ÉDI­TO­RIAL: AU TOUR DE BLAINE HIGGS DE GOU­VER­NER

Acadie Nouvelle - - LA UNE -

Presque trois se­maines se sont écou­lées de­puis la soi­rée élec­to­rale du 24 sep­tembre, à l’is­sue de la­quelle le pre­mier mi­nistre Brian Gal­lant a re­fu­sé de re­con­naître sa dé­faite. Rien n’a chan­gé pen­dant cette pé­riode. Les li­bé­raux n’ont pas dé­mon­tré qu’ils sont en me­sure de for­mer un gou­ver­ne­ment stable.

Le gou­ver­ne­ment Gal­lant dis­pose de 21 sièges à la lé­gis­la­ture. Ce­la si­gni­fie qu’il a be­soin de l’aide de quatre autres dé­pu­tés pour être en me­sure de gou­ver­ner.

Il ne dis­pose pas de ces ap­puis et vit sur du temps em­prun­té.

De­puis la se­maine der­nière, trois voies se sont fer­mées en par­tie ou en to­ta­li­té pour les li­bé­raux.

D’abord, les re­comp­tages ju­di­ciaires ont confir­mé leur dé­faite dans Mem­ram­cookTan­tra­mar ain­si que dans Oro­moc­toLin­coln-Fre­de­ric­ton. Leur nombre de sièges est donc res­té le même.

Le pre­mier mi­nistre a aus­si lan­cé un ap­pel le ven­dre­di 28 sep­tembre aux pro­gres­sis­tes­con­ser­va­teurs mo­dé­rés. Il les a in­vi­tés à tra­ver­ser la Chambre et à joindre son par­ti, à de­ve­nir pré­sident de l’As­sem­blée lé­gis­la­tive ou à s’en­ga­ger à ne pas vo­ter contre son gou­ver­ne­ment, et ce, afin d’em­pê­cher leur chef Blaine Higgs de gou­ver­ner avec l’aide de l’Al­liance des gens grâce à une «en­tente se­crète», pour re­prendre les mots de M. Gal­lant.

En­core une fois, le bide. Au­cun pro­gres­siste-conser­va­teur élu n’a lais­sé fil­trer le moindre in­dice qui per­met­trait de croire qu’il est prêt à aban­don­ner son par­ti afin de fa­vo­ri­ser les li­bé­raux.

En­fin, l’équipe Gal­lant a échoué à né­go­cier une en­tente avec le Par­ti vert. Le chef Da­vid Coon a lais­sé en­tendre qu’une telle al­liance se­rait inu­tile, puisque les li­bé­raux et les verts ne dis­posent de toute fa­çon pas as­sez de dé­pu­tés en­semble pour mettre en ac­tion un pro­gramme lé­gis­la­tif com­mun.

Le Par­ti vert a plu­tôt sou­mis une en­tente de col­la­bo­ra­tion, dans la­quelle il in­dique les lignes rouges à ne pas tra­ver­ser pour un par­ti qui ne sou­haite pas perdre son ap­pui. Les dé­pu­tés li­bé­raux ont si­gni­fié leur in­ten­tion de si­gner le do­cu­ment. Ce n’est tou­te­fois pas une en­tente for­melle. Elle n’en­gage en rien les verts à ap­puyer les rouges.

La si­tua­tion ac­tuelle cause des pro­blèmes. Dé­jà, Brian Gal­lant a choi­si de ne pas se rendre au Som­met de la Fran­co­pho­nie, qui a eu lieu cette se­maine en Ar­mé­nie. Cet évé­ne­ment est tra­di­tion­nel­le­ment l’oc­ca­sion pour le pre­mier mi­nistre du Nou­veau-Bruns­wick de ren­con­trer son ho­mo­logue du Ca­na­da en face à face.

Rien ne nous per­met de croire que les li­bé­raux pour­ront bien­tôt faire adop­ter un dis­cours du Trône. Ils ne sur­vi­vront pas à un vote de confiance, le­quel pour­rait sur­ve­nir dans moins de deux se­maines.

Il est temps pour Brian Gal­lant de se rendre à l’évi­dence, d’ac­cep­ter sa dé­faite et de lais­ser Blaine Higgs ten­ter à son tour de for­mer un gou­ver­ne­ment.

Puis­qu’il s’agit d’un su­jet im­por­tant, hau­te­ment sen­sible et qui sou­lève les pas­sions, es­sayons d’être le plus clair pos­sible. Nous ne ré­cla­mons pas la dé­mis­sion de Brian Gal­lant, ni à titre de pre­mier mi­nistre, ni en tant que chef li­bé­ral.

Il a lé­ga­le­ment, lé­gi­ti­me­ment et consti­tu­tion­nel­le­ment le droit de s’ac­cro­cher au pou­voir jus­qu’à ce que son gou­ver­ne­ment perde la confiance de la lé­gis­la­ture ou qu’il dé­cide de le dis­soudre.

Rien de tout ça n’est en­core sur­ve­nu. Il n’y a pas de crise. Nous sommes dans une si­tua­tion hau­te­ment in­ha­bi­tuelle, du moins pour le Nou­veau-Bruns­wick, mais le pro­ces­sus po­li­tique et dé­mo­cra­tique suit son cours.

Néan­moins, il nous semble évident que les li­bé­raux ne ga­gne­ront pas leur pa­ri. Ce­la ne sert per­sonne, à part peut-être Brian Gal­lant lui-même, de voir les li­bé­raux re­pous­ser l’in­évi­table en es­pé­rant un mi­racle.

M. Gal­lant a peut-être un der­nier la­pin ca­ché dans son cha­peau. Peut-être a-t-il conclu une en­tente confi­den­tielle avec un dé­pu­té pro­gres­siste-conser­va­teur prêt à de­ve­nir pré­sident de l’As­sem­blée lé­gis­la­tive ou même qui sait? - mi­nistre li­bé­ral. C’est hau­te­ment im­pro­bable, mais ce n’est pas im­pos­sible.

Mais si M. Gal­lant, qui n’a dé­jà pas d’en­tente for­melle avec le Par­ti vert, n’a pas non plus en poche l’ombre d’un dé­but de pro­messe de la part d’un dé­pu­té pro­gres­sis­te­con­ser­va­teur, il ne lui sert à rien de pro­lon­ger in­dû­ment l’ago­nie de son ad­mi­nis­tra­tion.

Il doit dis­soudre son gou­ver­ne­ment et lais­ser la voie libre à Blaine Higgs.

Le Par­ti pro­gres­siste-conser­va­teur a rem­por­té un siège de plus que le Par­ti li­bé­ral et est donc en meilleure pos­ture pour trou­ver les ap­puis qui lui manquent. S’il n’y ar­rive pas, nous re­tour­ne­rons en élec­tions.

À ce point-ci, nous ne sa­vons même pas si quel­qu’un se por­te­ra can­di­dat pour de­ve­nir pré­sident de l’As­sem­blée lé­gis­la­tive. Ce­la si­gni­fie que les li­bé­raux se­raient non seule­ment in­ca­pables de faire adop­ter un dis­cours du Trône, mais qu’ils pour­raient aus­si ne pas être en me­sure de même le pré­sen­ter.

Seuls Brian Gal­lant et sa garde rap­pro­chée connaissent les cartes dans leur jeu. S’ils ont la cer­ti­tude de pou­voir rem­por­ter la par­tie, bien leur en fasse.

Mais si­non, il ne sert à rien de faire perdre da­van­tage de temps aux ci­toyens.

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