TÉMÉRAIRE JUS­QU’AU BOUT

Acadie Nouvelle - - LA UNE - Mar­tin.roy@aca­die­nou­velle.com

De­nis So­nier, na­geur de­vant l’Éter­nel de­puis tou­jours. Il en a fait des com­pé­ti­tions, il en a rem­por­té des mé­dailles, il en a com­bat­tu des re­mous pas tou­jours com­modes. Sa vie res­semble un peu à ça aus­si. Il a plon­gé dans dif­fé­rentes mers d’ac­ti­vi­tés, il a par­fois dû af­fron­ter des vents contraires qui l’ont for­cés à na­ger à con­trecou­rant, mais sa dé­ter­mi­na­tion mê­lée d’un peu de té­mé­ri­té ont été gages de plu­sieurs ré­com­penses tant dans sa sphère fa­mi­liale que pro­fes­sion­nelle, sans ou­blier, bien en­ten­du, ses ex­ploits spor­tifs.

Ex-re­li­gieux avant de tro­quer la sou­tane pour l’an­neau ma­tri­mo­nial, en­sei­gnant et di­rec­teur d’école, conseiller mu­ni­ci­pal pen­dant 12 ans à Lé­vis, près de Qué­bec, ca­pi­taine d’ar­mée de ré­serve et com­man­dant de ca­dets, édi­teur, maître-na­geur et re­cord­man de plu­sieurs com­pé­ti­tions et tra­ver­sées entre le mi­lieu des an­nées 1980 et 2015. Ce na­tif de Saint-Iré­née, près de Tra­ca­die, a eu une vie rem­plie, c’est le moins que l’on puisse dire. Une vie heu­reuse avant tout - il avoue­ra de vive voix qu’il ne re­grette pas un io­ta de tout ce qu’il a fait et ac­com­pli, même si ce fut par­fois dans des condi­tions quelque peu ha­sar­deuses - par­se­mée lo­gi­que­ment, parce que fai­sant mal­gré ce­la par­tie de la même race que tout le monde, de quelques mo­ments d’af­flic­tion.

Quand on jase avec De­nis So­nier, on se rend compte à quel point l’ana­lo­gie avec l’eau et la na­ta­tion par rap­port à sa vie va de soi. De tous les sports qu’il a pra­ti­qués, c’est ce­lui qu’il pré­fère et qui lui a pro­cu­ré les meilleures sen­sa­tions.

UNE NOU­VELLE IN­AT­TEN­DUE

Ce n’est donc pas un ha­sard si De­nis So­nier a in­ti­tu­lé la pre­mière tranche de son au­to­bio­gra­phie Le sprint fi­nal.

Le livre est pa­ru l’an der­nier aux Édi­tions de la Fran­co­pho­nie qu’il a lui-même fon­dées avec son épouse, Faye Breau, en 2001, et qu’il a ven­dues en août 2017 aux Édi­tions de l’Aca­die Nou­velle. Le titre fait une al­lu­sion di­recte à la na­ta­tion, dont la teinte sombre tranche tou­te­fois avec la bonne hu­meur et le sou­rire ha­bi­tuels de son au­teur. Et pour cause: De­nis So­nier y ré­vèle qu’il est at­teint d’un can­cer in­cu­rable du pan­créas et du foie. Pour lui qui n’avait ja­mais été ma­lade de sa vie et qu’au­cune condi­tion préa­lable ne per­met­tait de pré­dire un tel diag­nos­tic, le choc a été bru­tal.

Il le fut d’au­tant plus ce 17 jan­vier 2017 que, se­lon ses mé­de­cins, son es­pé­rance de vie ne lui lais­sait au­cun par­don, se­lon les pro­nos­tics d’alors.

«Je pen­sais de­puis long­temps écrire mon au­to­bio­gra­phie. Quand le diag­nos­tic est tom­bé, mes on­co­logues ont été très ca­té­go­riques: le temps était très li­mi­té. C’est pour ça que dès que je l’ai su, j’ai tout de suite com­men­cé à écrire, en dé­bu­tant par le der­nier cha­pitre, au cas où je n’au­rais pas eu as­sez de temps pour com­po­ser le reste», sou­ligne M. So­nier, ajou­tant ne pas avoir per­du une mi­nute non plus pour pu­blier dans les meilleurs dé­lais, ce qui fut fait en oc­tobre de la même an­née.

Mal­gré la bien triste nou­velle dont il est por­teur, Le sprint fi­nal ne se vou­lait pas un livre lar­moyant. Au contraire, De­nis So­nier s’y confie avec beau­coup d’es­poir, re­ve­nant sur l’es­sen­tiel de ses ac­com­plis­se­ments et sur­tout sur ses re­la­tions af­fec­tives du­rables qu’il a en­tre­te­nues avec nombre de gens, à com­men­cer par sa fa­mille, ses amis ain­si que les nom­breux au­teurs qu’il a cha­peau­tés en les édi­tant, re­la­tions qui, avec le sport et sa foi en Dieu, ont été pour lui une source in­ta­ris­sable d’éner­gie.

UN RE­GAIN

Or, au Sa­lon du livre de sa Pé­nin­sule aca­dienne na­tale cette an­née-là, c’est un De­nis So­nier pas­sa­ble­ment af­fai­bli qui fai­sait face au pu­blic. Mais la sym­pa­thie des gens à son en­droit ont tôt fait de lui re­don­ner un peu plus de pep et même, dans une cer­taine me­sure, de par­ti­ci­per à un mi­racle.

«Le sprint fi­nal m’a tel­le­ment ap­por­té d’éner­gie que je me suis lit­té­ra­le­ment sen­ti ra­gaillar­di dans mon corps. De fait, les pro­nos­tics de mes mé­de­cins ont d’ailleurs chan­gé un peu au même mo­ment: je pou­vais es­pé­rer vivre un peu plus long­temps qu’an­ti­ci­pé. Il n’était plus ques­tion de mois, mais d’an­nées», dé­clare De­nis So­nier en toute can­deur. À tel point qu’il a pour­sui­vi la ré­dac­tion de son au­to­bio­gra­phie et qu’il en a pu­blié le deuxième vo­let, Le téméraire, au dé­but de ce mois-ci. Dans ce se­cond bou­quin, exit la ma­la­die; De­nis So­nier a en quelque sorte cir­cons­crit la bête dans son pré­cé­dent ou­vrage pour pou­voir mieux se concen­trer sur le ré­cit du reste de son exis­tence. Une vie ja­lon­née de di­vers épi­sodes heu­reux et moins heu­reux ayant cer­tains dé­no­mi­na­teurs com­muns: la spi­ri­tua­li­té, la fa­mille, l’at­trait du dé­fi et… un peu de té­mé­ri­té.

«C’est sûr que mon goût de re­le­ver des dé­fis est tou­jours un peu téméraire. Par contre, de­puis que je suis tout pe­tit, je suis or­ga­ni­sé. Ç’a peut-être un peu com­pen­sé pour ma té­mé­ri­té», sou­ligne-t-il, sou­rire en coin et avec un re­gard qui af­fiche 8 ans plu­tôt que bien­tôt 80.

Téméraire dans le sport et en af­faires, mais at­ten­tif et or­don­né dans sa vie in­time et fa­mi­liale, son épouse Faye, ain­si que ses en­fants Gisèle et Fran­cis - dont il a pour ain­si dire adop­té l’épouse, Mo­na - et ses pe­tites-filles, Ca­the­rine et Ariane en consti­tuant le noyau dur et sa plus grande fier­té, comme il le men­tionne à plu­sieurs re­prises dans Le téméraire. ■

«Quand j’ai tra­ver­sé le dé­troit de Nor­thum­ber­land pour la pre­mière fois à l’âge de 65 ans, la sen­sa­tion que j’ai eue en tou­chant le sable à la fin de ma nage est ab­so­lu­ment in­des­crip­tible. C’était une eu­pho­rie spec­ta­cu­laire, une sen­sa­tion que je n’ai ja­mais res­sen­tie nulle part ailleurs que là», sou­ligne au cours d’une ré­cente ren­contre au Sa­lon du livre de la Pé­nin­sule aca­dienne ce­lui qui souf­fle­ra ses 80 bou­gies le 13 jan­vier.

De­nis So­nier était de pas­sage ré­cem­ment au Sa­lon du livre de la Pé­nin­sule aca­dienne pour pré­sen­ter ses deux ou­vrages au­to­bio­gra­phiques, Le sprint fi­nal et Le téméraire.Aca­die Nou­velle: Mar­tin Roy

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