Un ser­vice dans sa langue grâce à la carte d’as­su­rance-ma­la­die?

Acadie Nouvelle - - ACTUALITÉS - Ma­thieu Roy-Comeau ma­thieu.roy-comeau@aca­die­nou­velle.com

Une mo­di­fi­ca­tion à la carte d’as­su­ran­ce­ma­la­die pour­rait ai­der les pa­tients néo­bruns­wi­ckois à re­ce­voir du ser­vice dans la langue de leur choix au sein du sys­tème de san­té.

L’idée fait tran­quille­ment son che­min de­puis en­vi­ron trois ans: ajou­ter un mar­queur de langue sur les cartes d’as­su­rance-ma­la­die et dans le dos­sier élec­tro­nique qui y est as­so­cié pour fa­ci­li­ter l’ac­cès aux soins dans la langue du pa­tient.

De la même fa­çon que la carte de ceux qui ont ac­cep­té de don­ner leurs or­ganes après leur dé­cès af­fiche un «D» dans le coin in­fé­rieur droit, on pour­rait y ajou­ter la men­tion «FR» ou «ENG» pour in­for­mer le per­son­nel du sys­tème de san­té.

Avec cette men­tion au dos­sier, les ges­tion­naires pour­raient no­tam­ment as­su­rer à l’avance qu’un em­ployé se­ra sur place pour ser­vir le pa­tient dans sa langue le jour de son ren­dez-vous.

Le mar­queur de langue pour­rait aus­si s’avé­rer très utile en cas d’ac­ci­dent grave, se­lon le di­rec­teur gé­né­ral de la So­cié­té San­té et Mieux-Être en fran­çais du Nou­veauB­runs­wick, Gilles Vien­neau.

«Ad­met­tons que je suis dans un ac­ci­dent de voi­ture et que je suis in­cons­cient. Si on fouille dans mes poches et qu’on trouve ma carte d’as­su­rance-ma­la­die (...) ça va être com­mode quand je vais me ré­veiller», ex­plique-t-il.

«Les per­sonnes qui su­bissent un trau­ma­tisme, lors­qu’elles se ré­veillent, même si elles parlent cinq langues, c’est la langue ma­ter­nelle qui re­vient.»

Le simple nom d’un in­di­vi­du ne suf­fit pas tou­jours à dé­ter­mi­ner sa langue, rap­pelle M. Vien­neau. Tous les Le­Blanc ne sont pas des fran­co­phones et tous les Smith ne sont pas des an­glo­phones.

C’est la So­cié­té San­té et Mieux-Être qui a por­té cette idée à l’at­ten­tion du gou­ver­ne­ment pro­vin­cial.

Deux réunions avec des re­pré­sen­tants du mi­nis­tère de la San­té ont dé­jà eu lieu et un groupe de tra­vail est en train d’être mis sur pied.

Le mi­nis­tère de la San­té n’a pas sou­hai­té nous ac­cor­der une en­tre­vue à ce su­jet.

Un porte-pa­role a ce­pen­dant in­di­qué par cour­riel que le mi­nis­tère «exa­mine ac­tuel­le­ment di­verses op­tions en vue de re­cueillir et de va­li­der ce genre de ren­sei­gne­ments» comme la langue des pa­tients.

«L’idée d’un iden­ti­fiant in­té­gré à la carte d’as­su­rance-ma­la­die fi­gure par­mi ces op­tions», a confir­mé Paul Brad­ley.

OP­TI­MISME

Bien que la dé­ci­sion n’a pas en­core été prise et qu’au­cun échéan­cier n’a été fixé, Gilles Vien­neau est op­ti­miste.

«Nous es­pé­rons que d’ici trois ou quatre ans, ils vont peut-être nous de­man­der lors du re­nou­vel­le­ment de la carte tous les 5 ans c’est quoi votre langue ma­ter­nelle et c’est quoi votre langue de pré­fé­rence au ni­veau du ser­vice.»

Cer­tains hô­pi­taux in­diquent dé­jà la langue de pré­fé­rence des pa­tients à l’aide d’un bra­ce­let ou d’un au­to­col­lant sur le for­mu­laire d’ad­mis­sion.

Les pa­tients fran­co­phones ont ce­pen­dant sou­vent de la dif­fi­cul­té à se faire ser­vir en fran­çais dans le Ré­seau de san­té Ho­ri­zon. Se­lon le son­dage 2016 du Conseil de la san­té du Nou­veau-Bruns­wick, seule­ment 42% des pa­tients fran­co­phones ob­tiennent «tou­jours» du ser­vice en fran­çais chez Ho­ri­zon.

«NON-RES­PECT»

Dans son plus ré­cent rap­port an­nuel, le Com­mis­sa­riat aux langues of­fi­cielles sou­ligne l’exis­tence d’une «culture or­ga­ni­sa­tion­nelle qui to­lère le non-res­pect des droits lin­guis­tiques» au sein du ré­seau de san­té an­glo­phone.

Gilles Vien­neau as­sure tou­te­fois que le sys­tème de san­té pos­sède dé­jà les res­sources né­ces­saires pour ser­vir les pa­tients dans leur langue, à condi­tion de les uti­li­ser cor­rec­te­ment.

«La ca­pa­ci­té du sys­tème est beau­coup plus grande qu’on ne le pense. La présidente-di­rec­trice gé­né­rale du Ré­seau Ho­ri­zon veut ab­so­lu­ment que les ca­pa­ci­tés soient amé­lio­rées», dit-il.

Le N.-B. n’est pas la seule pro­vince à son­ger à ajou­ter un mar­queur de langue sur la carte d’as­su­rance-ma­la­die. L’On­ta­rio et l’Île­du-Prince-Édouard sont aus­si à dif­fé­rentes étapes dans ce pro­ces­sus. ■

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