l'his­toire de Ve­nom sans l'as­so­cier à Spi­der-Man.

Com­mer­cia­le­ment, le pa­ri est réus­si: le film a réa­li­sé des re­cettes mon­diales de 230 mil­lions $ à sa pre­mière se­maine en salle. Et si l'on se fie à la scène qui suit le gé­né­rique, une suite est en pré­pa­ra­tion.

Ar­tis­ti­que­ment, c'est tou­te­fois une autre his­toire, Ve­nom souf­frant d'un grave manque de sub­stance et de sub­ti­li­té.

VE­NU DU CIEL

Convain­cu que la Terre est sur le point de de­ve­nir in­ha­bi­table, le scien­ti­fique Carl­ton Drake (Riz Ah­med) fi­nance des vols d'ex­plo­ra­tion spa­tiale.

Un de ces vols par­vient à ré­col­ter des échan­tillons de vie, qu'il rap­por­te­ra sur la Terre.

Drake voit dans ces sym­biotes - des êtres gluants et sans forme - une oc­ca­sion de gué­rir une tonne de ma­la­dies.

Le jour­na­liste d'en­quête dé­chu Ed­die Brock (Tom Har­dy) de­vien­dra par ha­sard l'hôte d'un des sym­biotes.

Brock dé­cou­vri­ra alors qu'il n'est plus to­ta­le­ment maître de son corps, qu'il pos­sède main­te­nant des pou­voirs sur­hu­mains et qu'il peut com­mu­ni­quer té­lé­pa­thi­que­ment avec le pa­ra­site - nom­mé Ve­nom.

Quand un sa­dique sym­biote me­na­ce­ra d'éra­di­quer l'hu­ma­ni­té, Brock et Ve­nom se­ront for­cés de col­la­bo­rer et de faire des choix dif­fi­ciles.

POUR QUEL PU­BLIC?

Ve­nom est un peu le même ani­mal que Deadpool. Les deux sont des an­ti­hé­ros dont les his­toires sont ra­con­tées dans des films qui al­lient hu­mour et vio­lence ex­trême.

Dans le cas de Deadpool, la com­bi­nai­son fonc­tionne puisque les gags et le car­nage sont du même ca­libre: vul­gaire et gros­sier.

Ce n'est étran­ge­ment pas le cas avec Ve­nom. Les blagues - qui tournent prin­ci­pa­le­ment au­tour du fait que Brock est dé­pas­sé par les évé­ne­ments - sont ju­vé­niles. Mais le ni­veau de vio­lence est in­dis­cu­ta­ble­ment adulte.

Une si­tua­tion qui en­traîne de nom­breux ma­laises et qui laisse son­geur quant au pu­blic au­quel Ve­nom est des­ti­né.

Dom­mage puisque dans Zom­bie­land (2009), le réa­li­sa­teur Ru­ben Flei­scher a dé­mon­tré qu'il pou­vait ma­nier l'hu­mour noir et le sar­casme avec un for­mi­dable doig­té.

UN SCÉ­NA­RIO BA­NAL

Il est évident que Ve­nom par­tait avec une prise contre lui quand on a su que Spi­derMan ne se­rait pas du film.

Pas que Ve­nom n'ait pas l'étoffe pour por­ter une his­toire sur ses seules épaules, mais bien parce que c'est sa haine en­vers l'hom­mea­rai­gnée qui le rend si spé­cial.

On se re­trouve donc avec un épi­sode de su­per­hé­ros (ou d'an­ti­hé­ros dans ce cas) ex­trê­me­ment ba­nal et pré­vi­sible.

Vous sa­vez, ce mo­dèle ar­chi usé dans le­quel le per­son­nage prin­ci­pal dé­couvre ses pou­voirs, ap­pri­voise ses pou­voirs et fait face à son en­ne­mi ju­ré dans une im­mense ba­taille fi­nale?

Même la grande Mi­chelle Williams - quatre fois no­mi­née aux Os­cars - semble s'en­nuyer par mo­ment...

Heu­reu­se­ment, Har­dy est par­ve­nu à trou­ver le bon équi­libre dans son in­ter­pré­ta­tion d'un bon gars dont la psy­ché est par­fois sub­mer­gée par une en­ti­té as­soif­fée de sang.

La re­la­tion amour/haine d'Ed­die Brock avec Ve­nom est aus­si bien illus­trée.

C'est tou­te­fois dom­mage que le seul as­pect ori­gi­nal et un tant soit peu phi­lo­so­phique de l'oeuvre oc­cupe si peu de place dans l'or­gie d'ef­fets spé­ciaux et de bouf­fon­ne­rie qu'est Ve­nom.n

Ve­nom et Ed­die Brock (Tom Har­dy) sont for­cés de col­la­bo­rer afin de sau­ver l'hu­ma­ni­té. - Gra­cieu­se­té

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